Très juste, Eulalie. Vous avez d’ailleurs une confirmation locale de votre analyse. C’est Bensac qui écrit (*)
Il est des jours ou l’on est fier de ses choix. Aujourd’hui, je suis fier d’avoir toujours été Centriste, et d’être revenu aux sources en ces temps difficiles.
Pour illustration, le débat sur les retraites tourne à l’avantage de la position centriste, prépondérante au Sénat.
Ainsi, le ralliement, la nuit dernière, de l’UMP à la proposition centriste de l’organisation, "à compter du premier semestre 2013", d’un débat sur les conditions de la mise en place d’un "régime universel par points ou en comptes notionnels" et sur les moyens de "faciliter le libre choix des assurés" sur les modalités de leur cessation d’activité, change la donne quant au mouvement social en cours.
Une véritable réflexion nationale sur une réforme "systémique" des régimes de retraite français.
La réforme systémique évoquée s’inspire de ce qui existe dans d’autres pays européens, comme la Suède, et rejoint les propositions de syndicats comme la CFDT.
De ce fait, pourquoi poursuivre le blocage du pays puisque les français pourront choisir démocratiquement en 2012 la réponse qu’ils voudront donner à la problématique des retraites en 2013 avant même l’application de la loi en discussion ?
Il faut avoir la mémoire bien courte pour oublier le sarkzyste convaincu et le libéral fanatique qu’a toujours été P. Bensac. Pour se rafraichir la mémoire, lire ses billets des années antérieures. Et il le demeure. On comprend fort bien que stratégiquement (le monsieur a des visées cantonales et même législatives paraît-il), il ait intérêt à prendre ses distances avec un personnage politique rejeté par 70 % de l’électorat. Mais cela ne change rien en termes de convictions et d’idéologie.
C’est dire qu’il ne faut pas confondre le devant de la scène et les coulisses. En coulisse, la CFDT et la branche réformiste de la CGT n’ont changé ni d’analyse, ni de stratégie. Il ne s’agit plus de lutter contre le capital, il s’agit de l’aménager et de le co-gérer. Entre ces gens-là et des gens comme Bensac, un terrain d’entente est possible ; je dirais même qu’il est nécessaire.
Seulement, il ne peuvent pas le dire ouvertement. Je l’avais dit début septembre. A partir du moment où on dit "le système des retraites doit évoluer", on pose un coin dans le système par répartition(**). Cette affaire des retraites est un moment charnière du régime sarkozyste. Un moment où l’opposition droite/gauche a de moins en moins de sens.
Le problème désormais est de lever une force politique capable de s’opposer au rouleau compresseur du capitalisme. On peut être pessimiste. Octobre 2010 aura démontré qu’un mouvement social avec des grèves "qui se voient", a la même efficience que des grèves "qu’on ne voit plus".
(*) On peut reprocher ce qu’on veut à Bensac. On doit lui accorder cependant qu’il est cohérent. Un peu plus cohérent qu’Irène Félix qui s’oppose au TCE en 2005, mais qui défend les 41,5 annuités en 2010 (= la condamnation programmée du système de retraite actuel, comme le démondre le très solitaire et très précis Gérard Filoche). C’est à dire, en gros, les propositions Fillon de 2003. C’est pourquoi l’opinion considère en général les politiciens de droite comme de francs salauds, et ceux de gauche comme des salauds hypocrites. A la suite de quoi on ira pleurnicher sur l’abstention montante, les scores de Le Pen et, en général, sur le "populisme" qui gagne ...
(**) Quels sont les enjeux ? Lire Bernard Friot. "Qu’on l’examine sous l’angle du financement — la cotisation vieillesse — ou sous celui de la dépense — la pension comme salaire à vie —, la retraite est porteuse de changements révolutionnaires. Le terme n’a pas ici le sens métaphorique qu’affectionnent les publicitaires. A l’opposé de l’utopie, qui construit un système symétrique d’un réel lu de façon univoque et négative, le changement révolutionnaire repose sur une perception claire de la subversion déjà à l’œuvre dans une réalité analysée comme une contradiction au travail. Le débat sur les retraites offre l’occasion de travailler à la révolution en popularisant le remplacement de ces deux institutions décisives du capitalisme que sont le marché du travail et le droit de propriété lucrative par le « déjà-là » du salaire à vie et de la cotisation."
Retraites, un trésor impensé. Le Monde diplomatique.