Quand vous consentirez à sortir d’une logique binaire, qui vous fait traduire "critique de la civilisation libérale = désir de détruire le libéralisme politique" (ce qui est particulièrement absurde, puisque la référence constante de Michéa est Orwell qui produit le premier une analyse unifiée du totalitarisme, projet politique qui est explicitement la volonté de détruire tout libéralisme politique), ou qui pose "il y a un tropisme d’une partie des classes populaires vers le lepenisme" = les pauvres votent Le Pen — sous entendu tous les pauvres, sous entendu encore : Le Pen, c’est la faute aux pauvres — quand on sortira de ces court-circuits stériles, on pourra peut être progresser dans la discussion.
Quand vous supposez "un ressentiment" de ma part à l’origine de mes analyses, vous me retournez en boomerang ma propre caractérisation de la tentation fasciste. Utiliser la même expression, le même mot, produit alors un effet de sens, pour invalider mon discours. Voilà ce que j’appelle un vil procédé rhétorique. Tout le monde fait de la rhétorique, à partir du moment où il parle. "Les mots sont comme des pistolets chargés", dixit Maïakovski. Comme M. Jourdain fait de la prose sans le savoir. En l’occurrence, c’est vous qui essayez de me faire passer pour ce que je ne suis pas. D’où une certaine vigueur dans ma réaction.
Cela dit, je comprends votre critique, et je pense qu’elle a une certaine portée. Croyez-moi, ou pas.