Bon, c’est sûr que si pour vous la technique et un fusil, c’est pareil, nous sommes mal partis.
Bah … il suffirait simplement d’étudier ce que les progrès des sciences et techniques doivent aux projets militaires. Pour un catalogue, voir par exemple l’étonnant livre de Jacques Blamont, Le chiffre et le songe (Odile Jacob). Le philosophe Oswald Spengler dans un vieux livre définissait la technique : "le bras armé". C’est aussi la thèse d’un cinéaste comme Stanley Kubrick cf. "Dr Strangelove" ; "2001 A Space Odyssey". Voir la 1ère séquence, et le fameux plan où l’on voit la transformation du bâton en navette spatiale … On pourrait multiplier les références.
Si on ne fait pas confiance aux philosophes et aux essayistes (des petits rigolos qui ne manient pas des chiffres : "brave Ellul" ...) et qu’on pense que les cinéastes, c’est comme les poètes, ça fait rêver mais c’est pas sérieux, on peut toujours se reporter aux historiens. Par exemple lire l’étonnant livre de G. Parker, La révolution militaire (traduit chez Gallimard) : il y montre comment l’Occident que nous connaissons, scientifique, technicien, matérialiste naît au XVème siècle d’un projet militaire. Pour gagner la guerre, il faut des armes. Pour fabriquer des armes, il faut de l’argent et des sciences exactes avec leurs applications techniques. Et voilà l’acte de naissance de la rationalité occidentale, à la fois économique et technique (les deux ensembles forment système) …
Au passage, et je vais arrêter là, c’est bien à partir de la notion de système, qui implique une totalité, que l’on peut parler d’une logique de la technique. Songer par exemple à l’automobile et à la civilisation de la bagnole (modes de vie et d’habitat, production (fordisme), lutte pour le contrôle des ressources pétrolières, imaginaire (la DS de Roland Barthes dans Mythologies) etc. etc. ). Je renvoie à nouveau aux travaux d’Ellul, et si on ne veut pas se taper tous ses gros bouquins, au livre de Jean Luc Porquet, Jacques Ellul, l’homme qui avait presque tout prévu (Le Cherche Midi)