Bonjour Mister K
Après la lecture de ce long article, on en revient à la question centrale qui est : la question de la technique n’est elle que la question de son usage, bon ou mauvais ?
Je ne veux pas reprendre tout ce que tu dis, ce serait trop long. Juste deux remarques en passant, des détails : 1) la question du vinyle … il y a encore des gens qui gardent leurs vinyles parce qu’en effet ils considèrent que la qualité sonore et acoustique des ces vieux objets n’a pas été dépassée par ses remplaçants numériques. Et ils ont des raisons techniques pour argumenter. Malgré tous ses défauts — et en particulier des limites physiques qui obligeaient à des bidouillages : correction RIAA etc. — il y a plus d’informations avec le support analogique que dans sa traduction numérique, car le numérique implique en effet une traduction. A ce sujet, le choix de la fréquence d’échantillonnage était motivé par les limites techniques du moment, et pas par des raisons artistiques et musicales. Alors, à écouter de la musique sur une chaine de bonne qualité avec un vinyle, ou sur le haut parleur d’un ordi portable en mp3, ma foi, y a pas photo.
2) Sur la prolétarisation des enseignants. Je crois qu’il faut prendre "prolétaire" au sens de Marx : la classe sociale qui vend sa force de travail à la classe sociale qui peut la faire travailler parce qu’elle a de l’argent à faire fructifier. Or ce que Marx (il est pas le seul) observait, c’est que le travailleur, dans le process industriel, était aussi dépossédé de son savoir faire : il était un artisan avec un métier, il devient un rouage dans une chaine de production où tout est pensé pour lui sans lui. Marx parle en permanence de "mode de production capitaliste", ce qui implique un rapport social, donc certaines formes juridiques (le contrat de travail est asymétrique) et aussi un certain état de la société du point de vue industriel et technique. Le premier à faire observer que la technique n’est pas "neutre", c’est Marx ! Sur la question enseignante, les choses sont compliquées. Je crois aussi, comme Biagini, que l’irruption du numérique vient renforcer une tendance à la prolétarisation au sens que j’ai essayé de préciser. En détournant (à peine) Flaubert : "Profs : sont bien inutiles, puisqu’on les remplace par des machines qui fabriquent même plus promptement". Mais encore une fois les choses sont très compliquées car "le produit de l’école" n’est pas un produit industriel, malgré les rêves de quelques fous furieux, à gauche et à droite ...