Roland Chamiot : la voix de son maître
A soixante et onze piges, Roland Chamiot, sort de l’ombre de Serge Lepetier pour devenir calife à la place du calife. Pour combien de temps ? L’actuel ministre de l’environnement et du développement durable n’a pas caché qu’il serait candidat aux prochaines municipales, et qu’il entendait reprendre « sa place » à la tête de la mairie de Bourges en cas d’éviction du gouvernement.
Après de longues semaines d’hésitations, Serge Lepeltier, ministre anonyme du gouvernement le plus honteux de l’histoire de la République - après Vichy - a enfin décidé de démissionner de ses fonctions de maire de Bourges qu’il n’occupait que virtuellement depuis de nombreux mois tout en percevant des indemnités bien réelles. L’élection prévue ce soir lors du Conseil Municipal désignera Roland Chamiot, fidèle vassal de celui qui est ici surnommé le « petit roi de Bourges ». Drôle de démocratie où l’on connaît l’élu avant que se déroulent les élections...
Roland Chamiot n’est que le cinquième adjoint à la mairie de Bourges. Mais les nombreuses discordances au sein de la majorité municipales qui ne sont plus un secret pour personne depuis longtemps, ont propulsé cet élu zélé et soumis à la tête de la mairie de Bourges. Non sans difficultés. Selon nos con(faux)frères de La Nouvelle République et du Berry Républicain , Rolland Chamiot n’a recueilli que 22 voix sur les 36 voix de la majorité municipale, lors d’une réunion à restreinte pour désigner le candidat à la succession de Serge Lepeltier. Son principal concurrent, Alain Tanton, premier maire-adjoint, membre de l’UDF a recueilli beaucoup plus de voix que prévu. Un vote de toute évidence contestataire et de défiance à l’égard de l’ancien-furur maire de Bourges. Les récentes élections cantonales et régionales ont sans doute exacerbées les tensions et les ambitions des uns et des autres. Plus précisément, les mauvais résultats pour l’UMP au niveau de la ville de Bourges ont fait dire à certains, très ouvertement, que Serge Lepeltier était en train de livrer la ville à une gauche locale pourtant bien faiblarde.
Alors, la question que tout le monde se pose est : y gagne-t-on au change ? A priori oui. D’abord, Roland Chamiot n’a pas été - à notre connaissance - mouillé dans des collusions avec les représentants locaux du Front National, contrairement à Serge Lepeltier et à un certain nombre de membres de l’UMP dans le département du Cher. Ensuite, ce n’est pas un habitué des dérapages verbaux alors que certains cadres de l’UMP comme Alain Tanton, Yves Fromion, Philippe Gitton ou encore Franck-Thomas Richard et bien entendu Serge Lepeltier sont coutumiers d’un discours agressif qui plait à une frange très dure de la droite (essentiellement en milieu rural où les berrichons apprécient les hommes politiques un peu rustres).
Rolland Chamiot, par ailleurs Conseiller Général du Cher, est présenté comme un homme travailleur. Plutôt un technicien qu’un politicien. Il lui faudra néanmoins s’émanciper de l’emprise quasi sectaire de Serge Lepeltier, pour se faire un nom. Car son premier handicap est un déficit de notoriété. Son second est d’être trop proche de Serge Lepeltier, décrié au niveau local par ses « amis » à mesure qu’il grimpait à l’échelon national. Ceux qui connaissent Roland Chamiot lui reprochent par ailleurs parfois un comportement de petit notable de province qui aime profiter de sa position dominante. « J’ai été obligé de lui rappeler qu’un élu doit se placer au service de ses administrés et non l’inverse », nous a confié dernièrement un ancien président d’association.
Il demeure une autre question : la droite est-elle en mesure de remporter les prochaines élections municipales ? La gauche locale est inexistante. Jean-Claude Sandrier (PCF) a été mis (probablement) définitivement K-O après son échec aux municipales. Yann Galut (PS) qui a grandit très vite est retombé tout aussi rapidement. Et Irène Félix, seule valeur montante de la gauche locale, gesticule beaucoup... dans le vide.
Cependant, les électeurs retiendront inévitablement que Serge Lepeltier s’est servi de Bourges pour asseoir sa notoriété et qu’il s’est davantage préoccupé, « par opportunisme », selon Roland Narboux, maire-adjoint chargé du tourisme et de l’urbanisme, de l’environnement et de la mondialisation que de sa ville. Qu’il a rejoint un ministère en laissant une ville de Bourges en plein déclin économique et social, avec une baisse démographique inquiétante, un développement universitaire (déjà embryonnaire) en pleine stagnation, des finances dans le rouge. Certains de ses « alliés » parlent même de « vierzonnalisation » de Bourges, en référence à la situation catastrophique de la seconde ville du département du Cher qui n’est pas sans rappeler la misère sociale qui sévit dans le nord de la France. Une allusion un peu injuste pour la ville de Vierzon, qui, comble de l’ironie et du paradoxe, donne une image plus dynamique que Bourges, dans le domaine sportif et culturel notamment, toutes proportions gardées. Serge Lepeltier peut-il reprendre légitimement « sa » place comme un père de famille qui rentrerait au bercail après avoir trompé son épouse avec une grosse chaudasse bourrée de fric ?
Serge Lepeltier affirme « oeuvrer pour Bourges » en étant au ministère de l’environnement et du développement durable. Mais les successions de visites ministérielles dans la capitale du Berry ne suffiront pas. Il faudra du concret.