Intéressant personnage cet Oskar Lafontaine, modèle de Mélenchon, le « Napoléon de la Sarre », ainsi nommé pour sa petite taille et sa capacité à galvaniser les foules — son "charisme", pour reprendre une catégorie weberienne.
Dans la Le Soir, on lit :
« Dans les années quatre-vingt, Oskar Lafontaine incarnait le nouveau visage de la social-démocratie, celle de la génération qui n’avait pas connu la guerre - lui-même est né en 1941 - mais a connu la prospérité, aime le confort et la bonne chère tout en se souciant de la protection de l’environnement. Orateur brillant, il est rapidement devenu maire de Sarrelouis, près de la frontière française, en 1976 puis ministre-président de la Sarre, l’année suivante. Alors qu’Helmut Kohl semblait à court d’idées, il incarnait la relève des générations, à la direction d’un parti prêt à transformer l’Allemagne en un pays écologique et pacifique, une sorte de vaste Suisse, prospère et à l’abri des soucis du monde extérieur. »
Las, survint l’écroulement du mur : « Hostile à la réunification, qu’il considérait comme une annexion de la RDA - mais qui ressemblait aussi à une façon de refuser d’être dérangé par les cousins pauvres de l’Est - Oskar Lafontaine a contribué à donner des sociaux-démocrates une image déplorable auprès des Allemands de l’Est. Dans l’opinion, alors qu’Helmut Kohl s’imposait comme un homme d’État, Oskar Lafontaine et son parti perdaient leur crédibilité [...] La victoire de la CDU en décembre 1990 achèvera de démoraliser le parti et Bjorn Engholm prendra la succession d’Oskar Lafontaine au poste de candidat à la chancellerie avant d’être contraint à démissionner à la suite d’un scandale. »
Revirement total et nouveau souffle avec la création de Die Linke, une sorte de mélange curieux de sociaux-démocrates non résolus à la disparition du fameux « modèle rhénan », et d’anciens communistes dont certains sont des nostalgiques à la façon Good Bye Lénine. Un bon article de La Sociale pour faire le point : La gauche allemande est-elle un modèle à suivre ?. Article déjà ancien : depuis, le mariage avec le PC a été acté — résultats catastrophiques dans les urnes du PC obligent — et d’autre part l’extrême gauche a quasiment disparu du paysage électoral français, avec la disparition corps et bien du NPA après le départ de Besancenot.
D’où l’espace occupé aujourd’hui par Mélenchon, qui tient autant de son talent que du vide dans lequel il s’installe.