Plusieurs remarques :
1. si les médias disent que Mélenchon est le "roi des meetings", n’est-ce pas parce qu’ils le constatent d’abord ? Le grand art de la propagande, c’est de mentir en disant la vérité. Ce n’est pas de cacher systématiquement ce que tout le monde peut voir ou constater. Donc la démonstration fait un peu plouf, et relève d’une certaine paranoïa un peu pénible.
2. Au mois de janvier j’écrivais : « Il plaît aussi à Sarkozy qui a bien besoin d’un Mélenchon pour tailler des croupières à Hollande. A cet égard, les médias sous contrôle lui font jouer le rôle qu’ils faisaient jouer à Besancenot auparavant. La question qui se pose est de savoir s’il pique des voix à Sarkozy ou à Hollande ; s’il est un concurrent du candidat de droite ou du candidat de "gauche" (les guillemets sont ici nécessaires) [...] Il me semble que le pari de Mélenchon, c’est de se rendre incontournable en dépassant les 10 pions. Alors, la "gauche" devra compter avec lui. Le problème, c’est : est-ce que la "gauche" aura alors gagné ou non le pouvoir ? Si non, Mélenchon aura pt être gagné son pari, mais sa victoire aura l’amer goût des victoires à la Pyrrhus. » A cette époque, je fus taxé de propagandiste du vote futile. Satisfait quand même de voir mes arguments recyclés aujourd’hui.
3. On a l’habitude dans le parti d’extrême droite de ce genre de cirque, même si là ça semble un peu plus sérieux que d’habitude. Par ailleurs, il faut souligner aussi que si Le Pen n’a pas ses signatures, c’est aussi un problème du côté du FN. Une bonne partie de la vieille garde en veut à « l’héritière », et ne l’aide pas trop, ne fait pas jouer ses réseaux. Comme souvent en politique, le comploteur a de sérieux alliés dans le camp de son adversaire ; ou pourrait on dire, de son compétiteur, tant le discours de Sarkozy s’est rapproché de celui du Front National.
4. Parier sur l’effondrement de Le Pen, et voir en Mélenchon son principal artisan, c’est aller un peu vite en besogne. C’est d’autre part souligner la gémellité des candidats qui chassent sur les mêmes terres (et avec le même style ?) Jeu dangereux.
5. "L’artifice de bas étage" (500 signatures publiques d’élus) n’a jamais été remis en cause par la gauche quand elle était au pouvoir, quand M. Mélenchon était au pouvoir, ou y participait. D’autre part, comme républicain, Mélenchon respecte la loi. Mais alors toutes les lois, pas seulement celles qui l’arrangent au moment où ça l’arrange. Si Sarkozy profite de l’iniquité des institutions — après tout, il joue sa carte, et en toute légalité —, on devra s’interroger aussi sur ceux qui lorsqu’ils en avaient le pouvoir, n’ont rien fait pour corriger ces iniquités.