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Mais qu’est-ce qu’on attend ? - Cyrano - 20 février 2010 à 09:19

Un petit livre paru en 1964, quatre ans avant 1968, croyait prophétiser la fin des combats :

« Les ventres sont pleins. Les routes se couvrent de voitures. Le silence est maçonné de bruits. [...]
La machine à laver est plus forte qu’un tract écrit avec du sang. La très belle phrase "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous" ne résiste plus à une cuisine en formica. On déterge et on décervelle.
 »
"L’Extricable", Raymond Borde, édité par Eric Losfeld, en 1964.

Deux mois avant les grandes grèves de mai 1968, un article célèbre de Pierre Viansson-Ponté, parut dans le Monde du 15 mars 1968 sous le titre : "Quand la France s’ennuie..." :

« Ce qui caractérise actuellement notre vie publique, c’est l’ennui. Les Français s’ennuient. Ils ne participent ni de près ni de loin aux grandes convulsions qui secouent le monde. [...]
Les étudiants français se préoccupent de savoir si les filles de Nanterre et d’Antony pourront accéder librement aux chambres des garçons, conception malgré tout limitée des droits de l’homme. Quant aux jeunes ouvriers, ils cherchent du travail et n’en trouvent pas. Les empoignades, les homélies et les apostrophes des hommes politiques de tout bord paraissent à tous ces jeunes, au mieux plutôt comiques, au pis tout à fait inutiles, presque toujours incompréhensibles.
Heureusement, la télévision est là pour détourner l’attention vers les vrais problèmes : l’état du compte en banque de Killy, l’encombrement des autoroutes, le tiercé, qui continue d’avoir le dimanche soir priorité sur toutes les antennes de France.
 »

Comme quoi, une prudence de bon aloi dans le jugement des faits sociaux et des capacités de révolte s’impose. Ce qui semblait être un recul égoïste des préoccupations des étudiants s’avèrera être une étincelle ; la téloche était déjà suspectée d’endormir les français détergés, décervellés. Alors que Raymond Borde suspectait les travailleurs de n’avoir pour idéal qu’une cuisine en formica, deux mois après l’article de Pierre Viansson-Ponté, les français, bien éveillés, étaient au cœur d’une convulsion d’auguste mémoire.


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