Que de provocations...
Oui. Et je vais ajouter, pour continuer à être provocateur : « et alors ? » Première remarque : l’utilisation que vous faites du vocable d’extrême-droite consiste surtout à apposer sur un écrivain une étiquette infamante pour interdire de le lire et de le citer. La chasse aux sorcières est ouverte, et ça commence par cet article qui, dites vous, "fait planer une certaine confusion", alors que, dès les premières lignes, j’annonce la couleur, comme vous le faites vous-même remarquer. Mais vous n’êtes pas à une contradiction près. "Méfions-nous du piège mortel de la cohérence" comme disait un certain. ;-)
Deuxième remarque : concernant Alain de Benoist, je ne sais pas si il est vraiment « d’extrême droite ». Je le situerais pour ma part du côté de la droite radicale, celle qui fonde sa pensée politique sur deux concepts majeurs : la hiérarchie, et la différence. Il y a quantité de bons esprits qui se rangent sous cette bannière — à commencer par Nietzsche, et je ne m’interdis ni de les lire, ni de les citer ; je n’ai pas des petits flics de la pensée pour nettoyer et aseptiser les rayonnages de ma bibliothèque. Pas encore, ça pourra peut-être venir un jour, car on ne sait pas au juste de quoi est capable la « terreur molle » — pour parler comme Philippe Murray — dont vous tenez pour l’heure le porte-voix.
Maintenant, au fait. Pourquoi est-ce que j’ai cité De Benoist ? Parce que je suis séduis tout à coup par le discours de la droite radicale ? Parce que je vire facho ? Merci de me flétrir de ce soupçon. En toute honnêteté, si j’avais cité ce texte sans mentionner son auteur, pouviez-vous imaginer, à partir de son contenu, qu’il était tenu par un membre du GRECE ? Or ce qui m’intéresse, c’est ce que disent les gens — pas ce qu’on dit d’eux. Vous même, d’où tenez-vous vos informations concernant Alain de Benoist ? De la fréquentation assidue de ses livres, ou de sa fiche Wikipédia ? Il se trouve que je lis très attentivement en ce moment JC Michéa. Et que je suis troublé par cette lecture, parce qu’il me semble qu’il suffirait d’un rien pour que ses analyses soient reprises par des mouvements de pensées réactionnaires. J’ai donc fait des recherches, et bingo, je suis tombé sur une recension assez élogieuse d’Alain de Benoist d’un bouquin de Michéa. Par ailleurs, j’avais conservé cet ancien numéro des dossiers de l’Histoire et j’avais été frappé par cette interview. A partir de là, je me suis dit qu’on pouvait peut-être mettre les deux auteurs en vis à vis et répérer des similarités dans le discours. C’est un travail théorique et savant qu’on pourrait faire. Là, j’ai juste écrit un articulet pour l’Agitateur.
Reste ce qui m’intéresse : où va-t-on quand on fait une critique radicale, comme celle — impeccable et séduisante — de Michéa par exemple, de ce qu’il nomme "la civilisation libérale", c’est à dire du capitalisme occidental mondialisé dans sa phase actuelle ? Ce n’est pas rien de casser les répères droite/gauche. Ce n’est pas rien d’attaquer la pensée libérale, car nous sommes aussi, enfants des Lumières, des libéraux. J’ai mis un point d’interrogation à mon titre. Je pose une question. Je n’ai pas de réponse, je suis plutôt devant un problème. Et de taille.
Maintenant, comme disait un humoriste, la meilleure façon de résoudre les problèmes, c’est de ne pas les poser. Si vous voulez lire(*) du politiquement correct, vous pouvez aller sur d’autres sites berruyers, faux rebelles mais vrais soutiens de la petite bourgeoisie de gôche qui prépare son retour aux affaires. On peut comme dit Michéa, restreindre le débat politique à la question de savoir quels maîtres on doit choisir aux prochaines élections. Ca ne m’intéresse guère. Vous n’êtes pas obligée de me suivre. Mais je ne suis pas obligé de me plier à vos injonctions et de fréquenter les sentiers que vous jugez praticables.
(*) Lire seulement. Aucun forum n’est ouvert. C’est la meilleure façon de ne pas être contredit.