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CONTE POUR ENFANTS

Mon gentil papy Chamiot

samedi 12 février 2005 à 14:38, par Charles-Henry Sadien

Laissez-moi vous conter l’histoire de papy Chamiot, un vieil homme sympathique, valet du roi d’une petite ville moyenne et qui devint roi à la place du petit roi. Une belle histoire à raconter aux enfants qui, au moment de s’endormir bercés par le doux ronronnement incessant des machines à ramasser les poubelles, pourront se dire : « s’il a été roi, moi aussi je peux le devenir ».

Il était une fois un petit roi d’une ville moyenne habitée par des gens moyens, qui était inscrit à l’ANPE pour percevoir des indemnités de chômage en plus de ses revenus de petit roi. Un jour il réalisa qu’il pourrait gagner beaucoup plus d’argent s’il était ministre. C’est ainsi qu’il suivit des stages d’écologie et qu’il essaya de se faire pistonner pour piquer le poste de ministre de l’environnement détenu par son amie la baronne Roselyne Bachelot qui aujourd’hui ne lui cause plus. Car à force de salive déversée sur le popotin des pensionnaires l’Elysée et de Matignon (deux maisons de retraites somptueuses situées à Paris, notre capitale), il fut sollicité par un vilain sorcier bossu avec un gros visage pervers qui accepta d’accéder à ses désirs à deux conditions : qu’il rase sa petite moustache démodée et qu’il abandonne son job de petit roi.

Notre bon petit roi était très hésitant. Pas pour la moustache, non. Celle-ci le démangeait souvent. Et puis, il y avait des bêtes dedans. Et des morceaux de pain, de haricots et de confiture de groseille. Il se résolut à penser que son second garde manger dont il disposait bien au chaud entre ses jambes de hérons devaient lui suffire pour passer l’hiver et boucher des petits creux au besoin. Non, ce qui le troublait, c’était la nécessité d’abandonner le trône de sa ville moyenne habitée par des habitants moyens. Son papa et sa maman lui avaient appris qu’il fallait parfois de contenter d’une moindre chose qui dure longtemps plutôt que de briller l’espace d’un court instant telle une étoile filante qui se perd dans le ciel. Ils lui avaient appris qu’il est plus aisé d’être le roi de son bac à sable que d’être de gardien de la plage de Deauville.

C’est alors qu’il eut une idée éblouissante. Il y avait, à l’intérieur de son palais, un vieux placard poussiéreux. Lorsque notre petit roi faisait tinter une clochette, il en ressortait un vieux bonhomme tout fripé mais fort poli. Il n’arrêtait pas de dire « oui mon maître », « que puis-je faire pour vous mon maître », « vous êtes particulièrement en beauté aujourd’hui majesté ». Notre bon roi pensa qu’il pourrait faire croire au sorcier bossu qu’il avait laissé sa place de roi à son valet. Ainsi il pourrait être nommé ministre de l’environnement. Ensuite, lorsqu’il aurait abattu tous les arbres de la planète pour faire des affiches géantes contre l’affichage sauvage (l’affichage d’élevage, c’est bien connu, ne pollue pas) et des autocollants contre la publicité dans les boîtes à lettre, lorsqu’il aurait exterminé tous les loups du monde entier, lorsqu’il aurait fait tuer les derniers ours des Pyrénées, lorsqu’il aurait autorisé les entreprises à jeter leurs déchets dans la nature, alors, il pourrait reprendre son trône de petit roi dans sa ville moyenne habitée par des gens moyens. Le valet du placard était le seul homme au monde sur lequel notre petit roi pouvait compter. Car les courtisans de notre bon roi étaient des gens fourbes, beaucoup trop intelligents et du genre à vous arracher le bras si vous leur tendiez la main.

C’est ainsi qu’un petit être dévoué comme un gentil petit chien en fin de vie, devint roi d’une ville moyenne habitée par des gens moyens. Très vite, les habitants se mirent à beaucoup aimer celui qu’ils surnommèrent affectueusement « Papy Chamiot ».

Papy Chamiot avait un petit cheveu sur la langue, qui lui donnait beaucoup de charme. Même les adultes avaient envie de s’asseoir sur ses genoux pour qu’il leur donne des bonbons ou des petits gâteaux. A l’issue de réunions de quartier, il riait volontiers lorsque, pour détendre l’atmosphère un gueux lui narrait une blague raciste mais pas méchante. Bien sûr, Papy Chamiot racontait souvent des bêtises, mais c’était normal : petit roi, ce n’était pas son vrai métier. Un jour, dans un discours, il prononça le mot « autochtone » d’une façon un peu étrange. « cela se prononce ’autoktone’ et pas ’autochtone’ même si ça s’écrit comme ça... » lui soufflèrent ses amis. Les gens se moquaient un peu de Papy Chamiot, mais pas trop car « à son âge, on ne sait pas comment on sera... »

Papy Chamiot n’était pas aussi inoffensif qu’il en avait l’air. Il avait probablement dû servir son pays dès les premières guerres napoléoniennes et il avait résisté à la canicule. Et puis, surtout, lorsque notre petit roi avait le dos tourné et que les gens venaient lui parler, Papy Chamiot essayait d’être rassurant : « Bon, c’est vrai, il y a eu des tensions par le passé, mais vous connaissez notre petit roi hein ! Il est comme ça ! Il ne faut pas lui en vouloir. C’est terminé, maintenant, c’est moi qui suis roi et je ne suis pas comme lui, ne vous inquiétez pas ». En revanche, dès que notre petit roi surgissait, Papy Chamiot n’était à nouveau plus avare en « oui mon maître », « que puis-je faire pour vous mon maître », « vous êtes particulièrement en beauté aujourd’hui majesté ».

Les courtisans de notre bon petit roi étaient furieux mais ils ne le montraient pas car ils avaient peur depuis qu’il passait à la télévision. Secrètement, ils attendaient que notre bon roi tombe de cheval pour le mettre dans un sac et le rouer de coups de bâtons. Papy Chamiot, même s’il voulait faire croire qu’il n’était pas une girouette, restait loyal à l’égard de notre petit roi et confisquait tous les objets qui étaient susceptibles de lui faire du mal : bâtons, ballons, crayons, pinons...

Ainsi, notre bon petit roi pourrait un jour reprendre sa place et percevoir des indemnités moyennes de petit roi dans une ville moyenne, habitée par des gens moyens. Et ainsi pourra-t-on écrire : « Papy Chamiot et notre petit roi vécurent heureux chacun de leur côté et n’eurent pas beaucoup d’enfants. » Bonne nuit, les petits berruyers. Faites de beaux rêves.