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L’emprise numérique - bombix - 25 mars 2013 à 21:05

Cher Mister K, je m’attendais à ce genre de réaction. ;-)
Le livre est certes radical, mais il est très argumenté, et fait référence à de nombreuses études. Il est radical au sens étymologique du terme. Il va creuser à la racine des problèmes. Tu écris, et c’est là je crois qu’est le noeud de la question : « La vraie question que l’on doit se poser, c’est l’usage que l’on peut faire de ces outils. » Eh bien non, la question de la technique dépasse largement la question de l’usage, voulu ou non, intelligent ou non. La technique se développe selon sa propre logique, et nous sommes pris dans la technique, plutôt que nous sommes utilisateurs libres de la technique. Je renvoie aux travaux d’Ellul qui a parfaitement expliqué ça.
Je voulais aussi réagir sur l’argument selon lequel en référer au capitalisme est stupide car tout serait lié au capitalisme aujourd’hui. Pas encore. Faire l’amour à la femme que tu aimes n’est pas lié au capitalisme. Donner un coup de main à un copain n’est pas lié au capitalisme. Se faire chier à écrire un article pour l’Agitateur n’est pas lié au capitalisme … etc … (et même internet, avant qu’il ne devienne un phénomène de masse, n’était pas lié au capitalisme. Il fut un temps ou tenter d’y passer une pub suffisait à vous en faire bannir. Tu as sans doute connu ça) Pt être un jour le nombre de choses qui demeurera hors de la sphère marchande sera-t-il extrêmement réduit. La vie sera alors un enfer. Bref, pour en revenir au numérique, si le monde numérique s’est autant développé, ce n’est pas qu’il rende un service particulier aux gens — on pouvait très bien vivre avant le téléphone portable par exemple — mais parce qu’il constitue un marché et une source de profits. Donc, la question de la technique, avec sa logique propre, et la question du capitalisme, avec sa logique propre également, sont liées. Ce n’est pas du tout stupide de le souligner. L’idéologie dominante répète qu’il n’y a pas d’alternative au mode de production capitaliste. D’ailleurs, il suffit de prononcer le mot, pour être soupçonné de gauchisme. Et elle dit aussi que la technique nous libère : demain sera mieux qu’aujourd’hui, qui a bcp progressé par rapport à hier. Simplement remettre en question ça classe parmi les "réactionnaires" (tu emploies le mot) et les technophobes (l’usage du suffixe phobie est très révélateur)
Au contraire, pour moi, le livre de Biagini va tout à fait dans le bon sens et pose les bonnes questions, même si on peut discuter le détail de telle ou telle thèse.

Une dernière chose : je n’en ai pas parlé dans l’article, car Biagini n’insiste pas tellement là-dessus, mais le monde numérique et les TIC ont énormément rapport aussi au contrôle des gens. On aura sûrement l’occasion d’en rediscuter ...


#37621



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