"La fabrique ordinaire de l’extrême droite (et comment la contrer)
Viré de France Culture, Sylvain Bourmeau traque ce journalisme qui fait l’extrême droite sans le vouloir. Ex-bête noire des médias québécois, Catherine Dorion oppose à la tempête fasciste le courage et la joie. Deux enquêtes, un même incendie. Ils sont au Poste, ensemble."
Au Poste, 17 septembre 2026
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Sylvain Bourmeau :
"Parce que ce que j’essaie de montrer dans mon livre, c’est qu’à côté de ces stratégies-là, ouvertement politiques, il y a la mise en œuvre de manières de traiter de la politique qui, objectivement, profitent à l’extrême droite sans que les gens qui mettent en œuvre ces manières n’en aient l’intention. Et c’est de cette question mystérieuse que je suis parti : comment expliquer que des journalistes qui ne sont pas d’extrême droite, qui n’en ont même pas l’intention, qui ont parfois même l’intention de plutôt lutter contre l’extrême droite, pourquoi la façon dont ils s’y prennent, en fait, produit des effets totalement contre-productifs ? Je vais prendre un exemple. Un exemple récent, qui n’est pas dans le livre parce qu’il s’est passé à cette rentrée. Donc la rentrée, c’est une autre illustration de ce qu’il y a dans le livre. Vous avez remarqué comme la question de l’interdiction du voile a surgi dans l’espace public. Spontanément, on pourrait se dire, voilà, et c’était la plupart des lectures : le Rassemblement national avait décidé de faire sa rentrée sur cette question, il avait une stratégie d’inscription. Ça, ce n’est pas ça qui s’est passé. Quand on regarde très concrètement, tout part d’un entretien sur BFM entre un journaliste et Jean-Philippe Tanguy, un des responsables du RN. Ce journaliste, je pense que sincèrement, je ne sais pas quelles sont ses opinions politiques et peu importe, sincèrement, il a le sentiment de bien faire son travail de journaliste, c’est-à-dire d’être dans un mode adversarial. Et même, j’ironisais en disant : peut-être se pense-t-il comme une sorte d’Albert Londres, portant la plume dans la plaie, en fait, en demandant à monsieur Tanguy de clarifier la position sur l’interdiction du voile parce qu’il voyait un désaccord potentiel entre Jordan Bardella et Marine Le Pen. Alors là, on a un schéma classique du journalisme politique, qui va chercher les désaccords à l’intérieur des partis et qui a le sentiment de bien faire son travail parce qu’il va montrer que… Tout le reste, c’est une politique… C’est vraiment le truc qui arrive."