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Mais qu’est-ce qu’on attend ? - bombix - 18 février 2010 à 20:44

Mais qu’il y a être spectateur (actif certes, ça cogite dur là haut chez ces gens là) de la nature humaine, des situations, et être dans une situation "donnée" . C’est tout à fait différent.

Personne n’a dit le contraire, et surtout pas les philosophes qui, de près ou de loin, sont les héritiers de Marx. L’idée du philosophe spectateur qui juge du point de vue de Sirius n’est plus vraiment d’actualité. Nous sommes au monde, ni dans le monde, ni hors du monde, comme disait un certain. Allez, une petite citation, pour faire plaisir à Tatayoyo : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, il s’agit maintenant de le transformer. » Marx (Thesen über Feuerbach, XI)
Maintenant, pour le transformer, il n’est pas interdit de le comprendre un peu. Raison pourquoi l’anti-intellectualisme est soit le fait de crétins, soit le fait de réactionnaires, qui ne veulent surtout pas qu’on bouscule leur idéologie si commode. Quand les réactionnaires sont aussi des crétins, on se trouve en face de brutes fascisantes, et on se met à brûler les livres, fruit de l’« onanisme intellectuel » c’est bien connu.
Il suffit d’observer par ailleurs dans l’histoire comment ont tourné les révoltes spontanées, et pas seulement dans les temps modernes(*), pour se méfier du spontanéisme révolutionnaire.

Et pour l’instant, il me semble qu’une large partie du français moyen , est dans une situation encore relativement confortable (sauf les jeunes)

Je sais pas, faut voir. Il y a beaucoup de gens dont la situation s’aggrave de plus en plus. Les travailleurs étrangers, les précaires, les chômeurs en fin de droit ... et ceux qui vont y tomber. Si on ajoute à ça le temps partiel imposé, les classes moyennes en voie de paupérisation, les travailleurs intellectuels prolétarisés, et l’avenir qu’on prépare aux jeunes, ça fait beaucoup de monde qui aurait des raisons de bouger. Maintenant la question reste entière : à partir de quand juge-t-on qu’une situation est intolérable ? Paradoxalement, on a remarqué que des périodes de relative prospérité pouvaient coïncider avec des troubles sociaux importants (cf. la fin des années 60 en France ...)
Il est pas dit que sous l’action conjointe des mécanisme de contrôle (cf. Société de contrôle) et de l’administration de calmants (légaux ou illégaux) on ne puisse pas faire tenir cette situation très longtemps. ( Parenthèse : concernant les plaisirs opiacés du monde contemporain, il ne faut pas y voir quelque chose qui lui serait extérieur : l’addiction est la réalité effective du modèle industriel dominant. Voir le principe de la consommation : d’un côté on produit de l’anxiété (la pub ne sert à rien d’autre que de désigner comme modèles des êtres et des situations qui par définition sont inaccessibles), de l’autre on donne le produit pour la calmer. Mais trouver le calme avec cette solution, c’est en réalité renforcer la situation anxiogène primitive — parce que c’est en fait se soumettre aux contraintes de production que le système exige de nous. Et au bout du compte, nous voilà anéantis quand nous croyons subsister.
Et ce serait une erreur que de croire que les gens dans la merde échappent à ce cercle. Ils auraient plutôt tendance à le renforcer, ce qui est conforme à la logique. D’où le surendettement, les familles superéquipées en téléphones portables et écrans plasmas mais qui ne bouffent plus que des patates à l’eau etc.)

(*) Voir par exemple l’épisode de la guerre des paysans allemands (1524-1526) et la répression énorme (100.000 insurgés sur 300.000 éxécutés, souvent torturés avec des raffinements qu’on imagine pas.) Ils ne réclamaient pourtant pas l’abolition du système féodal, mais son amélioration. « La défaite des paysans marque le début de l’accroissement patrimonial des chefs militaires nobles victorieux ... Pendant trois-cents ans, les paysans ne se révolteront presque plus. »


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