poster message en reponse
Être ou se la jouer écolo ? - bombix - 2 juillet 2010 à 18:00

les français sont-ils devenus réellement écolos ou sont-ils seulement en train de se la jouer écolo ?

Il faudrait s’entendre sur ce que cela signifie « être réellement écolo ». Le dilemme me semble être le suivant : soit on prend au sérieux l’écologie politique, et alors, cela implique une sortie du système actuel — caractérisé par l’imaginaire de la marchandise (S. Latouche emploie la très expressive formule : « décoloniser l’imaginaire ») et la loi du profit ; soit on choisit de rester dans ce système, mais alors on pratique un écologisme cosmétique, qui est à la véritable écologie politique ce que le sifflotement de "pom pom pom pom" est à la Cinquième de Beethoven. Sans parler d’élus de droite qui comme Lepeltier (et jusqu’à Bensac qui affirme désormais se mettre au vert !) revendiquent l’écologie comme leur « petite différence à eux » dans un système de plus en plus homogène qui ne propose que le Même, on ne peut qu’être dubitatif sur la naïveté des Verts et autres « écolos » (mais c’est tellement gros qu’il vaudrait mieux parler ici d’opportunisme de petits politiciens) qui jouent la carte électoraliste. Car d’une part, on ne peut que constater que la machine électorale est construite pour ne permettre qu’à ceux dont on est assuré qu’ils vont maintenir et faire prospérer le Système d’accéder aux responsabilités ; d’autre part (c’est complémentaire), on ne voit pas comment, en passant des accords avec des partis à la ligne ouvertement productiviste et qui jouent la carte de la croissance (UMP ou PS, sur ce terrain, c’est tout un), on peut avancer en direction d’une société respectueuse des équilibres naturels et ordonnée à des valeurs non marchandes. Pour s’en persuader, il suffit par exemple de prendre connaissance du bilan de Voynet
Pour une critique approfondie de la notion de « développement durable », voir encore une fois les analyses de Latouche.

Bien. Est-ce qu’il faut pour autant s’en remettre aux propositions de la "deep ecology" (écologie profonde) ? Je pense qu’il faut d’une part accorder que l’homme n’est pas "maître et possesseur de la nature" comme l’affirmait orgueilleusement le programme cartésien, et/mais qu’en revanche on doit lui assigner une place particulière dans l’univers. Sans la référence à cette spécificité, on récuse par avance tout humanisme. (Toujours se rappeler que l’Angleterre de la révolution industrielle qui voit s’épanouir un capitalisme sauvage au XIXème siècle vote des lois sur la protection des animaux avant de se préoccuper du sort des enfants qui travaillent dans les fabriques ou dans les mines). Il faut construire une écologie politique qui permette à l’homme "d’habiter" son milieu. L’écologie électoraliste m’en semble très loin.

Je voudrais citer pour terminer le début d’un beau texte de Jean Zin : l’écologie politique à l’ère de l’information. Zin propose une thèse particulière qui lie l’écologie politique et l’information. La distinction dont il part, entre économie et écologie, me semble primordiale.

« Le terme écologie a été forgé par Haeckel en 1866, à partir du grec oikos et logos, pour désigner l’étude des habitats naturels des espèces vivantes. En effet oikos, qu’on retrouve dans économie, signifie habitat. Ce qui distingue l’éco-nomie domestique de l’éco-logie, c’est que l’économie calcule alors que l’écologie relie, l’une est quantitative quand l’autre est qualitative. L’économie est la science des équivalences alors que l’écologie est la science des différences et des complémentarités (sexuelles, alimentaires, etc.), l’économie réduit tout à l’individu alors que l’écologie réinscrit les corps dans leurs interdépendances mutuelles et leur relation à l’environnement global. On ne peut pas dire que l’écologie n’a rien à voir avec l’économie, c’est plus précisément l’insistance sur la réalité biologique qui lui manque. L’écologie est d’une certaine façon la réfutation de l’économie, sa critique radicale comme pure abstraction mathématique, la réintégration du temps long et des cycles naturels dans la productivité immédiate et les calculs d’intérêt à courte vue.

Pourtant, la tendance dominante de l’écologie-politique jusqu’à nos jours, sera de se rapprocher de l’économie et de revenir à une version quantitative de l’écologie où c’est tout simplement la circulation de l’énergie qui prend la place de la circulation monétaire comme équivalent général. Ces théories énergétiques de l’écologie sont reliées à l’économie du charbon ou du pétrole. Nous voudrions montrer qu’elles procèdent d’une simplification excessive des écosystèmes. Ceux-ci ne sont évidemment pas réductibles à l’énergie qui les traverse alors que ce qui constitue le vivant c’est bien plutôt la complexification et les échanges d’information. Il faudrait finir par l’admettre, l’écologie est beaucoup plus liée à l’information qu’on ne le croit. Au fond, les théories aussi dépendent inévitablement de leur milieu et changent avec lui, après un temps plus ou moins long d’adaptation. Il s’agirait donc de passer aujourd’hui d’une écologie de l’ère énergétique à l’écologie-politique de l’ère de l’information, plus conforme à son concept initial de logique du vivant.
 » (souligné par moi)


#27304



Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Qui êtes-vous ?