poster message en reponse
Pourquoi les pauvres votent-ils Le Pen ? - 19 octobre 2011 à 20:41

Excusez moi de ce temps long pour répondre.
Quoique nos deux propos soient comme vous l’avez souligné "relativement voisins", ce que je reprochais c’est la reprise de la catégorie "pauvres" qui permet après moult déformations de faire un lien abusif entre classes populaires et vote front national.
Je voudrais par ailleurs souligner la médiocrité de certaines corrélations faites dans le rapport que vous avez cité. Comme le dit Passeron, il y a ce que dit un tableau et ce qu’on en dit...les deux choses peuvent être radicalement différentes.
Premier point, vous aurez certainement remarqué la définition à géométrie variable des "classes populaires" qui posent ici problèmes. La définition nominale adoptée est "personne gagnant moins de 1250Euros/mois", alors que certains tableaux utilisent les catégories CSP+/CSP-. On est donc loin des catégories INSEE et d’un contrôle des données "toute chose étant égale par ailleurs". Je rappellerai qu’un ouvrier peut gagner plus de 1250E/mois (oui, ça existe encore, heureusement !) et que cette définition économico-centrée de l’appartenance aux classes "populaires" est ridicule dans la mesure où l’on sait grâce aux enquêtes EPCV que les comportements des agents sociaux ne sont pas uniquement dépendant de critères économiques. J’en tiendrai pour preuve pour les profanes que le nombre de poste moyen de télévision par membre du foyer est plus élevé chez les ouvriers que chez les "cadres et professions libérales".
Deuxième point, le rapport annonce 30% de la population française appartenant aux classes populaires. Tiens donc, ça sort d’où ?
Troisième point, P20, les auteurs du rapport annoncent 36% d’ouvriers tentés par le vote front national. Impressionnant ! Presque la totalité des ouvriers qui vont voter puisque les taux d’abstention chez les ouvriers frisent les 70% dans la plupart des scrutins !!!!
Cette boutade voudrait surtout soulever le fait que l’abstention n’est pas prise en compte comme "réponse possible" dans ses enquêtes d’opinion mal faites. En d’autres termes, l’enquêteur contraint l’enquêté à formuler un avis comme s’il en avait nécessairement un. Or, c’est précisément parmi les membres des classes populaires que les agents sociaux sont le plus distants du débat politique, considérant que "c’est bonnet blanc et blanc bonnet". Contraint à s’exprimer sur leur "intention de vote" en répondant pour un candidat, certains disent certainement Le Pen pour marquer leur refus de la politique et des autres candidats. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ont l’attention de passer à l’acte.
Toutes les analyses qui n’intègrent pas les réponses ne se "prononcent pas" ou à proposer l’abstention comme réponses possibles sont ainsi vouées à faire apparaître un lien entre classes populaires et vote FN...qui ne coule pourtant pas de source. Dans le métier on appelle ça une sur-interprétation.
Enfin, certains tableaux comme celui de la page 15 sont d’une débilité extrême. Petit calcul arithmétique. Si 2000 constitue l’échantillon représentatif de base et que les votants "Olivier Besançenot" en 2002 (à peine 3% de l’échantillon si l’on prend en compte l’abstention) combien faut-il déplacer d’unité pour que les intentions de vote pour Marine Le Pen chez les anciens votants Besançenot passent de 7% à 20% ?
Réponse : On passe de 4 votants à 12 votants. Autant dire que c’est une lame de fond !
La méthodologie laisse donc beaucoup à désirer.
Personnellement, je ne comprend qu’un collègue supposé bien connaître les biais méthodologiques des enquêtes d’opinions puisse prendre pour base ces enquêtes.
Il faut être un gros flemmard pour ne pas faire soi-même ses enquêtes...ou bien ne pas savoir les faire. Ce qui semble être le cas des deux auteurs.
Leur analyse est peut-être vrai, mais elle n’est pour l’heure pas démontrée selon les critères d’administration de la preuve en vigueur dans la profession de sociologue.


#33821



Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Qui êtes-vous ?