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Comprendre Marx et Le Capital - Mozi - 12 décembre 2011 à 14:47

Comme je viens à l’instant même de finir l’avant dernier ouvrage de D. Collin La longueur de la chaîne (Ed Max Milo, mars 2011), je ne pouvais que laisser ce petit message de remerciement à Bombix, pour avoir signalé, sur l’Agitateur, cet auteur qui s’est avéré, à la lecture, très intéressant. Au final, ce livre qui marie une érudition impressionnante avec un style simple et clair, aborde de nombreux thèmes et mérite d’être lu.

J’ai notamment apprécié la défense qu’il fait de l’idéal républicain. Il montre clairement, en effet, que celui peut être pensé hors du culte de l’Etat ou du Jacobinisme centralisé, ou encore de cette idée que « la république est une et indivisible ». Au contraire, pour D. Collin, celui-ci est compatible avec certaines formes de communautarismes, bien comprises, et, partant, permet de « dépasser l’opposition entre la liberté négative et la liberté positive » en assurant, par la loi, le principe d’une liberté comme non-domination. Tout cela était plutôt pertinent.

En revanche, j’ai été déçu par son invocation de M. Postone, et de son fameux Temps, travail et domination sociale qui figurait pourtant en bonne place dans la bibliographie. D. Collin ne semble, en effet, retenir de ce dernier que le fait que la contradiction fondamentale du capitalisme soit une « contradiction entre le potentiel des capacités générales de l’espèce qui se sont accumulées et leur forme aliénée existante ». Or, si, bien évidemment, cela est déjà un acquis important par rapport à ceux qui persistent à croire que la contradiction fondamentale du capitalisme réside dans l’opposition sociale de la classe ouvrière à la classe capitaliste, opposition qui serait de surcroît inscrite dans les lois de l’histoire et déboucherait nécessairement sur une société meilleure au-delà du capitalisme, ce n’est toutefois pas ce que, pour ma part, j’ai trouvé de plus pertinent chez M. Postone.

Il me semble plutôt que l’essentiel et tout l’intérêt de la réinterprétation de Marx par M. Postone se trouve dans son analyse de la place du travail dans la société capitaliste, à savoir, que ce n’est que sous le capitalisme que le travail est une activité socialement médiatisante, autrement dit, que le capitalisme se caractérise par le fait que c’est le seul type de société dans laquelle les rapports sociaux sont constitués par le travail. Je trouve dès lors dommage que D. Colin n’ait pas abordé cette question dans son chapitre dédié au travail (dans lequel, toutefois, il développe très clairement les notions d’aliénation, de réification et d’exploitation).

Par ailleurs, n’est-il pas paradoxal d’affirmer, que « le développement du machinisme, de la science et de la technique, […] a rendu possible une vie confortable » (p 225) quand dans le même temps « le projet technoscientifique qui se dessine aujourd’hui a précisément comme visée de supprimer [la] subjectivité [de l’homme] (p 232) ? Car, s’il est en effet certain que les problèmes éthiques soulevés par le déferlement des nanotechnologies et des biotechnologies, qui tendent, entre autres problèmes, à effacer les frontières entre nature et artefact, ou encore entre être vivant et matière inerte, n’ont jamais été si abyssaux, je ne suis dès lors pas si sûr que toutes ces innovations rendent nos vies si « confortables » que ça dans un avenir proche. Sans doute, aurait-il été intéressant, dans ce cadre, d’utiliser et de discuter les critères fournis par des auteurs comme Charbonneau, Ellul, Illich, Gorz, etc. afin de trier et de distinguer ce qui, parmi l’arsenal technoscientifique disponible, est porteur, ou non, d’une réelle émancipation pour l’être humain.

Quoiqu’il en soit, je recommande chaudement la lecture de D. Collin et invite, celles et ceux que cela intéresserait, à rencontrer D. Collin le vendredi 25 mai, à Bourges au Guillotin et vers 21h, dans le cadre du Café Décroissant.


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