Et j’ajoute pour être complet, qu’au niveau national, seuls FO et Solidaires demandent le retrait. Mais FO ne veut pas entendre parler de grève générale.
Hier, Jacques Cotta faisait paraître un article qui résume fort bien l’essentiel de la question.
1. Pourquoi dans un état de crise généralisée du sarkozysme, aussi peu de pugnacité de la part de ses adversaires ? « Comment et où le gouvernement trouve-t-il les ressors pour présenter une réforme qui sur le fond ne satisfait personne ? »
2. Parce que la stratégie est l’« accompagnement », et le « syndicalisme responsable ». « Dés le début, Bernard Thibault et François Chérèque ont annoncé, au nom d’un « syndicalisme de proposition » ou encore d’accompagnement, une série de "revendications" compatibles avec le maintien de la réforme, et donnaient ainsi à Nicolas Sarkozy, François Fillon et Eric Woerth une marge de manœuvre inespérée. »
3. Nulle part, dans les argumentaires, on ne voit apparaître la question cruciale « La question des retraites est celle des salaires. Elle concentre en l’occurrence la question du capital et du travail. Le recul de 60 à 62 ans pour l’âge légal de départ à la retraite ou encore de 65 à 67 ans pour faire valoir ses droits, le passage de 37,5 années à 40 ans et demain à 41, puis 42 ans puis plus de cotisations, n’a de sens qu’au regard du montant des pensions. Le but de l’opération n’est évidemment pas de mettre des bataillons de troisième âge au travail. Passé 57 à 58 ans, les entreprises rejettent leurs salariés qui pointent au chômage. Le but est uniquement de ne plus avoir à payer les pensions. »
La question du capital et du travail, c’est la question même du système capitaliste. La question du temps de travail était et reste le noeud du conflit entre capitalistes et travailleurs. Ce pourquoi Marx considère que la première est la plus importante des luttes ouvrières porte sur la limitation de la durée de travail (Le Capital, Livre I, ch. X) Mais entre « partenaires sociaux », cette question ne se pose plus. Car il faudrait alors poser la question de l’exploitation (*), et réfléchir à un autre système pour la combattre. D’où :
4. « La différence concrète, matérielle entre les propositions de la gauche et le plan de la droite au pouvoir est bien ténue. Le rétablissement de l’âge légal de départ à 60 ans est indissociable, pour être lié au versement des pensions complètes, donc à l’aspiration générale, sinon au rétablissement de 37, 5 annuités de cotisations, du moins au non allongement des 40 aujourd’hui requises. »
« Dés lors quelle position unificatrice qui pourrait créer un véritable rapport de force face à un gouvernement qui affirme qu’il « ne reculera pas sur l’essentiel » ? Sinon prendre le projet de loi comme un tout non négociable précisément, et en demander le retrait intégral pour aborder ensuite la question du financement –donc de l’emploi notamment qui conditionne le montant des cotisations versées- afin de dégager les moyens nécessaires. »
Et Jacques Cotta de terminer sur la nécessaire reconduction de la grève du 23 le 24 et suivants, jusqu’à satisfaction. Satisfaction de quoi ? D’exigences qui ne sont même pas posées ! Faisons confiance, comme il le dit, à la détermination, à la démocratie - à l’organisation d’assemblées générales qui respecteront les décisions prises en bas- dans l’action.
Quel humoriste, ce Jacques Cotta !
(*) Il arrive parfois aux leaders du PS de le rappeler, et même de se rappeler que les choses vont en enpirant. C’est ça sans doute qu’on appelle « la double pensée »(**). Par exemple, Benoit Hamon, le 16 janvier 2009 sur Canal+ : « En trente ans, la part de la richesse produite, qui est passée de la rémunération du travail à la rémunération du capital, surtout les dividendes, c’est 10 points de PIB. »
(**) Jean-Claude Michéa, La double pensée.