Méthode Coué
Tout finira bien par s’arranger. Il ne faut pas s’en faire, le temps fera son affaire. Rien ne sert de courir il faut partir à point. Gaymard à toutes les clés, en économie c’est un maître carré. Mince il a démissioné. Pas grave, les bretons ne renoncent jamais.
Non, non, je n’ai pas attrapé la raffarinade, une maladie dont la France souffre depuis quelques années maintenant. Rassurez-vous, je suis toujours sain d’esprit. Mais bon, je voulais juste résumer en quelques lignes la politique mise en place en France depuis 2002 maintenant. D’accord, c’est un peu caricatural. Mais bon, à peine plus que la politique économique et sociale que l’on subit depuis cette époque. D’ailleurs, pour être tout à fait exact, ce n’est pas vraiment la politique économique et sociale du gouvernement que l’on subit le plus, puisque tout ça est à peu près inexistant, mais surtout la politique de communication de Jean-Pierre Raffarin et de son gouvernement, politique qui se résume à la méthode Coué : tout va bien ou tout ira bientôt mieux (répétez ça tous les matins afin d’avoir, vous aussi, la positive attitude).
Alors, il ne faut pas se méprendre. Quand je dis que la politique économique et sociale du gouvernement est inexistante, ce n’est pas forcément négatif pour tout le monde. Il existe un courant de pensée économique qui prétend que c’est en ne faisant rien que tout s’arrange (je caricature encore un peu, mais si peu...). En gros, si vous laissez faire "mère nature économie", que vous laissez libres les marchés et que vous faites en sorte que l’état n’intervienne dans aucun domaine, et bien vous verrez, l’économie retrouvera son équilibre naturel. Et tout le monde sera heureux. On pourrait penser que c’est une idéologie qui a été mise en place par Walt Disney, mais même pas, c’est bien plus vieux que ça. Raffarin, même si ce n’est pas un extrémiste du genre et ce essentiellement pour des raisons de communication et de politique, appartient à ce courant de pensée. Et vous ne l’entendrez pas s’en vanter. Les seuls signes qu’il laisse paraître sont les fameuses raffarinades. Des mots qui, alignés les uns à la suite des autres, sont censés rendre le bonheur, le courage, la joie aux français, et ce quelque soit leurs douleurs. En gros, du vent, de la fumée, des psychotropes que les français consomment en masse, mais par chance, ceux-là ne coûtent rien à la Sécurité Sociale. C’est déjà ça !
Moi, je n’ai rien contre l’expérience. C’est vrai après tout, même si l’économie n’est pas une science exacte, il n’y a pas de mal à expérimenter. Mais quand même, il faut que l’expérimentation donne des résultats. Et là, depuis bientôt 3 ans, on ne peut pas dire que tout cela soit vraiment concluant. A moins que l’on considère que repasser la barre des 10% de chômeurs, chose qui ne nous était plus arrivé depuis 5 ans, soit un résultat positif. Pourquoi pas. Tout est relatif me direz vous. Si je prend la positive attitude, je me dis que cette situation arrange finalement pas mal de gens, et même si ils ne sont pas nombreux c’est déjà ça. Et puis, il faut être positif, les grandes entreprises françaises ont battu en 2004 tous leurs records de bénéfices. Bon, ça ne les empêche pas de virer du personnel. Mais il ne faut pas voir le mal partout. Après tout, après la pluie vient le beau temps. Et ces gens ne seraient pas considérés comme chômeurs s’ils n’avaient pas travaillé avant. Ils seraient RMistes, ce serait pire. Et même pour les RMistes, ils doivent garder le courage. Il y a des gens à la rue. Et pour ceux qui sont à la rue, pareil, pas de quoi désespérer. C’est vrai quoi, ils sont en vie. Et tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Il faut prendre exemple sur Hervé Gaymard. Lui aussi s’est retrouvé à la rue. Pourtant, il a toujours la positive attitude.
Bon, d’accord, toute expérience à ses limites, et si elle n’est pas concluante, il faut savoir l’arrêter. Non, Jean-Pierre, la méthode Coué, ça ne marche pas forcément. La positive attitude, même en supositoire, ce n’est pas forcément efficace. Il va peut-être falloir trouver autre chose. Non, pas une autre pirouette faite de mots pour faire oublier les maux. Mais du concret, du résultat. Le résultat, l’efficacité, c’est dans ta culture Jean-Pierre, non ? Non, parce que là, on est vraiment embêté, on ne peut pas te virer. Comme quoi, la république française a quand même mis en place des mécanismes nettement moins souples que l’économie libérale. C’est vrai, si tu étais patron d’une entreprise, avec tes résultats, ça ferai longtemps que tu serais à la porte. T’inquiète pas, tu retrouverais du boulot au bout d’un certain temps. Peut-être même que tu trouverais un arrangement avec ton entreprise, on te mettrait en pré-retraite. T’inquiète pas, les jeunes paieront pour tes conneries (et ceux de tes prédécesseurs). Ils n’auront pas le choix.
Bon, allez, Jean-Pierre, on se connait maintenant depuis plus de deux ans, tu es devenu un ami. Le mieux pour toi est que tu prennes du recul, que tu fasses autre chose. Que tu rebondisses, que tu retrouves ta famille, tes amis, que tu reprennes un rythme de vie normal. Tu risques ta santé. Est-ce que le jeu en vaut vraiment la chandelle ? Non, croit moi, il vaut mieux que tu arrêtes. Si tu arrêtes maintenant, tu seras un héros. Si tu fais une raffarinade de trop, tu risques gros. Allez, répète après moi : "Je ne ferai pas la raffarinade de trop, je laisse ma place à Borloo, l’homme aux maisons à cent mille euros. Il faut que je réussisse mon départ, pas comme mon ami Gaymard".
Merci Jean-Pierre, la patrie de la positive attitude reconnaissante.