Vétustes, les logements sociaux du quartier Avaricum, en plein centre-ville ? Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage, c’est bien connu. Toujours est-il, qu’une fois de plus, la « méthode Lepeltier » se montre d’un redoutable autoritarisme. Comme d’habitude, les décisions sont prises à l’avance, en petit comité, puis elle sont exposées aux habitants qui se retrouvent quasiment devant le fait accompli. Après tant d’années passées au poste de maire de Bourges, Serge Lepeltier ne s’est toujours pas débarrassé de ses vieux réflexes de petit parton du siècle dernier : pour lui, la concertation consiste à prendre des décisions d’abord, et de les exposer au public après. Le problème, c’est que lorsque les décisions sont prises, on peut toujours discuter pendant des heures, mais cela ne sert pas à grand-chose... à part faire l’inventaire des méchantes personnes qui ne lèchent pas les bottes du maire. Car celles qui sont en désaccord avec ce projet sont ensuite vigoureusement stigmatisées, dénigrées, insultées, et parfois même, menacées.
C’est exactement ce qui s’est passé avec la plainte contre un permis de démolir. Le site « Bourges-infos » dirigé par le maire adjoint chargé de l’urbanisme Roland Narboux a joué sciemment ou non, le rôle de bon soldat en faisant croire aux internautes que les réactions contre ce recours étaient unanimes, par le biais de la publication de courrier de lecteurs totalement bidons (Leila, Sylvain, Fabien, Marina, Marco, E To, Sandrine, semblent être une seule et même personne qui a commis également quelques petites bafouilles dans les forums de L’Agitateur). En gros, il s’agit de faire dire aux autres ce que l’on pense soit même, et de faire croire que qu’une opinion particulière relève de l’opinion majoritaire. Ce genre de pratiques a un nom : propagande et manipulation d’opinion. L’absence de culture internet et d’honnêteté intellectuelle, conduit aujourd’hui des hommes politiques-journalistes à commettre de graves fautes journalistiques, comparables à celles que l’on trouve à profusion dans la presse papier. C’est très inquiétant pour la fiabilité et la crédibilité des informations que l’on trouve sur le net.
Sans même s’attarder sur les légitimes critiques concernant la destruction d’un quartier situé au cœur de la ville qui hébergeait des personnes parfois âgées et aux revenus modestes, ce projet Avaricum est largement critiquable. Dans l’esprit, le maire de Bourges cherche à redynamiser le centre-ville et à le rendre plus attractif. Il y a toutes les raisons de s’en réjouir, évidemment. Cependant, il n’est pas certain qu’il s’y prenne de la bonne façon.
C’est bien beau en effet de vouloir faire un Palais des Sports ou de démolir des bâtiments pour en reconstruire un peu moins mais plus « esthétiques » (encore que l’esthétique de certains immeubles dernièrement construits me parait plus que douteuse). Il n’empêche que ce n’est pas cela qui va inverser la tendance au vieillissement de la population et à l’exode des jeunes qui ne trouvent pas de travail dans cette ville. J’étais le week-end dernier à Tours, et cela m’a conforté dans l’idée de l’intérêt d’un développement universitaire, dont les retombées pour une ville sont absolument considérables en matière de dynamisme. La seconde priorité me semble être le développement des transports, Bourges étant éloignée de tout alors qu’elle pourrait être au centre de tout.
L’actuelle municipalité, semble très fière d’avoir contribué à faire s’implanter à Bourges un centre d’appel créateur de 300 emplois en CDI, au smic, en faisant croire au bérruyers qu’il s’agit d’une entreprise novatrice dans le domaines des nouvelles technologies de l’information alors qu’il s’agit simplement d’employer des gens pour répondre au téléphone. Elle semble également très fière des 200 ou 300 emplois que pourrait générer la création d’un centre commercial à Avaricum. Je me pose une question : en quoi consiste la politique de développement global de la ville ? J’ai l’impression que la municipalité n’a aucune stratégie d’ensemble, qu’elle grapille des créations d’emplois ici ou là, qu’elle monte deux ou trois projets isolés, mais sans que cela s’inscrive dans le cadre d’un plan de développement savamment élaboré.
Je ne suis pas un homme politique ou un fin stratège économique. Mais il est évident que Bourges a besoin d’un projet de développement global, qui, selon moi passe par l’axe du « développement universitaire et des transports ». Certes, c’est moins spectaculaire qu’une politique de grands travaux et moins démagogique que d’annoncer de nouveaux magasins où le citoyen va pouvoir consommer davantage. Mais, à terme, les retombées sont plus importantes.
J’aime beaucoup faire des analogies avec le football. La politique de Serge Lepeltier, me fait ainsi penser à la politique des clubs de mercenaires qui « achètent » des joueurs pour faire une équipe. Au moindre coup de bourrasque, le club est en crise. Alors qu’un club qui fait le choix de développer la formation, reposera sur des bases beaucoup plus solides, y gagnera en stabilité, et pourra rester durablement en haut du classement... même s’il faut du temps pour que les premiers effets de ce travail de l’ombre se fassent sentir.
Toute la question pour les prochaines municipales sera de savoir si l’on veut adapter la ville au déclin actuel, en développant les services aux personnes, en construisant moins de logements (mais plus petits aussi, pour "sélectionner" la population que la municipalité souhaite avoir sur son territoire), pour avoir une belle petite ville tranquille « où il fait bon vivre », où si l’on veut que Bourges n’accepte pas la fatalité et qu’elle redevienne une ville qui compte en Région Centre, où l’on puisse y vivre et y travailler. J’ai déjà fait mon choix. Et vous ?
Avaricum : propriété privée
- 16 mars 2007 à 21:00
Avaricum est un projet d’architecture. Il fut un temps où l’architecture était d’abord une approche artistique. Mais, au delà de l’architecture c’est tout l’art qui se meurt sous les coups de boutoir du capitalisme et de son plus grand talent : la récupération : récupération des alternatifs, récupération des punks recyclés en poupée rédicule singeant l’alternative sous les projecteurs des institutions politiques de Droite comme de Gauche. Dès lors, "l’art est du passé". Finalement, dans un monde où la subversion de la société par l’art est récupérée par la subvention de l’art par la société, la poésie est plus que jamais dans la révolution. L’espoir persiste, "le vieux slogan, "la révolution ou la mort", n’est plus l’expression lyrique de la conscience révoltée, c’est le dernier mot de la pensée scientifique de notre siècle", en témoignent les multiples tentatives révolutionnaires de l’histoire du XXème siècle, et parallèlement, les suicides de Debord, de Maïakovski, de Deleuze, d’Arthur Cravan, de Crevel, de Valérie Solanas, de Primo Levi, etc. (et les suicidés d’Etat, ceux qu’on a tués en prison et ceux qu’on a tués libres, et ceux qui ont refusé de survivre à l’absence de poésie et à la défaite de la révolution : Kotoku Shosui, Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, Durruti, Ulrike Meinhof et ses camarades de la Fraction Armée Rouge morts à Stammheim, ou encore Gustav Landauer, Antonin Artaud, Wilhelm Reich, Jacques Mesrine, etc.. L’histoire de la révolution, comme celle de la poésie, est composée d’exaltations, de bonheurs et de passions, mais aussi de drames, de doutes et de frustrations. Une vie de poète, de révolutionnaire, c’est une vie intense, une vie qui préfère la mort à des années d’ennui. Debord disait : "J’ai mérité la haine universelle de la société de mon temps et j’aurais été fâché d’avoir d’autres mérites aux yeux d’une telle société". Tout est possible car il n’y a plus rien à perdre. Mais l’Art est mort...et tous les projets Avaricum peuvent fleurir sur cet occident triomphant que je hais.
#6848
Avaricum : propriété privée
- 14 mars 2007 à 23:15
JMP a raison : la propagande va bon train mais ce qui surprend le plus serait plutôt : pourquoi la droite en place s’emmerde à bétonner de fausses vérités alors que depuis tant d’années, la capacité à se révolter a totalement déserté cette ville ? Si l’on fait le compte de cette capacité, le résumé est simple : à part quelques très vieux résistants des quartiers nords, tout le monde se couche face au pouvoir dès qu’il s’agit des injustices locales. Certes, on se mobilise encore pour des causes nationales : défense des sans papiers, des services publics, et hop là, terminé...Car en matière locale, alors là plus rien ! Où sont passés les alternatifs qui hurlaient contre les puissants de cette ville ? Disparue corps et bien, cette alternative est à l’image de l’opposition locale : consensuelle, n’osant jamais choquer ou critiquer...Et pourtant:rappelons-nous les beaux projets contre lesquels JMP a toujours tenté de mobiliser... sans succès : 1. le centre patinoire et son gros cinoche ? Sur l’Agitateur, de nombreuses interventions signalaient que ce serait un échec notamment concernant les petits cinémas et les grands commerces devant s’y installer. Bilan : toujours pas de cinoche en centre-ville excepté celui de la Maison de la culture et une valse hilarante de chaînes commerciales qui s’installent puis désinstallent...Bref, malgré de gros efforts, vers le Prado, ça dort (allez-y un soir de semaine, vous verrez !).2. L’échec d’une école d’architecture est depuis longtemp oublié, d’ailleurs : on a une grande école de l’internet ! Ah bon ? I sont où les écoliers de l’internet ? I tiennent dans une cabine téléphonique ou quoi ? 3. La rénovation de l’Hôtel Dieu et la Maison des associations : allez-y n’importe quel jour : ça pionce et ça ressemble à un immense immeuble administratif toujours vide et angoissant : pas de vie réelle, quelques assos qui se réunissent en catimini certain soirs de pleine lune...4. L’immense place de la Nation, construite à grands frais pour désengorger l’hyper centre-ville historique : raté, là aussi sans vie, et surtout : aucun désengorgement ! 5. Les ronds-points : ah, les ronds-points à quelques millions d’euros : jets d’eau versaillais enfumés par les bagnoles cul à cul : bel effet esthétique : brouillard au CO2 irrisé par le gaz-oil couleur arc en ciel : vive l’écologie urbaine ! 5. Toujours l’écologie urbaine : au Ministère de l’écologie, on prône l’abandon des développements de cités-dortoirs étalées en périphérie de la ville-centre : par contre, quand on revient à Bourges, on bâtit à tout va des centaines de pavillons chauffés à l’énergie fossile (bonjour les futures factures en cas de pénurie de gaz-pétrole !) qui s’étalent inexorablement d’Est en Ouet, du Nord au Sud de la ville (payez-vous un baptème de l’air : le spectacle est édifiant !). 6. On étend l’éclairage artistico-historique de la ville : fort bien mais, sans aucune concertation, on défigure la place du Palais Jacques Coeur et devant l’énormité de la bêtise, on remballe et on re-réfêchit (toujours sans concertation) : bonjour la facture. 7. Alors que depuis des années, les grandes salles de spectacles étaient gérées par la ville, on confie le tout au privé qui organise...le déséquilibre commercial de la cité en produisant à fond des foires à neuneu...sans parler de la situation hégémonique que l’on attribue à ce privé devenu plus puissant que les élus eux-mêmes qu’il méprise d’ailleurs royalement. 8. Tout le monde le reconnaît : à Bourges, on aime son patrimoine, sauf que : on abandonne au privé la sublime maison de la Reine Blanche (classée Renaissance), l’église Saint-Médard (sur-classée Moyen-Age)et on s’empresse de flinguer la bibliothèque patrimonial des 4 piliers qui ouvrent à peine 20 heures par semaine. Bilan : le chercheur devient rare dans cette ville et l’on se conforte qu’il faudra encore réduire les horaires faute de joyeux participants, cqfd. 9.Encore et toujours, vive le patrimoine : sauciçonner, sauçiçonner, sauciconner la ville, sport favori d’un groupe immobilier qui appose une pub d’une laideur terrifiante à quelques mêtres de la cathédrale : personne n’est au-dessus de la loi sur le respect de l’esthétqiue dans le fameux périmètre historique, enfin, ça dépend pour qui. 9.Embellir une ville est une chose, veiller à l’équilibre des petits commerces en est une autre : avez-vous remarqué l’immense diversité des magasins de notre ville : chaussures, chaussures, chaussures, optique, optique, optique, banque, banque, banque, banque, banque...Bon, autant arrêtez-là en souhaitant bonne chance à ce nouveau projet Avaricum qui, on peut en être certain, redynamisera - ou dynamitera, c’est selon - un centre-ville résonnant de joie et de bonne humeur, chaque soir à partir de 19H !
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