Voici quelques distinctions conceptuelles, qui ne sont pas à prendre au pied de la lettre, mais qui ont l’avantage d’éclaircir les choses. Il faut s’étonner en particulier de l’omission du concept de marchandise dans la caractérisation du capitalisme, et de l’affirmation qu’il n’y a pas, dans le libéralisme, « d’implication ni obligation en direction des autres, qu’il s’agisse des particularités ou de l’universel ». Un certain républicanisme, défendu par exemple par Denis Collin ou d’autres, s’inscrit en faux contre cette façon de voir les choses. Ces réserves émises, ces distinctions sont utiles. Source : Pierre Cellier, professeur de philosophie à Grenoble, auteur d’un Cours de philosophie monumental, non publié, en vente chez l’auteur.
Libéralisme, capitalisme, néolibéralisme (libertarianisme)
Le libéralisme est travaillé par plusieurs révolutions métaphysiques
C’est – depuis la secousse nominaliste au moyen âge – un individualisme. C’est à dire une personnologie qui affirme que le sujet se réduit à son existence individuelle. Sans implication ni obligation en direction des autres, qu’il s’agisse des particularités ou de l’universel.
C’est pourquoi il est exclu que le plan du collectif réclame à l’individu des sacrifices : l’impôt doit être réduit au minimum. Le libéralisme est une philosophie du minimum d’état. Donc pas de lois tatillonnes, pas d’entraves, pas de médiation du collectif dans les conventions privées.
Le minimum d’état porte sur la nécessaire protection du citoyen et de sa propriété en cas de conflit : le juge de paix.
Le libéralisme correspond si on veut au moment de Locke (mais aussi B. Constant). Il advient dans une Angleterre rurale et constituée de petits propriétaires fonciers, dans un état. Le travail justifie la propriété mais dans les limites de l’usage. Mandeville ajoutera dans La fable des abeilles que le vice privé, et en particulier l’égoïsme, a pour résultante la prospérité collective. Mais les autres vices : gourmandise, luxure, luxe… ont des conséquences économiques positives.
Le darwinisme social ajoutera à l’égoïsme une philosophie de la dureté et du refus du caritativisme qui se développera en Angleterre avant de devenir effectif en Allemagne.
2. Le capitalisme est postérieur au libéralisme. Le terme se rencontre dans l’horizon marxiste et désigne un "mode de production" autorisant le salariat, avec les conséquences que l’on sait, plus value, exploitation, surexploitation…
La grande différence avec le libéralisme est que ce dernier n’envisageait que des producteurs indépendants. Alors que capitalisme signifie que des "classes" s’opposent en vertu de dispositions du droit qui autorisent le salariat. Dans le libéralisme la propriété privée est définie par le travail, dans le capitalisme elle est sans limite.
3. Le néo-libéralisme consiste à réclamer pour le capitalisme le minimum d’état propre au libéralisme. C’est une position idéologique dure qui refuse l’impôt, réclame les déréglementations, n’aime guère la loi et les codes, invoque des "souplesses" pour pouvoir s’affranchir du cadre législatif. Tout doit être confié à l’entreprise (philosophie politique de disparition du service public).
Les libertariens marient néo libéralisme et darwinisme social dur.
Comparer avec Yann Galut, dans son « livre », Demain est un autre jour, p. 61 : « Pour l’UMP, être moderne, c’est accepter l’ultra libéralisme ... en appeler à une doctrine politique dont les fondements remontent au moins au XVIIIe siècle et qui prennent surtout leur envol au XIXe siècle ... la modernité économique dont se revendiquent les politiques de droite commence historiquement à dater. » et se demander comment des gens aussi grossièrement incultes en philosophie politique et en économie, et qui osent le montrer en publiant leurs « pensées », peuvent être présentés aux élections, et pire, peuvent être élus.