Tricards
Bourges est un terrain de luttes fratricides dans le petit milieu cultureux local. Certains n’acceptent pas de se regarder dans la glace pour voir comment ils étaient, vingt ou vingt-huit ans plus tôt.
Il est amusant de constater que Daniel Colling, le boss du Printemps de Bourges n’a aucun scrupule à accueillir à bras ouverts un ministre de la culture mouillé dans une sombre affaire de blanchiment d’argent et dénigrer allègrement L’Agitateur parce qu’il a failli connaître des démêlés judiciaires avec un maire de Bourges soutenu par le Front National, pour avoir rédigé il y a quelques années deux petites brèves satiriques un peu trop appuyées.
Contacté pour participer à « Radio Biturige Cubi », média éphémère squattant le Printemps des gros bourges, j’ai été dans un premier temps amusé puis franchement énervé de constater que le PdB, Emmetrop et quelques autres institutions locales inféodées à la mairie, se faisaient plus royalistes que le roi. Les mails et les fax sont tombés : Jean-Michel Pinon, « ce gars là », risque de menacer le bon déroulement des événements du festival et du K-O social. Heureux que l’on me prête autant d’importance. Infréquentable, tricard, L’Agitateur !
Tricard, Daniel Colling le sera toujours à mes yeux. Car contrairement à ce qu’affirme Emmetrop pour justifier ses compromissions, Daniel Colling n’a pas changé. Si son festival est redevenu crédible sur le fonds, il est bien resté gerbant sur la forme. Je ne regrette absolument pas de ne pas l’avoir invité au micro, de ne lui avoir adressé ni un regard ni un mot, lorsqu’il a débarqué avec son photographe particulier et sa secrétaire pour faire le « tour du propriétaire ». Il n’y aura jamais de dialogue possible entre L’Agitateur de Jean-Michel Pinon et le Printemps de Bourges de Daniel Colling. Cet individu incarne parfaitement selon moi, la génération des soixante-huitards, qui a aujourd’hui complètement retourné sa veste pour devenir encore plus méprisable que ceux contre qui elle luttait. Son argumentation de type « je n’ai pas de leçon de gauchisme à recevoir car je connais Font & Val » me fait penser à celle de Jean-Marie le Pen qui bave « je ne suis pas raciste, la preuve : il y a des noirs au Front National ! » Daniel Colling, c’est l’incarnation du vide intersidéral de la pensée au profit d’un opportunisme honteux.
Et que dire de Alain Meilland, directeur des affaires culturelles à Bourges au service d’une municipalité que l’on peut objectivement classer au rayon « droite dure » ? Lui qui fut à la base du Printemps de Bourges. Lui, ce « comédien libertaire responsable de l’atelier chanson au sein de la Maison de la Culture ? ». Lui qui fut également secrétaire particulier et organisateur des tournées de Léo Ferré. Ce dernier retournerait dans sa tombe s’il écoutait aujourd’hui son discours ultra-libéral sur fonds de pragmatisme et de réalisme. Image symbolique : Alain Meilland, stoïque sur le parvis d’une banque, rue Moyenne, regardant, visage fermé, le défilé du K-O social durant le Printemps de Bourges. Alain Meilland regardant le peut qu’il reste du monde utopique d’aujourd’hui qu’il a contribué à assassiner de l’intérieur.
Je me souviens que lors d’une brève rencontre en 1997 (ou 1998), Alain Meilland m’avait expliqué que la stratégie de la municipalité de Bourges, pour museler l’association Emmetrop - à l’époque la seule à ouvrir sa gueule - était - et je le cite mot à mot : « de l’envelopper dans du beau papier cadeau » ! Emmetrop a-elle conscience de s’être fait piéger ? Que l’on a acheté son silence ? A-t-elle conscience qu’elle cautionne ainsi une municipalité proche de l’extrême droite et qu’elle est en partie responsable de sa réélection ? Je ne comprendrais jamais comment il est possible de se renier ainsi, de s’auto mutiler de sa propre dignité. Tout ça pour quoi ? Le pouvoir ? La création de quelques emplois précaires en CES, CEC ou emplois jeunes ? Il n’y aura jamais à L’Agitateur aucun salarié ni un centime d’euro d’argent public. Je pense qu’il faut avoir le courage de mourir pauvre, qu’il ne faut pas tourner le dos ses propres idées pour avoir sa tête dans un journal ou « se faire une place dans la société ».
Car si Emmetrop a su conserver une programmation artistique respectable et enviable, elle n’en a pas moins bradé son discours politique et perdu ainsi grandement de sa crédibilité. Ses « luttes sociales » ne sont que des opérations de communication destinées à garder ce qu’il reste d’une image aujourd’hui fausse d’association engagée. Et si aujourd’hui la municipalité décidait subitement de lui supprimer toute subvention comme elle l’a fait avec l’Institut International de Musique Electroacoustique (tiens tiens, on n’a pas entendu les Emmestropiés sur ce sujet, préférant louer le maire-adjoint à la culture aux relations pourtant ambiguës avec l’extrême droite…), il n’y aurait que les aveugles et les naïfs pour descendre dans la rue et les soutenir. Personnellement, je le ferais malgré tout car il ne faut pas se tromper d’ennemi : il y a des gens bien à Emmetrop. Mais il ne faut pas être dupe.
Tout cela pour dire que je ne suis pas mécontent de mes antagonismes avec un certain milieu à Bourges. J’espère même les cultiver et les amplifier à l’avenir. Les récents outrages portés à mon encontre (et qui ne resteront pas impunis) auront au moins le mérite de durcir davantage la ligne rédactionnelle de ce vilain petit canard boiteux.