Retour aux sources
L’Agitateur entame sa septième saison en première division des bons à rien. Quel bonheur de retrouver ses coéquipiers, son public, ses adversaires, ses p... d’arbitres. Ceux qui nous reprochaient un jeu trop sage depuis deux ou trois ans ne vont pas être déçus : le contexte économique et social, tant au niveau local que national, impose une ligne éditoriale plus dure. C’est donc reparti comme en 1997, le sourire carnassier, et le stylo baveux en rut.
Bah, faudra pas s’étonner. Il y a dans ce pays une fracture anale. Les sans culottes ont mal aux fesses. Tout va de travers. Alors, forcément, ça va chauffer. Non mais je ne blague pas : la rentrée sera chaude. Les français sont sur les nerfs. Ils sont oppressés par la police, le fisc, l’autoritarisme et l’interventionnisme du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. Les français en ont marre.
Marre de voir que dans ce pays, on met des innocents comme José Bové ou Bertrand Cantat en prison, alors que les vrais coupables prennent des bains de lingots d’or en toute liberté et se payent des vacances au Canada. Même Maurice Papon fait l’objet d’un scandaleux acharnement. Songez que son dossier de demande de perception du Revenu Minimum d’Insertion lui a été refusé. Alors que l’actuel maire de Bourges, lui, a longtemps perçu les Assedic ? A sa place, je saisirais la Cours Européenne de Justice. Parce que là, on voit clairement qu’il y a une France d’en-haut et une France d’en-bas.
Et puis, ils en ont marre des vieux. Ils font chier les vieux. Ils ont toujours trop chaud ou trop froid. Jamais contents. D’abord, ils nous piquent nos sous, à nous, les jeunes, qui travaillons... euh... qui cherchons un emploi. En plus, ils ne savent plus conduire et provoquent des accidents de la route, dont nous, les jeunes, sommes victimes. Faut vraiment être inconscient pour oser s’aventurer sur la route avec tous ces vieux croûtons qui sont de véritables dangers publics. Du coup, nous, les jeunes, sommes obligés de boire et de nous droguer avant de prendre le volant pour ne pas trop flipper à chaque fois que l’on croise nos ancêtres dans leurs cercueils à roulettes. C’est pas une vie, croyez-moi. C’est ce que j’expliquais dernièrement à mon juge d’instruction. Un vieux con, évidemment. Et puis, il n’y a pas que ça. Ils se bourrent de médicaments, les vieux. Les déficits de la Sécurité Sociale, tout ça, eh bien, c’est à cause d’eux. Ils sont coriaces les vieux. Ils ont résistés à la guerre 39-45, à la décolonisation, au sang contaminé, à Jacques Chirac et ils continuent de nous en faire baver.
Pareil pour les intermittents du spectacle. Quelle bande de fainéants. A cause d’eux, cet été, j’ai loupé le concert de Chantal Goya. J’étais furax. Ils ne pensent qu’à leurs petits intérêts personnels. Faudrait pas qu’ils oublient qu’ils sont au service de l’art. A quand l’instauration d’un service minimum pour des activités vitales comme la distraction des électeurs de droite ? De toutes façons, il faudra bien qu’on y arrive. Je veux dire : au travail bénévole obligatoire. La rémunération des salariés représente un manque à gagner vraiment trop important pour les entreprises. Alors je ne vous raconte pas quand il faut payer ces fainéants de chômeurs. Il faut que les français se retroussent les manches et fassent preuve de dévotion pour les entreprises... euh... pour la glorieuse République Française, pour la démocratie, tout ça quoi. Lorsque les salariés travailleront bénévolement, les entreprises pourront exporter leur produits dans des pays riches, comme le Libéria, par exemple. Les organismes humanitaires interviendront pour nous nourrir juste assez pour que l’on ait la force d’aller travailler... et ce sera la grande renaissance du prestige de la France sans déficit budgétaire, sans sécurité sociale, sans RMI, sans APA. Le rêve, quoi. Vive le bénévolat ! Il faut que les français se prennent en main plutôt que de se plaindre continuellement, bordel !
Faisons preuve d’initiative ! Et prenons modèle sur notre bon petit roi de Bourges, qui en a toujours de bonnes à nous raconter. Cette année il est parti en voyage d’étude en Egypte. Les naïfs diront qu’il y est parti en vacances pour draguer des poulpes sous le prétexte honteux de faire de la plongée sous-marine. Des crétins qui ne comprennent rien à la raison d’Etat. En fait, il s’agissait d’une couverture. Durant son séjour, il a pu découvrir toutes les merveilleuses pyramides construites il y a bien longtemps par des dizaines de milliers de bénévoles. Et comme à l’époque leur espérance de vie ne dépassait pas une trentaine d’années, il n’y avait pas besoin de Sécurité Sociale. Ah, elles étaient plus futées que nous les momies ! Pas de vieux, pas de déficit. De retour en France, mon grand ami Sergio devra en tirer les leçons en rédigeant un rapport parlementaire à l’attention de notre premier ministre.
Il faut que ça change. Les chefs d’entreprises, terrorisés par les bolcheviques, sont obligés d’attendre que leurs salariés soient en vacances pour vider leurs entrepôts et partir avec la caisse. C’est dingue ça : on n’est plus libre de faire ce que l’on veut dans ce pays. J’ai beaucoup de sympathie pour Jean-Pierre Raffarin, mais je crois qu’il est beaucoup trop influencé par les idées de Karl Marx et par l’autoritarisme de Lénine. Un exemple d’interventionnisme et d’autoritarisme qui dérègle le marché : les campagnes coûteuses en faveur de la sécurité routière. Moins d’accidents = moins de tôles froissées = ruine des entreprises de carrosserie = carrossiers et mécaniciens à la rue. Et je ne vous parle même pas du manque à gagner les pompes funèbres qui ne doivent leur survie qu’à la canicule. Un très grand théoricien l’a expliqué il y a longtemps. J’ai oublié son nom, mais en gros, il disait : « un islamiste pas content en Afghanistan, c’est deux tours qui s’écroulent à New-York »... euh... il a peut-être parlé d’une histoire de chinois qui a des flatulences à Pékin et qui provoque un tremblement de terre à Mexico, je ne sais plus. C’est la théorie du mikado. Ou du jeu de dame. Un truc comme ça. Mais enfin, ça veut dire ce que ça veut dire : les plus infimes événements peuvent provoquer des catastrophes terribles à l’autre bout du monde. Faut donc laisser faire les choses. L’économie, c’est trop compliqué pour que des syndicalistes ou des hommes politiques y mettent leur nez.
Le chômage ? Les gens qui n’ont rien à manger ? Les raclures de la société ? Ben, c’est la sélection naturelle. Ce sont les gens les plus malins qui s’en sortent, et pis c’est tout. En fait, c’est une histoire de tétine. Je vais vous expliquer. J’ai regardé l’autre jour, un reportage sur les cochons où l’on voyait une maman cochonne donner du lait à ses cochonnets. Le commentateur expliquait que le meilleur lait se trouvait dans les premières tétines alors que les dernières tétines étaient beaucoup moins fournies. Du coup, les bébés cochons devaient se battre entre eux pour s’accrocher aux meilleures tétines. Au bout de quelques semaines, on voyait clairement que les plus malins, c’est à dire ceux qui réussissaient à téter les meilleures tétines, faisaient le double du poids des porcins qui ne s’allaitaient que sur les plus petits tétons de la truie. Imaginez un seul instant, qu’une main extérieure - celle d’un paysan communiste par exemple - aie l’idée saugrenue de donner un supplément de lait aux bébés cochons les plus maigrichons. Ce serait catastrophique. Cela signifierait que le cochon qui s’est le plus démené pour avoir droit aux meilleures tétines, se retrouverait au même niveau que le cochon le plus oisif et le moins combatif. Cet interventionnisme dans la société porcine conduirait à l’élaboration d’un système injuste et inégalitaire où le cochon le plus méritant ne serait pas récompensé de ses efforts. Cela encouragerait le laxisme et l’absence d’esprit de compétition entre les cochons, qui plongerait inévitablement la société porcine dans le chaos. Pigé ? Alors vive le libéralisme sauvage ! Vive l’anarchie !