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Contre la civilisation libérale, penser à la périphérie ? - bombix - 3 juin 2010 à 17:23

Ce que vous pratiquez s’appelle bien une chasse aux sorcières. D’abord vous essentialisez ADB, il « est » d’extrême droite, comme une cruche « est » une cruche ; ensuite vous vous insurgez parce qu’un cordon sanitaire n’est pas mis autour du personnage et de ses bouquins : les bibliothécaires sont-ils bien au courant (au passage, s’ils ne sont pas au courant des orientations idéologiques de ADB, ce sont de bien médiocres professionnels, mais c’est un autre débat). Puis, une fois le mal nommé et circonscrit, vient l’excommunication et l’éradication.
Il fut un temps où il existait un enfer dans les bibliothèques. Ce n’est pas ce que vous voulez rétablir par hasard, avec cette curieuse classification — qui à mon avis n’existe pas dans la Dewey — "écologie d’extrême droite" ; est-ce que d’ailleurs on trouve dans les bibliothèques les orientations politiques des auteurs ? Au final, doit-on brûler les livres de Heidegger, parce qu’il a appartenu jusqu’en 1945 au parti national-socialiste ; ceux de Mircéa Eliade parce qu’il avait des sympathie fascistes ; et Céline, qu’en faire ? etc. la liste risque d’être longue je vous préviens, va y avoir du boulot.
Une autre solution consiste à supposer le lecteur adulte, et pas si crétin qu’il ne soit lui-même capable de se faire une idée et séparer le bon grain de l’ivraie.

Autre chose : ADB est un écrivain. Il s’exprime dans des revues confidentielles, et dans des livres. La très grande masse des gens ne lit pas — elle se contente d’acheter parfois le prix Goncourt de l’année, le dernier livre de Dan Brown ou de Marc Levy pour la plage. Faites un tour à Cultura et essayez de trouver un bouquin d’ADB. Interrogez la base de données du réseau des bibliothèques de Bourges. Faites-nous part du résultat.
Vous voyez que notre bonne démocratie(*) n’a pas besoin de reconstituer l’enfer dans les bibliothèques. Les auteurs sulfureux, les critiques radicaux - de droite ou de gauche, ou qui ne se situent ni à droite ni à gauche parce que cette classification ne leur semble pas pertinente — elle les étouffe dans le silence.
Faites la même expérience avec ... je ne sais pas moi, Chomsky ?

Pour moi, le sujet d’inquiétude est ailleurs : si des auteurs d’une idéologie douteuse viennent à dire des choses intéressantes et pertinentes sur le monde dans lequel nous vivons, c’est que ce monde est devenu particulièrement angoissant et inquiétant — ce que je crois profondément. On peut casser tous les thermomètres, on ne fera toujours pas baisser la température du malade. Et je terminerai provisoirement en disant ceci : non seulement ce monde est inquiétant, mais est plus inquiétant encore le silence dans lequel toute une série de transformations sont en train de se faire, sans que quiconque soit capable d’articuler une critique pertinente audible, ou simplement faire un bilan des pertes, des régressions, des mutations. Quand aux perspectives d’action, n’en parlons même pas. Mais est-ce bien étonnant quand on a aucun outil pour simplement penser la situation ?

(*) Au fait, vous avez des nouvelles de Julien Coupat et de ses copains ? En face de « vrais terroristes », la démocratie sait se défendre ;-) et faire bloc, de Libération à Michèle Alliot-Marie.


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