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Pour saluer Michéa - bombix - 2 mai 2011 à 09:40

Bonjour Thomas,

Ça s’appelle de la récupération. Je n’ai pas fait attention à l’origine de la vidéo, que j’ai trouvée par le moteur interne de recherche de dailymotion.
Mais qu’un militant du FN publie une vidéo sur un philosophe n’a pas pour conséquence qu’il en devient propriétaire, ou que les idées du philosophe soient compatibles avec celle du FN. Quand Sarkozy citait Jaures, cela ne faisait pas du penseur socialiste un sarkozyste par anticipation.
Le même militant FN ferait bien de se renseigner sur l’histoire de son parti. Dans les années 80-90, le parti de Jean-Marie Le Pen était ultra-libéral. Sa posture "sociale" est récente. Il a, comme on dit, changé son "logiciel", c’est à dire les thèmes de sa propagande. Il n’est pas devenu plus "social" que les entreprises qui nous gavent tous les jours dans les pubs de "souci de la planète" ne sont devenues "écologistes". Même approche du client — on l’accroche par les thèmes "sensibles" du moment —, et même mensonge pour placer la camelote. Le libéralisme et le fascisme font d’ailleurs bon ménage, et le Chili de Pinochet fut le laboratoire du néo-libéralisme, comme tout le monde sait.

Je vous remercie néanmoins pour votre vigilance. Sur le fond, on sent bien que la critique du libéralisme peut glisser sur la pente savonneuse de la pensée réactionnaire. Je crois que l’un des enseignements de JC Michéa est qu’il faut se défaire du dualisme conservatisme/progrès. Le conservatisme n’est pas a priori mauvais ; le progressisme n’est pas a priori bon. Il faut juger de ce qu’il est bon de conserver ou pas, au cas par cas. Il y a des progrès qui ne sont pas des progrès de la liberté, des libérations, mais un renforcement de l’aliénation. Ce fut une erreur historique de la gauche d’assimiler tout "progrès" à une "libération". Je prendrai un exemple : l’école, à laquelle Michéa a consacré un volume (L’enseignement de l’ignorance) On a jugé, après 68, que toute autorité était négatrice de la liberté. Pour libérer les enfants, il fallait les libérer de l’autorité des maîtres. Or ce faisant, on faisait une confusion. L’autorité du maître sur l’enfant, n’est pas l’autorité du patron sur son ouvrier. L’analogie entre les deux formes d’autorité était fallacieuse. Il y a une bonne autorité, celle qui permet à l’éducateur d’aider l’enfant à accéder à son autonomie — et dans le rapport maître/disciple, le maître finit par s’effacer quand le disciple accède à la maîtrise — et il y a une mauvaise autorité, celle qui maintient l’ouvrier dans sa sujétion. L’autorité du patron ne vise jamais à transformer l’ouvrier en patron. Rejeter en bloc l’autorité était une erreur. Ou une ruse. Le sociologue Luc Boltanski a montré dans Le nouvel esprit du capitalisme qu’à son stade de développement, le capitalisme des années 60 était bloqué dans sa forme d’organisation. Il a récupéré les mots d’ordre de 68, la "critique artiste" du système, pour assouplir le dit système. Mais ce faisant, l’aliénation, intériorisée (promotion du "projet", de "l’auto-organisation", responsabilisation et autonomisation du travailleur etc.) était renforcée. Je renvoie à nouveau au texte de Deleuze sur Les nouvelles sociétés de contrôles, si lucide à l’époque de sa rédaction.

L’enjeu, c’est toujours l’émancipation. Le travail de J.C. Michéa est précieux en ce qu’il permet, comme les analyses de Boltanski et d’autres, de repérer les formes fausses de l’émancipation. Il y a des faux-amis de la liberté. Pour ce qui concerne le FN et l’extrême droite, il est clair qu’on est ici dans le camp des ennemis des travailleurs et de la liberté. Pas de confusion possible.


#32210



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