"l’homme est une bête qui réfléchie en collectif pour passer le temps mais reprend son instinct animal individuel dès que les choses sérieuses arrivent. Une bête avec un arc et des flèches ou avec un écran plat, mais une bête quand même. Il y aura sans doute encore bien des révolutions et encore plus de révoltes, mais in fine, on ne pourra pas changer la nature humaine"
Il me semble qu’il y a là une pensée qui montre combien même les personnes qui essaient de se révolter contre l’oppression sont aussi et malgré elles, imbibées du sens commun. L’idée selon laquelle il y aurait une "nature" humaine et que celle-ci porterait inévitablement et pour toujours l’Homme à agir comme un "individu" animé par son seul "intérêt" ne me semble pas tout à fait juste. (on pourrait prendre en contre exemple certaines formes de bénévolat observées dans le sport qui n’ont d’autres fins en Soi que l’accomplissement d’un sentiment de devoir être envers la communauté. voi Gildas Loirand pour les intéressés)
Ce que Rousseau exprimait et que Bourdieu disait en d’autres termes, c’est qu’il n’y avait pas de "nature", mais des rapports de domination rendus "naturels" pour les agents sociaux par la magie de l’illusio. En résumé, la culture est faite nature.
L’idée d’une "nature humaine" poussant les Hommes à toujours se combattre à être des "strugglers for life", n’est en fait apparue que récemment avec la reprise des théories de Darwin par certains sociologues comme Spencer. Cette pensée dérivée du darwinisme a été imposée à mesure qu’elle servait de nouveaux modes de dominations au travail dans les sociétés capitalistes.
Prendre exemple sur la "nature" et chercher une "nature humaine" n’est jamais trés habile. On peut toujours faire dire à la "nature" ce que l’on veut. Par exemple, les chaînes alimentaires qui reposent sur la "concurrence" entre animaux, reposent aussi sur les symbioses que peuvent liées par le hasard génétique deux espèces pour survivre (l’anémone et le poisson clown).
Après, la domination ne suffit pas à créer la révolte, la consience de classe non plus. Ce qui entrave la révolte, les stratégies de subversion dans le jeu social, ce sont avant-tout les résignation et la complicité implicite des dominés à leur domination. Pour dire autrement, sans s’en rendre compte, on intègre des schémas de pensés (comme celui de la nature humaine) qui tendent à faire se reproduire la domination. Comme on le dit vulgairement : "c’est plus fort que nous" car ces modes de pensées sont le fruit d’une éducation qui a été incorporé, et qui agit sans même que l’on en soit conscient.
Ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a pas plus de "manières naturelles" que de "nature humaine". Rien est immuable, même si les choses tendent à la reproduction. La reproduction n’est pas une reprographie mais une re-production, où paradoxalement jamais rien n’est vraiment identique.