Brassens, assurément, était un amoureux de la liberté. Le libéralisme est un concept tellement polysémique qu’on peut qualifier de « libéral » quiconque a tant soit peu le goût de la liberté. Inversement, on peut essayer de nous vendre, dans le camp d’en face, de vieilles recettes comme "le socialisme de caserne" de feu "le socialisme réel", comme seul et unique remède au "libéralisme" actuel. Puisque libéralisme=capitalisme, alors anticapitalisme = antilibéralisme. Ni la prémisse, ni la conclusion de ce raisonnement n’est vraie. Si le mode production capitaliste est producteur d’aliénation, alors on ne peut pas associer le capitalisme et le règne de la liberté. Corrélativement, un projet politique qui vise l’émancipation n’a pas à avoir peur de la liberté. Le "libéralisme", ou la revendication de la liberté, n’est pas son premier ennemi. Un tel projet doit réfléchir sur les conditions concrètes, cad sociales — et "naturelles", puisqu’il est désormais impossible de faire l’impasse sur le souci écologique — de cette liberté. Son effectuation. Ce qui passera par la destruction de certains mythes, comme celui d’un individu auto engendré(*), autonome d’emblée, et capable de contracter sans conditions. Le libéralisme de wikilibéral est une fable, une reconstruction poétique. Rien de moins pragmatique que ce libéralisme-là. Plus rêveur, plus éloigné du réel qu’un « libéral » de cette farine, on ne trouve pas. Mais si les fables ne nous parlaient pas de la réalité, elles ne nous intéresseraient pas. L’idéologie n’est pas une vision fausse ; c’est une vision renversée. Une demi-vérité érigée en système est la pire des erreurs.
(*) cf. Terminator, et la belle analyse d’Olivier Rey dans Une folle solitude : Ce que Terminator termine, p. 139-173. Le cinéma hollywodien a remplacé aujourd’hui la poésie dans sa fonction sociale de production de mythes