Transparence
"Il faut dire la vérité aux français". Vous noterez que l’ensemble de la classe politique est fatalement d’accord avec ces propos, sauf que pendant chaque campagne électorale, les candidats ou soutiens politiques nous proposent leur vérité, pas LA vérité. Si vous êtes un grand philosophe, vous allez me dire que l’on atteint jamais vraiment la vérité. Certes. Mais entre vérité et mensonges, il y a une marge. Celle sur laquelle surfent actuellement les populistes [1] ou les angelistes.
Si ces vagues de mensonges, de transformation de la vérité ou d’omissions sont possibles, c’est uniquement parce que le système politique le permet, que la culture politique le permet. L’un des maux les plus importants de la société, c’est la culture du secret. Même si l’on admet que certaines informations peuvent rester confidentielles, la plupart doivent être connues de tous ; les électeurs ont besoin que les informations touchant leur quartier, leur commune, leur département, leur région et leur pays soient publiques. Vous allez me dire que c’est le cas. Oui, dans la théorie, on peut demander des informations sur un chantier public, sur le budget de sa commune etc. Mais qui veut, peux faire cette démarche ? Les journalistes semblent tout désignés. Dans la pratique, ils le font peu, et pour cause, la quête des données publiques peut vite tourner au parcours du combattant [2]. C’est ainsi que nous sommes régulièrement informés de quelques chiffres qui doivent être jugés stratégiques : la croissance, le chômage, l’inflation, le commerce extérieur, la délinquance, le taux du déficit budgétaire français [3]...et la production automobile. D’autres chiffres nous parviennent annuellement comme le budget de l’état ou des communes. Mais cela ne va pas très loin. Ce peu de chiffres est également à mettre en regard au peu de confiance que leur porte les français ; à ce niveau, le chiffre du chômage est emblématique : manipulé dans tous les sens et par tous les gouvernements ce chiffre ne veut plus rien dire. Cela n’empêchera pas l’ensemble de la classe politique de s’étriper sur ces chiffres, la période électorale étant propice à la découverte de chiffres sortis d’on ne sait où, et qui se contredisent les uns les autres suivant les sources. Bref, du pain bénit pour les populistes, les fauteurs de peur.
La transparence pourrait être une amélioration conséquente de la perception de la réalité par les citoyens. Et pour cela, il faudrait permettre la consultation des multiples études et statistiques qui sont d’ors et déjà réalisées à travers des outils véritablement accessibles. Le développement de l’informatique et d’internet peuvent permettre d’y parvenir. Pour l’instant, on est loin d’avoir atteint l’objectif d’outils accessibles. L’INSEE] [4] par exemple publie un grand nombre d’études et fournit de nombreux chiffres, mais l’accès à ces données est rendu difficile par une organisation complexe. Par exemple, pour accéder à l’étude "Portrait sur l’aire urbaine de Bourges - février 2005", il faut télécharger par moins de 10 fichiers pdf...ou payer 23 Euros pour recevoir le document dans sa boîte [5]. On soupçonne que le découpage du document a été réalisé dans le soucis de ne pas pénaliser les utilisateurs de connexions internet à bas débit. Mais il n’aurait pas été difficile de proposer le document complet afin de contenter tout le monde. Si vous trouvez un document synthétique du budget 2005 de la ville de Bourges sur son site Internet, écrivez-moi, ça m’intéresse. Personnellement, j’ai bien trouvé les délibérations du conseil municipal depuis Octobre 1998, mais pas de traces des budgets. Cela ne doit vraisemblablement intéresser personne. Comme on le voit, les informations théoriquement accessibles sont loin de l’être facilement.
Mais en matière de collecte de chiffres, indépendemment de ce qui est déjà réalisé, il faudrait aller nettement plus loin. Il devrait être possible de connaître par exemple le nombre de plaintes déposées dans son quartier, le nombre de plaintes résolues, le nombre de rmistes qui y vivent, le nombre de SDF. Tout cela au plus prêt de la vie quotidienne des gens. On serait par exemple nettement moins surpris d’apprendre que chaque jour en moyenne, 90 véhicules brûlent en France. On pourrait peut-être en apprendre les causes. Et on ne se demanderait plus pourquoi on nous "cache" de telles informations. De même au niveau économique, les entreprises devraient rendre des comptes afin de limiter les chantages à l’emploi que l’on connaît de plus en plus. Il devrait être possible de connaître le bilan fiscale de chaque entreprise : ce qu’elle paie, mais également ce qu’elle reçoit ou ses déductions fiscales, son apport chiffrée à l’économie locale. Bref, tout un tas d’éléments qui permettraient aux divers élus de tenter de prendre les meilleurs décisions par rapport à leur analyse de ces chiffres, mais également aux citoyens, de se faire leur avis. La principale difficulté serait de garantir la sincérité de ses chiffres bruts ; on imagine que des mécanismes de contrôle puissent être mis en place.
Bien sûr, atteindre une telle transparence pourrait coûter cher et prendre du temps. Mais c’est peut-être là le prix d’une véritable démocratie. Bien entendu, tout n’est pas analysable par les chiffres, l’Homme devant rester le centre des préoccupations. Bien entendu, une fois ces chiffres accessibles et connus, aucun problème ne serait résolu. Un tableau de bord de la France ne pourrait pas se limiter à une dénonciation des problèmes, les hommes politiques devraient fatalement s’y atteler. Et cela couperait l’herbe sous le pied aux populistes de tous poils. Plutôt que de dénoncer en transformant la vérité [6], il faudrait agir afin de régler véritablement les problèmes. La transparence pourrait alors être le centre d’une nouvelle gouvernance au service des citoyens. C’est beau ce que je viens de dire. Bon, allez, on est en Décembre. C’est le mois où l’on a le droit de croire au père Noël.
[1] Pour ne pas dire pire.
[2] Même s’il ne faut pas négliger non plus une certaine paresse devant l’obstacle
[3] Critères de Maastricht oblige...
[4] Institut National de la Statistique et des Études Économiques
[5] 20 Euros + 3 euros de frais d’envois
[6] Notez que certains sont tellement forts, qu’ils arrivent à dénoncer des problèmes qu’ils n’ont pas su personnellement régler, tout en étant au gouvernement