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Poujadopedia - bombix - 3 octobre 2011 à 16:01

la libre-pensée, comme tout le reste, peut être récupérée et vidée de sa substance authentique pour servir l’intérêt calculé des égocentriques et la promotion du mythe de la transcendance du Marché.

Encore faut-il, pour récupérer une pensée, qu’elle soit récupérable. Si certaines expressions de l’anarchisme sont recyclables dans des idéologies qui, on est bien d’accord, sont souvent (pas toujours) aux antipodes d’une certaine vulgate libérale qui nous vend "le marché" et l’égoïsme comme l’alpha et l’omega d’une société juste et heureuse, c’est que ces pensées ont, au moins tangentiellement, un point commun. En général, le libéralisme est honni par des gens qui détesteraient encore plus le poids des communautés, des traditions, des ordres sociaux étanches et sans rapport les uns avec les autres. Ce qu’il faut reprocher au libéraux, ce n’est pas leur amour de la liberté ou leur individualisme. Ce qu’il faut leur reprocher, c’est que partant de la liberté et de la promotion de l’individu, ils aboutissent à des sociétés de flicage peuplés de clones qui s’éreintent au travail pour consommer des produits ineptes. Et il faut expliquer cette dialectique de la liberté. Il faut reconnaître que certaines formes de la liberté dans nos sociétés historiques mènent à l’esclavage, aussi paradoxal que cela puisse paraître. Il faut comprendre qu’il n’y a pas de liberté absolue, que toute forme de liberté a pour contrepartie une aliénation. Vivre sans éducation, ce n’est pas être libre ; mais l’éducation est une "dénaturation". Vivre sans institutions et sans constitution politique, ce n’est pas être libre, mais la loi me contraint. Vivre sans langage, ce n’est pas être libre ; mais les mots me blessent parce qu’ils ne traduisent jamais exactement mes sentiments, et ce sont les mots de tous. Etc. etc.

Le plus grand mensonge des libéraux, c’est d’identifier le capitalisme au libéralisme. Le capitalisme n’est pas libéral, il n’aime ni ne produit la liberté. Il est une « cage d’acier » selon le mot de Max Weber, dont nous sentons chaque jour davantage la contrainte et le poids. "Il arrive au monde suant la boue et le sang par tous ses pores", comme dit Marx, et faut-il ajouter, il se maintient dans cet état, en aggravant la situation — car désormais à peu près rien n’échappe à la marchandisation : le corps, le sexe, la culture et les oeuvres de l’esprit, l’éducation, les "loisirs", tout y passe ou y passera. Les gens qui se précipitent dans l’anti-libéralisme pour combattre le capitalisme font la même faute que ceux qui se sont jetés dans les bras du capitalisme après s’être dégrisés de l’opium du stalinisme et du socialisme réel. L’alternative n’est pas entre libéralisme et anti-libéralisme. Ni, ni. L’alternative exige un pas de côté pour quitter ce piège de la pensée et de l’action. Et ça passera forcément par une remise en cause radicale du capitalisme, par la mise en évidence de son fonctionnement, de sa violence qui repose sur des mécanismes invisibles à l’oeil nu, qu’aucune image ne donnera jamais à voir. Le Spectacle et le Capital sont complices. Il faudra sortir non seulement du capitalisme, mais de toutes les solutions à mi-chemin, qui pensent qu’un modus vivendi est possible avec ce système. Donc pas de solution du côté des partis sociaux-démocrates qui constituent l’essentiel de la gauche européenne, depuis les partis socialistes jusqu’aux partis communistes, et autres variantes genre Die Linke en Allemagne ou Parti de gauche en France. Concrètement, par exemple, ce n’est pas défendre les salariés que de s’installer dans le salariat, comme le font les syndicats, même si l’oeuvre des syndicalistes a été, un temps, utile et bénéfique. (Aujourd’hui, on se demande bien) Il faut défendre les salariés, mais s’inscrire dans une perspective de sortie du salariat.

Aucune force sociale et politique ne présente aujourd’hui le problème sous cet angle. Tout est à réinventer, ou à retrouver, car il n’y a pas d’alternative : ou le socialisme, ou la barbarie, comme disait Rosa Luxembourg.


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