L’élite retrouvée
La grogne nationale continue. C’est comme le grondement d’un orage au loin. Mais rien n’éclate. Mais l’orage ne faiblit pas. A intervalle régulier, des éclairs transpercent et illuminent le ciel. Mais Raffarin a un bon paratonnerre : Henri Salvador.
Il parait que les intellos, eux aussi ne sont pas contents. On ne les avait pas beaucoup entendus après les mesures régressives du gouvernement sur la réforme des retraites, la montée des violences policières, le changement de système d’indemnisation des chômeurs... et j’en passe. Il faut donc que le budget de la recherche soit menacé d’amputation pour que l’on découvre qu’il y a encore quelques intellectuels en France qui se cachent dans des laboratoires obscures, sans eau potable, sans nourriture, et sans péripatéticiennes à leur disposition. La France d’en-bas n’est donc plus seule. Celle d’en-haut la rejoint avec l’envie de tout casser avec ses petits poings serrés sur un stylo pour signer des pétitions vachement bien orthographiées avec des belles formules et tout et tout. Sûr que ça ne vient pas de la CGT. J’ai sans doute l’air un peu ironique, mais je me dis que si ceux pour qui il suffit de prononcer une phrase pour avoir droit à une page pleine dans Libération et quinze pages dans Les Inrockuptibles, s’étaient exprimés plus tôt, nous n’en serions peut-être pas là aujourd’hui puisque dans ce pays la parole d’un intello vaut celle de 500.000 citoyens défilant dans les rues de Paris. Les intellos se sentent donc pour la première fois depuis le lancement des Restos du Coeur par Coluche, à nouveau concernés par le grand retour en arrière de notre société. Mieux vaut tard que jamais, certes.
Les pétitions, c’est bien. Mais rien ne vaut l’action propagandiste coup de poing. Et je dois dire aussi que le déroulement des dernières victoires de la musique m’a fait très plaisir. Pas seulement par rapport aux revendications de notre élite musicale. Cela faisait des années que je n’avais pas daigné jeter un oeil à ce genre de mascarade du show business, mais cette fois, ça valait le coup. Voir les Wampas ou Dionysos faire preuve de leur vitalité exceptionnelle devant un public de milliers de gros nazes cloués dans leur fauteuil comme des tétraplégiques, c’est tout de même un spectacle qui vaut sont pesant de chips allégées. Et j’imagine avec délectation le « choc » pour les téléspectateurs nourris à la Star ac’ découvrant pour la première fois la chorégraphie très étudiée du chanteur de Dionysos. Et Didier Wampas criant « les Wampas n’aiment pas la variété et n’aiment pas Kyo ». Et Mickey 3D changeant les paroles de sa chanson « Respire », pour glisser « t’es pas né dans un choux mais dans un pays de merde » ! Tout ça pour dire que dans ce monde purulent, il existe des détails de la vie qui font qu’elle mérite d’être vécue, malgré le gouvernement Raffarin et tout ces animaux préhistoriques de l’UMP.
Mais attention ! Tous les intellectuels et artistes « qui comptent » ne sont pas de gauche. Certains sont de droite. Je ne sais pas comment dans le contexte actuel, ils peuvent se justifier sans craindre de se faire lyncher par des millions de miséreux dont l’UMP se moque éperdument. Prenez Henri Salvador. Ben oui, il est à droite. Et il n’est pas en prison, lui non plus. D’ailleurs, si vous ne voulez pas aller en prison, je vous donne un conseil : adhérez à l’UMP. Comment un artiste aussi doué que lui peut-il se présenter aux régionales sur une liste UMP ? As-t-il reçu un lavage de cerveau ? Maintenant que j’y pense, j’aurais dû me douter qu’il n’était qu’un a !xxx !tqscfghgh !!!! Comment, dans un pays où des millions de gens sont dans une situation de souffrance et de mal-être, peut-on encore écrire de jolies chansons mielleuses, douces et légères sans avoir recours à des produits stupéfiants ? C’est sûr : Henri Salvador est un agent secret de l’UMP, chargé d’endormir les masses avec ses jolies berceuses. Il me fait vomir avec sa bonne humeur outrageante, ses beaux costumes clairs qui coûtent plusieurs mois de RMI d’un français d’en-bas, son insouciance intolérable qui serait pénalement réprimée si j’étais Président comme Gérard Lenormand. N’achetez plus les disques de Henri Salvador si vous ne voulez pas que les recettes dégagées remplissent les caisses noires de l’UMP, le parti autoproclamé des gens honnêtes et respectables dont a besoin la France. Etre de droite, aujourd’hui, c’est une honte. C’est un manque d’humanité et de sensibilité. C’est une méconnaissance du monde qui nous entoure. Un intello de droite n’est pas un intello. C’est un connard.
Il y a tellement de raisons de ne pas être content aujourd’hui. Il y a tellement de causes à défendre, de luttes à mener et de têtes à faire tomber, que soudain, beaucoup de personnes qui s’étaient retirées du monde réel semblent comme revigorées. Moi-même qui commençais à songer sérieusement à une expatriation ou à un long voyage vers des paradis artificiels, je retrouve l’envie d’apostropher les élus et tous ces flasques bourgeois pour redevenir le cauchemar de leurs nuits. Rien que d’y penser, j’ai le sang qui remonte à ma bouche. Vivement les élections. Que l’on se marre un peu. Parce que franchement, s’il n’y a pas un basculement à gauche, je ne vous raconte pas l’impunité dont va être saisi le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin pour imposer de nouvelles réformes toujours plus cruelles pour les plus pauvres d’entre-nous. Oui, les élections régionales auront bien valeur de test national. Et comme les français ne sont pas écoutés lorsqu’ils descendent sagement dans la rue ou signent des pétitions, il ne reste qu’une solution : mettre un bulletin dans une urne qui sera comme un bon gros coup de bambou dans le cul de Raffarin et de ses sbires.