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Mort d’un philosophe

mercredi 27 juin 2007 à 19:52

« L’intérêt d’être humain est de passer sa vie à combattre l’injustice sociale »
Richard Rorty, Trotsky and the Wild Orchids

Le philosophe Richard Rorty vient de mourir. Il avait 75 ans. C’était sans doute l’un des intellectuels américains les plus importants de notre temps.
Son travail touche à la philosophie du langage, à la philosophie de la connaissance, à la réflexion morale et politique.
Intellectuel « engagé », il s’était fait connaître ces derniers temps par son opposition farouche à l’administration Bush, mais également par ses critiques à l’égard du parti démocrate dont il déplorait l’absence de programme.

Son principal ouvrage L’homme spéculaire, a été traduit et édité au Seuil en 1979.

On peut lire l’article que Sandra Laugier lui a consacré dans l’édition du Monde du 25 juin 2007.

On peut aussi consulter, sur le précieux site des Éditions de l’Éclat, en lyber, un livre de Jean-Pierre Cometti : Le philosophe et la poule de Kircher dont plusieurs chapitres sont consacrés à Rorty.


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commentaires
Mort d’un philosophe - philippe BENSAC - 28 juin 2007 à 10:28

Considérant que la base de l’oeuvre de Rorty est l’étude statistique qualitative des comportements humains "mirroirs de leur temps", où l’on cherche la trace de l’influence sociale dans les réponses et non la particularité du sondé, il est clair que la démarche est tendancieuse et déterministe.

Je n’adhère pas à ce raisonnement, pas plus qu’à celui de Marx : "ce n’est pas la conscience de l’homme qui détermine son être, mais son être social qui détermine sa conscience".

Il faut néanmoins saluer la mémoire du chercheur, chercher restant le propre de l’homme libre.

Philippe BENSAC


#8001
Mort d’un philosophe - 28 juin 2007 à  19:47

des précisions sur : "SON ETRE SOCIAL qui détermine sa conscence" ???

#8005 | Répond au message #8001
Mort d’un philosophe - bombix - 28 juin 2007 à  21:30

C’est l’une des thèses les plus célèbres de Marx.

« A l’encontre de la philosophie allemande qui descend du ciel sur la terre, c’est de la terre au ciel que l’on monte ici. Autrement dit, on ne part pas de ce que les hommes disent, s’imaginent, se représentent, ni non plus de ce qu’ils sont dans les paroles, la pensée, l’imagination et la représentation d’autrui, pour aboutir ensuite aux hommes en chair et en os ; non, on part des hommes dans leur activité réelle, c’est à partir de leur processus de vie réel que l’on représente aussi le développement des reflets et des échos idéologiques de ce processus vital. Et même les fantasmagories dans le cerveau humain sont des sublimations résultant nécessairement du processus de leur vie matérielle que l’on peut constater empiriquement et qui repose sur des bases matérielles. De ce fait, la morale, la religion, la métaphysique et tout le reste de l’idéologie, ainsi que les formes de conscience qui leur correspondent, perdent aussitôt toute apparence d’autonomie. Elles n’ont pas d’histoire, elles n’ont pas de développement ; ce sont au contraire les hommes qui, en développant leur production matérielle et leurs rapports matériels, transforment, avec cette réalité qui leur est propre, et leur pensée et les produits de leur pensée. Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience. Dans la première façon de considérer les choses, on part de la conscience comme étant l’individu vivant, dans la seconde façon, qui correspond à la vie réelle, on part des individus réels et vivants eux-mêmes et l’on considère la conscience uniquement comme leur conscience. »

L’idéologie allemande A. L’idéologie en général et en particulier l’idéologie allemande.

Vous pouvez lire le texte en entier ici.

À noter que la perspective critique adoptée par Marx dans son analyse de l’idéologie relève d’un démarche de type généalogique que l’on trouve également à l’oeuvre dans des pensées aussi différentes que celles de Nietzsche ou de Freud. cf. l’analyse de Clément Rosset : « l’acte de naissance généalogique n’est pas dans un temps antérieur, mais dans une origine sous-jacente ... différence selon le langage, non selon le temps. Ainsi s’instaure une critique systématique de la philosophie, toute pensée exprimée devenant justiciable d’une interprétation généalogique décidée à ne pas s’en tenir à l’expression en cause, et à rechercher une origine en deça de la parole ... Cette conception de la généalogie appartient en propre à Nietzsche ... mais on est fondé à parler de "philosophie généalogique" dont participeraient des philosophes aussi éloignés que Nietzsche, Marx, et Freud : ces trois démarches respectives, pour s’en tenir à ces seuls philosophes, ayant en commun une même valeur critique (rupture avec les analyses de type idéaliste) et une même valeur méthodologique (recherche du caché sous le manifeste) » (Clément Rosset : Schopenhauer philosophe de l’absurde, L’intuition généalogique)

Bref, et pour répondre à P. Bensac, il ne suffit pas de rejeter le principe d’une analyse : il faut aussi lui en substituer une plus pertinente. On est certes sortis de l’ère de « la philosophie du soupçon » mais l’analyse de l’idéologie chez Marx garde à mon sens un fort potentiel d’élucidation de nombreuses réalités sociales ; on aurait donc bien tort de se priver d’utiliser cet outil. ;-)

#8006 | Répond au message #8005
Mort d’un philosophe - 1er juillet 2007 à  15:10

Merci Bombix. Mon humble avis est que quel que soit le "philosophe", (pro ou amateur) la pensée, la recherche, sera toujours tendancieuse. Dans la recherche, on ne peut éviter les statistiques de millions d’Etres, qui philosophent différemment, quel que soit le "niveau" de recherche.

#8013 | Répond au message #8006
Mort d’un philosophe - philippe BENSAC - 2 juillet 2007 à  14:21

L’Etre social est tout à la fois une stigmatisation du positionnement de groupes d’individus "homogènes" et une allégorie comportementale fondée sur des moyennes statistiques.

Dans l’ouvrage que j’ai eu le plaisir de rédiger avec Jean-Michel PINON, toujours disponible dans les librairies berruyères, je propose d’ajouter une variable moderne, la communication globale par Internet prémice d’une opinion universelle intelligente et décisionnaire, à la vieille dialectique politico-philosophique structurant historiquement les courants de pensée autour de l’alternative entre "l’Etre collectivisé" (de gré ou de force), fondement d’un système social périmétré, la Cité, la Nation ou l’Humanité, réparti en groupes homogènes, les castes ou les classes selon les époques, au réseau relationnel organisé (par des tyrans la plupart du temps) autour des notions graduées d’opposition, de lutte, de révolutions, de guerres, voire de génocides en phases successives qui amènent au "Bien"...de Platon à Marx et plus récemment RORTY (mouvement de bas en haut ou libération collective), et "l’Etre suprême" surveillant éthéré et juge d’ultime ressort de l’activité et de l’action de chacun(e) (mouvement de haut en bas ou rédemption individuelle)...de Moïse à Mahommet et pour illustration moderne Ron Hubbard, l’apôtre scientologue.

Au fond, l’enjeu de toutes ces discussions est de situer le pouvoir avant de le juger.

Je plaide pour que le pouvoir revienne aux opinions publiques éclairées. et aux individus autodéterminés qui les composent.

Pour éviter les manipulations, il suffit de permettre à l’homo sapiens de devenir un "info sapiens".

Mais la pleine capacité de l’info sapiens ne sera atteinte que si tous les citoyens du Monde ont un accès égal à l’éducation initiale et à la formation continue.

Ma proposition politique : l’espace public laïc (décliné par strates géographiques homogènes/communautés de vie - les autres formes de communauté appartenant à la sphère privée ) dont l’ordre public (règle générale contraignante permettant la vie en société) est limité mais garanti par les libertés publiques (droits de l’Homme) inaliénables, elles mêmes au service de la liberté individuelle.

L’ordre public repose sur le respect :

1/ de la vie humaine,
2/de l’intégrité physique et intellectuelle d’autrui,
3/de la dignité de chacun,

Tout manquement doit être sanctionné par la société. C’est le sens premier du droit pénal.

Les libertés publiques organisent, à contrario, ce que les citoyens sont libres de penser, dire et faire.
Les maîtres mots étant émancipation, tolérance et autocontrôle.

En résumé ce que l’ordre public visé supra n’interdit pas.

La liberté individuelle est alors vécue comme un sentiment de plénitude qui envahi le corps et l’esprit, les débride, les rend créatifs.

Je conseille à celles et ceux qui liront ces lignes d’essayer la liberté (même relative), vous verrez ça fait du bien.

Et s’il vous reste de l’énergie, ce dont je ne doute pas, allez vers les autres.

Je termine en affirmant à l’adresse de certains, qu’aller vers les autres pour se fuir soi même n’a rien d’humaniste.
Simple caractéristique d’un transfert de responsabilité de ses propres échecs.

Philippe BENSAC

#8016 | Répond au message #8006