Madame Matus, socialiste et le non aux étrangers
Nous avons eu la surprise d’apprendre que madame Evelyne Matus conseillère municipale socialiste à la mairie de St Amand, élue sur la liste des dernières municipales avait décidé toute seule de donner une curieuse suite au référendum en faveur du Non à L’Europe. Selon les propos rapportés par nos confrères du Bery Républicain et La Nouvelle République du 29 juin celle-ci aurait tenu des propos outrageant à l’égard des gens du voyage.
Madame Evelyne Matus aurait en effet déclaré : avoir « des problèmes avec ces gens là », poursuivant : « Je ne les aime pas beaucoup. Faudrait mieux les mettre dans un endroit... j’ai pas confiance en ces gens là. J’assume ce que je dis. ». Bien sûr, depuis, la section du parti socialiste s’est excusée. Nous verrons comment.
Comment est ce possible ? Comment une socialiste a-t-elle pu en venir à prononcer un discours contre les gens du voyage ? Monsieur Baudon , sous secrétaire, à la défense de madame Matus, a essayé de s’appliquer. Il a essayé de louvoyer comme si c’était le parti qui par la droite aurait été attaqué. Le contre-feu n’aura pas convaincu.
La presse et la télévision se sont fait l’écho de ce qu’ils ont nommé un dérapage. Le mot est faible. Tout ce que nous avons expliqué depuis deux mois montre qu’il faut y regarder à deux fois avant de parler d’accident. Parce qu’il y a eu des suites. Et qu’il faut analyser comment le parti socialiste a géré l’affaire. Mais nous aurions largement préféré ne pas avoir à analyser ces nouveaux développements, l’affaire primitive nous faisant déjà bien assez vomir...
Lorsqu’un élu, qui n’est donc pas un simple militant, mais quelqu’un qui a mené une campagne politique, quelqu’un qui a obtenu la confiance des militants et de ses dirigeants, un militant de gauche prononce un discours contre les gens du voyage comment l’appareil politique du parti va t-il réagir ?
Si sa réaction est appropriée, cela veut dire qu’il ne s’agissait que d’un délire individuel qui est toujours possible, dans les meilleures maisons. Sinon, c’est que le parti ne dispose plus suffisamment de défense contre la xénophobie et que s’il l’a laissé pénétrer et s’exprimer, il ne sait pas non plus la combattre.
Procédons par ordre.
S’agit-il d’idées xénophobes ? Oui.
Madame Matus quatre jours après l’affaire a-t-elle du présenter sa démission du conseil municipal ? La réponse est Non.
Madame Matus a telle été exclue du Parti Socialiste ou fait elle l’objet d’une procédure d’exclusion ? La réponse est Non.
Qui dirige dans le Cher le parti Socialiste ? Irène Félix qui a voté pour le Non.
Madame Irène Félix a t’elle fait un communiqué de presse sur cette affaire ?La réponse est Non
A-t-elle publiquement annoncé des mesures ou commenté cette affaire ? Non
Madame Irène Félix a-t-elle rempli les devoirs de son mandat ? Nous laissons au lecteur toute appréciation.
A travers madame Matus, à travers ensuite l’absence de réaction de madame Félix , le parti socialiste du Cher s’est deux fois déconsidéré.
D’abord il n’a pas su se prémunir contre cette propagande. Ce qui veut dire qu’il n’a pas su mener sa tache de formation ou même examiner les idées de ceux qu’il a fait élire. Examine-t-il même sérieusement les idées de ceux qui prennent des cartes ?
Ensuite le parti socialiste n’a pas su non plus prendre de mesures. Lesquelles ? Ce n’est pas à nous d’en proposer.
On aura laissé la section de St Amand traiter le « problème ». Mais ce n’est pas un problème de section. Au Parti Socialiste, ce n’est pas une section qui peut décider d’exclure qui que ce soit. La question doit être portée devant les instances départementales que préside Irène Félix. Mais celle-ci a réagi comme d’habitude. On apprend chez les Fabiusiens qu’il ne faut jamais réagir à chaud devant un événement et qu’il faut toujours attendre le moment ou les situations auront assez pourri pour que la solution se dégage évidemment.
Mais François Mitterrand avait enseigné aussi à Fabius, (et celui-ci ne l’a jamais compris) que si toute vie politique est faite d’adaptation, de mesure et de compromis, un politique doit s’appuyer sur quelques certitudes et valeurs fortes. Sur celles-là, il conseillait de ne jamais céder, d’être toujours intransigeant et de se montrer capable d’indignation.
Le message n’est apparemment pas passé. On voit que le tournant à gauche des fabiusiens ne concerne au moins pas l’anti-racisme. Comme d’habitude, en écoutant un discours d’extrême droite, un fabiusien cherche les bonnes questions ce qui le dispense évidemment de toute réponse...
Résumons. D’abord une personne s’est déconsidérée, elle engage le parti. Ensuite derrière elle le parti tout entier s’est discrédité parce qu’il n’a pas su faire face. Non seulement le parti socialiste n’a pas su se prémunir contre la diffusion d’idées xénophobes mais une fois qu’elles ont été prononcées, on peut se demander si son comportement a été parfaitement approprié.
Depuis deux mois ,dans les articles de Fensten, nous n’avions cessé de mettre en garde devant des discours qui émergeaient à gauche dans la campagne et qu’autour de nous certains s’évertuaient à ne pas reconnaître.
Au fil de l’eau, la vieille rhétorique de l’extrême droite, l’extrême droite française, celle de l’avant guerre frisait en sillon la surface. La droite xénophobe, la droite raciste, la droite nationaliste qui trouvait à mobiliser contre l’étranger retrouvait de nouvelles couleurs et de nouveaux amis...
Le 2O juin, nous disions ceci : « Un certain nombre d’hommes politiques à Gauche ont repris des thèmes et des discours qui sont ceux de l’extrême droite et lancé tout un tas de bobards pour faire semblant de se distinguer d’une extrême droite dont ils étaient très prêts d’épouser les termes ».
Quelques personnes auront pu croire que nous en rajoutions. Pas du tout. Au contraire. Hébergé par notre hôte Pinon que nous savions déjà échaudé, nous ne voulions pas donner trop d’exemples. Quoiqu’on en pense, nous n’avons écrit qu’avec mesure et prudence, pratiquant plutôt l’art de la litote. Ne cédant rien sur le fond. L’important était dit. Aux lecteurs de savoir déchiffrer.
En particulier, on imagine à peine tout ce que nous avons pu entendre en écoutant le public, surtout dans les bistrots, dans les visites à domicile, sur les marchés, entendre contre les Turcs, et globalement tous les étrangers.
Bien sûr, dans beaucoup de cas, nous avons vu les militants se lever puis remettre les choses en place, durement. Mais tout se passait comme si bien des gens attendaient quelque chose, ne serait ce qu’un signe, qu’une phrase à double sens pour commencer à s’éclairer. Espérons qu’il n’y ait pas eu trop de militants naïvement cyniques pour ne pas contrer les insultes racistes dès lors que leurs auteurs se déclaraient pour le Non. Et en tout cas sur les marchés ou dans les bistrots. Où l’on sert à la louche le débat d’idée.
Si les discours jouent sur le fil du rasoir, à la télévision, avec des hommes politiques qui savent se contrôler et très exactement jusqu’où ils peuvent aller, lorsque leur message est relayé à la base, par le bon franchouillard, les nuances ont disparues. On y va franco.
Le message est reçu cinq sur cinq. Et l’écho qu’il provoque est étrangement amplifié. Dès que l’on donne aujourd’hui à toute une frange de la population un élément de discours auquel elle aura l’impression, même à demi mot, de pouvoir rattacher ou exprimer ses idées racistes, un embryon d’autorisation ,de connivence, elle se sent fondée à continuer, à développer et prend la suite sans plus attendre pour un commentaire parfaitement explicite. Le dérapage vient très vite.
Une bonne partie de la France a fait du racisme un élément non plus accessoire mais absolument central de ses idées et le vote FN ou MNR n’est plus depuis longtemps à comprendre comme le signe d’une protestation, d’un coup de semonce, un avertissement. Un avertissement qui dure depuis vingt ans s’appelle une idéologie. Une idéologie qui a ses points de repère, ses mots de passe, son code d’allusions. Une idéologie qui est devenu un système. Les fils des électeurs FN sont maintenant en âge de voter. Qu’on aille lire un peu leur presse, on comprendra très vite. Un bon nombre de militants se croient quitte de toute analyse de l’extrême droite avec la condamnation résolue, sans faiblesse qu’ils ont de ses idées. C’est insuffisant. Les idées montent là où on ne les attend pas et peuvent décontenancer celui qui se croirait suffisamment renseigné...
Sur quoi tient la France d’aujourd’hui ? A tout ce que des hommes politiques, conscients et responsables et qui ne sont pas nés d’hier, de gauche comme de droite (et songeons au geste magnifique de Michel Noir écrivant en pleine période de brouillard qu’il valait mieux perdre une élection que de perdre son âme) sont d’accord pour ensemble refuser de laisser s’exprimer. A la résistance qu’ils opposent aux idées qu’ils entendent dans leur électorat et sur lesquelles ils ont décidé de ne pas s’appuyer...
A l’action difficile, contraignante, ambiguë, jamais exactement propre, avec laquelle ils ne cèdent rien à des électeurs racistes qui attendent une politique que tous décident de ne pas leur proposer. L’honneur de la République aujourd’hui est de savoir gouverner contre les idées d’une bonne part des électeurs.
Ne céder sur rien. Tout refuser. Ne pas se satisfaire de ces lâches accommodements que nous avons vus dans la région centre et contre lesquels les membres de Fensten ont conduit les grandes manifestations de la Gauche. Toujours devant. Ce que personne ne peut leur contester. Ceux qui croiraient que l’élection une fois passée, tout est enterré, replié, désamorcé, les gens seraient définitivement passé à autre chose, ces gens là ne comprennent rien. Nous considérons qu’une suite de discours démagogiques, prononcés en connaissance de cause a partiellement désinhibé les idées racistes et ce qui en passe de nouveau dans les discours et les comportements est déjà un peu plus insupportable.
Nous ne pouvons pas dire si exactement le fascisme est né à gauche au 19ème siècle comme l’affirme Sternhell mais nous pouvons dire, sans risque d’être démenti, que tous les dirigeants ayant mis en oeuvre la purification ethnique, le génocide en Yougoslavie qu’ils soient croates, serbes, bosniaques, venaient du parti communiste dont ils étaient encore les dirigeants. La Ligue Communiste Yougoslave aura été dans l’organisation des massacres un acteur de premier plan.
Quelle leçon pouvons-nous en tirer ? Aucune bien sûr. Si ce n’est celle-ci. Il n’est plus invraisemblable de voir monter un racisme de gauche.
Nous le savons tellement bien que nous avons peur du moindre coup d’aiguille porté contre la coalition volontaire, résolue de l’antiracisme qui est aujourd’hui comme demain le fondement de la République. Or de manière sous-jacente, un certain nombre de militants de gauche ont commencé à militer pour refuser l’entrée de la Turquie dans l’Europe. Ce n’était pas le problème. Ils ont pris pourtant position. Les électeurs racistes en redemandaient. Gros succès. Comment les électeurs racistes ont-ils transposés ? Très simplement. "Non aux turcs. La France aux français"
Plus subtilement d’autres dirigeants du Non qui sont d’ordinaire plus discrets ont commencé à jouer du renversement des discours selon un schéma que les fascistes affectionnent tout particulièrement. On aura reconnu dans le camp du Oui ceux qui auraient voté les pleins pouvoirs à Laval (et l’allusion était suffisamment dégueulasse comme cela car il ne s’agissait pas du vote de 1940 pour Pétain mais d’un autre antérieur dont je laisse les lecteurs regarder qui à gauche l’avait voté, qui donc était dénoncé) ou qui comploteraient une dictature. Rien de tel pour décomplexer un raciste que de dire que les véritables racistes ce sont les autres. Ce procédé aura été couramment appliqué par les nazis contre les Juifs. C’est le thème du racisme juif contre lesquelles les mesures nazies ne seraient que des mesures d’autodéfense. Rien de tel pour un fasciste que d’en accuser les autres.
Ce procédé est exactement celui de la dénégation. » Ce n’est pas moi qui le hait, c’est lui ». Nous avons trop de respect à l’endroit de la psychanalyse pour continuer un peu plus loin. Mais nous voudrions ajouter que cette levée de la censure se réitère toujours dans un ensemble de symptômes (ce que la conclusion du référendum ne saurait arrêter) et qui ont pour caractéristique d’être toujours vécu en commun.
Par définition d’autres répétitions étaient à venir. Il y a un élément portant à répétition dans le racisme et si l’on veut toujours le reconnaître, il suffit de voir qu’il suscite toujours d’autres réactions de même ordre. Le dérapage mène toujours à d’autres puisqu’il lève encore d’autres inhibitions chez d’autres personnes. C’est en cela qu’il est un phénomène de propagation par « contagion ».
Nous nous interrogeons alors sur une phrase de l’article du Berry Républicain du 29 juin ou sous la signature de monsieur Philippe Cros on peut lire à propos de cette affaire : « ces propos ne choqueront sans doute pas tous ceux qui pensent tout bas ce que Mme Matus a dit tout haut ».
Que veut dire ce monsieur ? De qui parle-t-il ? Qui sont ceux qui pensent tout bas ? Là encore, s’agit il d’une maladresse ? Il y a décidément beaucoup trop de maladresses dans cette affaire.
On apprend dans les écoles de journalisme qu’il faut dans un article et obligatoirement, envisager les deux cotés de tout problème, montrer le pour et le contre. Mais était ce bien ici approprié ?
Qui sont ces gens qui pensent tout bas ? Car au fond si l’on les prend pour point de référence, (ce que semble faire monsieur Cros à ce moment de la démonstration), madame Matus et c’est la suite de l’article, a un tort principal , c’est de s’être exprimé en conseil municipal. Est ce que cela veut dire que si elle l’avait dit tout bas, cela aurait pu passer ? Fallait-il ou non être choqué ? Oui. Est ce que le point de vue de ceux qui ne se disent pas choqués peut être invoqué à décharge pour madame Matus. Non.
Alors pourquoi en parler ? Est ce le point de vue de la France d’en bas ? Certainement pas.
Le discours xénophobe est-il majoritaire à St Amand ? Non.
Est ce alors le point de vue de ceux qui « posent les bonnes questions ? » Lesquelles ? De ceux qui pensent tout bas ? La France d’en bas et qui pense tout bas. Et qui pense tout bas des bassesses.
Bien sur cet article est pour le reste parfaitement correct et honnête. Une phrase seule est déplacée. Mais il faut faire attention. Car la caractéristique précise d’un discours raciste (et c’est justement à la présence de ce phénomène que l’on reconnaît suffisamment être en présence de ce genre d’idées), c’est qu’il est « contagieux ». On ne s’en lave pas les mains si facilement et il faut toujours devant lui s’y reprendre à deux fois et ne pas balancer sur ses propres valeurs, fut-ce dans le souci de construire un discours équilibré.
Mais nous posons un cas d’école beaucoup plus général. Un débat sur les camps d’extermination, est-ce un quart d’heure pour les Juifs et un quart d’heure pour Hitler ? Serge Vinçon se sera montré ici un authentique Fils de la République. On aurait aimé que sa réponse, qui lui sera compté, vienne du parti Socialiste : « Cela ne s’appelle pas de la ségrégation ce que vous dites ? Vous avez un point de vue communautariste dangereux, vous faites du sarkozisme ! Moi je les accueille avec plaisir ».
La réponse est excellente. Et pour notre part, avec ces mots là, nous n’hésiterons pas à serrer la main à monsieur Vinçon ,à l’occasion, ce que nous ne ferons pas, et que nous n’avons d’ailleurs jamais fait avec madame Matus, nous à gauche, de cette gauche rassemblée dans la République, contre les dérives y compris sarkosistes que dénonce monsieur Vinçon, allant , lui, jusqu’à tirer contre son camp les conséquences de ses idées.
Tout y est . Que demander de plus ? Contre cela la pitoyable défense de la section de St Amand qui cherche à allumer le comportement impeccable du maire n’appelle que de la tristesse aujourd’hui mais sûrement de la colère pour demain.
Cela porte à conséquence.
Nous croyons que l’on ne peut pas comprendre les paroles de madame Matus et ce que nous estimons être la mauvaise réaction du parti socialiste du Cher si on ne les replace pas dans la continuité de l’événement politique de l’année : le référendum. Madame Matus déclare que les mots ont dépassé sa pensée. Nous en laissons chacun juge. Comment appelle-t-on des mots qui dépassent une pensée ? Cela s’appelle un stéréotype ou un lieu commun, en terme militant, une langue de bois. Ou l’a-t-elle trouvé ? Dans le discours politique ambiant. A force d’avoir vu des élus et des militants jouer avec le feu, il ne faut pas s’étonner si aujourd’hui nous ayons assez largement l’impression que le Parti Socialiste commence un peu trop à sentir le brûlé.