Vérifier les dires des politiques, c’est un vrai boulot, pas forcément simple à réaliser. C’est un outil parmi d’autres.
Je crois comprendre. Mais du "vérifié" au "vrai", il y a une sacrée distance. Croire que d’une simple vérification, on tire une ou des vérités — ou plus subtil, que de ce qu’un discours est construit avec des choses totalement vérifiables et vérifiées, il suit que sa substance est vraie, voilà une belle naïveté, ou une belle illusion. La propagande la plus efficace, Ellul aimait à le répéter, est construite à partir de "vérités" : parcellaires, non contextualisées, brutes. Autant qu’un résultat ou un chiffre, la manière dont on trouve ce résultat ou ce chiffre est importante ; la façon dont on le présente également ; et le plus important : les conclusions qu’on en tire, qui n’y sont jamais contenues.
On raconte l’histoire d’un ascète dont la vie droite, sobre et pieuse était reconnue de tous ses concitoyens. Or, redoutant la tyrannie du pouvoir local, il prit la décision de quitter la ville. Ayant eu vent de ce projet, les autorités firent savoir qu’un mandat d’arrêt était lancé contre lui.
De ce fait, mis dans l’impossibilité de quitter la ville dont toutes les portes étaient gardées, il appréhendait de tomber aux mains de la milice. Il imagina alors de se déguiser en vagabond. Puis, tout en jouant de la cymbale, il se dirigea vers une des portes de la ville. Un des soldats de garde l’interpella : "Qui va là ?" "Eh bien, c’est moi, l’ascète que la police recherche !" répondit-il sur le ton de la galejade. Le soldat croyant que cet ivrogne se payait sa tête le laissa sortir de la ville.
Ainsi cet homme vénérable put sauver sa vie sans avoir menti.
Alfarabi, Philosophe arabe du Xème siècle.
Evidemment, à cette époque heureuse malgré ses tyrans, n’existaient pas de passeports biométriques ...