Bonne année quand même...
L’année commence assez mal pour près de 180.000 chômeurs privés de leurs droits. Mais puisque les français préfèrent faire la fête plutôt que faire la révolution, autant faire semblant que tout va bien. Prosternons nous devant l’image de Jacques Chirac pour ses voeux télévisés qui nous annonce de nouveaux cadeaux aux entreprises sous prétexte de régler le problème du chômage. Champagne, oui, mais pas pour tout le monde.
Bon alors on est en 2004 et c’est pas marrant. Pour moi, en tout cas. A la lecture de mon horoscope, on me promet une année pourrie. Encore pire que 2003. Bah, je crois que je ferais mieux de me suicider tout de suite puisqu’il y a des gens hauts placés - du style qui vivent dans les nuages avec des travelos qui ont des ailes dans le dos - qui me veulent du mal. J’ai bien un slip en zinc, mais j’ai peur que cela ne suffise pas.
J’ai pris au moins une bonne résolution : parasiter au maximum la société dans laquelle nous sommes prisonniers. Décidément, j’ai bien du mal à m’habituer au futur qu’on nous prépare et qui me fait penser de plus en plus à une société féodale. C’est encore plus criant à l’échelle d’une petite ville comme Bourges. En haut, il y a les petits notables de province. Des gens pour la plupart méprisables, mais qui se la pètent un max. Si on les transférait à la capitale, ils resteraient sans doute d’anonymes bourgeois pédants. Mais ici, ils se prennent pour des cracks, imposent leur vision des choses, donnent des leçons, ouvrent grand leur gueule, même lorsqu’ils n’ont rien à dire. C’est ainsi que le maire de Bourges, Serge Lepeltier, s’est offert dans la presse locale une petite place gratuite pour ses voeux pour la nouvelle année. Des voeux d’une banalité affligeante, mal écrits et qui ressemblaient à s’y méprendre à ceux des années passées. Je connais pas mal de monde (des chômeurs, des Rmistes ou des gens qui sont quasiment à la rue), qui auraient utilisé à meilleur escient cet espace de libre expression consentie de manière scandaleuse au maire de Bourges par la presse locale qui, malheureusement, ne peut être considérée aujourd’hui que comme une vulgaire extension du journal municipal.
Au milieu, il y a les petit bourgeois. Ceux qui ont la chance d’avoir un boulot. Ceux qui ont peur de le perdre. Ceux qui ne partent pas en vacances pour payer leurs impôts. Ceux qui se contentent de leur petit bonheur inutile et qui ne feront jamais rien de leur vie à part élever des enfants (qui regretteront d’exister) et puis parfois un chien ou un chat. La plupart flippent un max et rêvent de prendre « l’ascenseur social » promis par les gros cons de notables mais qui ont bien pris soins de le bloquer entre deux étages. Alors ils se comportent comme de gentils citoyens qui acceptent avec fatalité les nouvelles mesures de sacrifice « pour le bien de la collectivité » et continuent de lécher les bottes de tel ou tel connard « bien placé » en ayant ainsi l’impression d’appartenir un peu au « grand monde », et en se disant que cela pourra leur rendre service en cas de coup dur.
Et puis tout en bas, il y a les chômeurs, privés de leurs droits, les rmistes culpabilisés, coupables de fainéantise, les types à la rue qui n’en ont plus rien à foutre de rien. Ils n’ont pas la parole, n’ont pas de quoi se soigner lorsqu’ils sont malades et auront des retraites de misère. Eux aussi ne bronchent pas, il leur reste l’instinct de survie, ce truc animal qui plongerait notre société dans le chaos si les hommes n’en étaient pas dotés et faisaient preuve d’un peu de lucidité.
Si j’avais un voeu à formuler pour cette année 2004, ce serait que le trouble et l’incertitude continuent de régner sur ce monde factice et que l’humanité entière s’éteigne dans d’atroces souffrances. Que les magistrats soient pendus, les hommes politiques écartelés et les chefs d’entreprises brûlés vifs. En 2004, votez pour moi, je vous promet la fin du monde !
Allez ! Je déconne ! J’ai dû boire trop de grenadine, ça me rend violent. Il y a d’autres moyens aujourd’hui de régler les « problèmes sociaux ». Il parait que ça s’appelle « le dialogue social ». Cela consiste pour ceux qui nous gouvernent et pour les représentants du patronat à écouter bien gentiment les lamentations et la colère du petit peuple pour lui faire plaisir. Bien entendu, « écouter » ne veut pas dire « en tenir compte et en tirer les mesures conséquentes ». Mais cela est suffisant pour calmer les gueux.
C’est pourquoi, contre cette imposture, je prône les actions urbaines ultra-violentes... ah, ça y est, ça me reprend ! Je veux dire... la paix sociale : c’est quand même mieux que la violence. Même si le prix à payer est la pauvreté d’une partie de la population. D’ailleurs, quand je regarde notre Président de la République de merde à la télévision, j’ai le sentiment que tout va de mieux en mieux. Il remplace avantageusement mes « médicaments pour les nerfs » et me rend tout calme. Je ne comprends vraiment pas pourquoi certains veulent le voir en prison. C’est comme Bernadette : un bon coup de dedans-dehors… hummmm ! Cul sec ! Bonne année quand même. Et mort aux cons !