Imperceptible.
Notre perception, la perception humaine s’entend, est imparfaite. On ne va pas se lancer dans de grandes théories scientifiques ou philosophiques, mais on peut considérer que cet état de fait est communément accepté. C’est ainsi qu’on va percevoir des tremblements de terre importants et qu’il va nous falloir des instruments de mesure très précis pour pouvoir être informé d’autres nettement plus faibles.
Il en va des phénomènes naturels comme du reste. Une catastrophe brûtale et soudaine va nous marquer (marquer nos esprits...) plus qu’un phénomène relativement lent et discret. C’est vraisemblablement ce qui fait la différence entre une révolution et une évolution. Passons aux travaux appliqués. Il vaut mieux pour Sarkozy lancer de multiples opérations policières d’envergure (après avoir soigneusement prévenu les médias) que de s’acharner dans un travail de longue haleine aux résultats incertains. Les résultats de l’opération policière seront aussi incertains, mais cette dernière marquera les esprits, quoiqu’il en soit. Il vaut mieux pour Jean-Pierre Raffarin baisser les impôts sur le revenu que de tenir les engagements européens de la France en matière de déficit budgétaire. La baisse des impôts pourra se constater instantanément (en tout cas pour ceux qui paient des impôts) quitte à ce que nos enfants et nos petits enfants en soient encore à rembourser nos mesquineries dans cinquante ans. Pour la retraite, il vaut mieux crier sur tous les toits que l’on a fait "une grande réforme des retraites" en allongeant la durée de cotisation plutôt que d’avouer que cette mesure, qui aurait pu être prise par un gamin de 10 ans et qui a consisté principalement à modifier un paramètre, ne suffira pas très longtemps et que les français devront de nouveau bouffer leur chapeau dans pas longtemps. Il vaut mieux également crier sur tous les toits que l’on a la volonté de remettre "la France au travail" plutôt que de s’étendre sur les plans sociaux qui s’allongent et les chômeurs qui s’entassent de plus en plus nombreux dans les ANPE. Se vanter de remettre la France au travail alors que le chômage augmente, voilà qui est paradoxal...voir comique.
Bref, mieux vaut prendre des postures héroïques et s’aider en ça de différents plans de communication que goberont tout cru les médias, et profiter dans le même élan de la cupidité des français. Pourtant, comme tout corps plongé dans l’eau en ressort mouillé, les cadavres, mêmes bien lestés, finissent toujours par remonter à la surface. Et ce qui avait pu être imperceptible pendant un temps plus ou moins long, fini par apparaître au grand jour. Et là, difficile d’éviter la catastrophe. Travaux pratiques : les 15000 morts de la canicule au mois d’Août 2003. Personne n’avait rien vu venir. Quand il a fallu trouver des explications, les 35 heures ont été les accusés numéro un. Sauf que l’explication était vraisemblablement un peu courte, on a gentillement oublié "la maîtrise comptable des dépenses de la sécurité sociale" et autres joyeusetés (dont la diminution du montant des aides aux personnes agés), mesures qui privilégiaient les finances à la santé publique.
Pareil pour la désindustrialisation de la France. Si dans les années 80, elle était évidente, mettant sur la paille des millions de français, elle s’est poursuivie dans les années 90 et 2000. Imperceptiblement jusqu’à ce que l’on entende parler de la possible faillite d’Alstom, un des fleurons de l’industrie française.
Le gouvernement Raffarin, et Raffarin lui-même, pratique allégrement la politique de l’autruche. Depuis un an et demi, la France se casse la gueule. L’économie mondiale a bon dos. En réalité, le bilan du gouvernement actuel est catastrophique, et même les proches de Raffarin ne cachent pas leurs critiques...les rats ne veulent pas couler avec le navire. Imperceptiblement, la communication a pris l’avantage sur l’action efficace ou l’efficacité de l’action.
Mais attention, les tremblements de terre connaissent souvent des répliques. Le 21 avril 2002 avait fait surface soudainement, lié à des mouvements d’opinions plus ou moins perceptibles à l’époque. Aujourd’hui, ou du moins aux prochaines élections nationales, l’Autruche Jean-Pierre pourrait bien se faire bouffer tout cru par le chacal Jean-Marie, d’autant plus si la gauche reste aussi peut active et inventive. Comme le cancer vous ronge lentement de l’intérieur, de manière imperceptible, la France est malade. Aux français de ne pas jouer le rôle des morts.