A ce jeu-là on est tous coupables.
Ben, précisément, mon option dans cette discussion consiste à ne pas suivre la pente qui conduit "à chercher des coupables" Plutôt que de chercher des coupables (*) — dessein avoué ou non de tous les complotistes — je préfère regarder vers le fonctionnement d’un système. Et je ne peux que constater que nous sommes à l’intérieur de ce système, et pas à l’extérieur. On connait la célèbre phrase de Bossuet : « Dieu rit des hommes qui déplorent les conséquences dont ils chérissent les causes. » Nous avons une logique comme consommateurs, et une logique opposée comme salariés européens. En même temps. Curieuse inconséquence.
En plus, j’aimerais qu’on ne discute pas en reconstituant des camps amis/ennemis. En disant que nous sommes à l’intérieur du système, je ne défends pas pour autant "l’oligarchie" (appelons-là comme ça) libérale qui dissimule — à l’ombre du concept contestable de gouvernance — ses choix politiques derrière des impératifs techniques prétendus, dont la solution s’imposerait à tous. TINA. J’ai assez critiqué cette position dans ces colonnes pour qu’on ne me soupçonne pas de ça. Pareil pour le Traité de Lisbonne. Reste que si l’on avait respecté le choix des électeurs français de 2005 — et on aurait dû le faire — tous les problèmes n’étaient pas résolus pour autant.
Ils n’avaient qu’à pas croire à la multiplication des p’tits pains, y a que Dieu pour ça, paraît-il.
La crise a pourtant pour origine cette croyance. Maurice Allais avait d’ailleurs dénoncé très tôt les risques d’une spéculation à l’échelle mondiale fondée sur la dette et la menace d’effondrement général possible. cf l’article du Plumitif Arcandier.
Oui, on en a profité tant que le politique avait la main dessus.
1) Le politique ne s’est jamais absenté. Je l’ai dit plus haut, ce sont des décisions politiques qui se masquent derrière des impératifs économiques prétendus. Pour exemple, la crise des subprimes américaines : la décision de l’administration Clinton de faire financer le logement par la spéculation, plutôt que de construire du logement social en augmentant les impôts. 2) Par ailleurs, je crois que c’est une erreur de croire à un âge d’or du capitalisme. Les trente glorieuses ont été un moment exceptionnel dû à une conjoncture historique exceptionnelle. Une parenthèse. La marche normale du capitalisme, c’est plutôt celle qu’on connaît aujourd’hui. 3) Je crois aussi au volontarisme politique. Mais il ne faut pas se voiler la face, nous ne sommes pas seuls au monde, et on doit faire avec des puissances qui ne sont pas à notre échelle. Ca rend quand même modeste.
Machine infernale ou complot, on va pas jouer sur les mots.
Ben si justement, il faudrait être précis dans les mots. L’idée de "machine infernale" — admettons-là à titre d’hypothèse — réintroduit une espèce de fatalité, en tout cas du tragique dans l’histoire comme elle va. Dans la tragédie, on voit toujours une liberté se transformer en nécessité. Le bien et le mal sont impliqués dialectiquement. L’idée de complot, c’est au contraire l’idée d’une force mauvaise à l’oeuvre, cernable et éradicable. Il y a peut-être même du religieux caché là-dessous.
Euh... qu’est-ce qu’il vient faire là, Mélenchon ?
J’ai commenté cet article, je vais pas me répéter. Plus généralement, je n’arrive pas à être convaincu par Mélenchon. Resté trop longtemps chez les socialistes (il fut ministre de Jospin, faudrait pas l’oublier) et à peine sorti de là, embringué avec les communistes dans un poker menteur. Et puis je me rappelle les paroles de l’Internationale : « Il n’est point de sauveur suprême, ni Dieu, ni César, ni tribun » ...
(*) La recherche d’un bouc émissaire et son sacrifice est une constante de toutes les sociétés humaines qui se fondent sur une violence originaire méconnue. cf. les travaux de René Girard. Au XXème siècle, on a pu apprécier le résultat d’une telle mécanique sociale, quand elle est accompagnée d’une formidable puissance technique de destruction, dans l’Allemagne nazie antisémite.