Un prince absolu de la musique - de la "mouise hic" aurait dit le sublime Monarque comme le grand papillon de nuit qu’il était - a disparu. Et son départ pour le vide infini et les grands espaces nous laissent un peu couillons démunis face à toutes les bêtises, face à tous les rouleaux compresseurs qu’il passait son temps à joyeusement ridiculiser : automobiles folles et proliférantes, amours trahis, modes hors saison, culte merdique de l’entreprise... Mais aussi le balancement félin, les jeux de mots percutants, un regard unique sur le rock perverti. Et toujours cet art de débusquer le ridicule qui va nous manquer.
Ce matin, la presse locale évoque le dernier passage d’Alain Bashung au Printemps de Bourges, en 2004. Un passage raté dans ce Mac’Do de la musique, coincé entre Cali, Sanseverino et Benabar, sous l’horrible chapiteau du Phénix. Hé oui, le prince fut sifflé, houspillé, rejeté, par les festivaliers, tout aussi victimes que l’artiste lui-même d’un système à la con du "concert 4 en 1", où il est demandé aux artistes de scrupuleusement respecter les horaires comme des fonctionnaires, de donner la patée au public et de se barrer illico presto. Bashung voulait revenir au PdB cette année, sans doute pour démontrer aux organisateurs du Festival qu’il méritait autre chose que d’être considéré comme un produit de consommation culturelle. Dommage. Le business doit continuer. Ainsi Le Berry Républicain s’interroge déjà de savoir qui va le remplacer : « Pour l’équipe organisatrice, l’heure est au recueillement. “Peu importe, on trouvera un remplaçant”, assure-t-elle ». No comment.