EDITORIAL MARS 2001

Quelle ville de Bourges pour les six prochaines années ?

jeudi 1er mars 2001 à 00:00, par Charles-Henry Sadien

Municipales obligent, c’est un mois de mars crucial qui s’annonce pour la cité berruyère.

Pourtant, la campagne électorale à Bourges aura été d’un faible niveau. Du côté de la liste du maire sortant, nous avons eu droit à une avalanche de propositions plus ou moins démagogiques et contradictoires (on ne change pas une formule qui gagne), histoire de plaire à tout le monde. Du côté de la gauche plurielle, c’est un discours très déplaisant d’autosatisfaction, sur fond de « réussite » de la politique gouvernementale et « d’école de l’internet » (expression ressortie toutes les deux phrases) qui a fini par saouler bon nombre d’électeurs potentiels.

Même à Vierzon – ville morte – le débat a été plus ouvert. Et à Saint-Amand plus encore, entre un maire sortant qui témoigne ouvertement de sa fidélité et de son amitié envers Maurice Papon, et une gauche plurielle outrée par la mégalomanie et les propos souvent outranciers du premier magistrat de la ville.

A Bourges, même si la gauche est donnée (légèrement) gagnante, on annonce une abstention de 37%, mais surtout, 16% des électeurs du PS, et 22% et des écologistes, voteraient...à droite, selon un sondage du CSA commandé par France 3 et Le Berry Républicain. La tentation de l’extrême gauche est également très importante : 17% de l’électorat communiste, et 12% de l’électorat écologiste annonce son intention de voter en faveur de la liste de Lutte Ouvrière conduite par Colette Cordat. Cette absence de réel enthousiasme des « gauchistes » pour la liste de la gauche plurielle conduite par le communiste Jean-Claude Sandrier, montre bien à quel point les berruyers ayant une sensibilité de gauche sont partagés entre l’idée d’un « vote par défaut » (voter à gauche pour éviter de se taper « six ans de droite extrême »), et un vote protestataire (voter carrément à droite ou à l’extrême gauche pour manifester un mécontentement face à la pauvreté du programme et l’absence de combativité de la gauche plurielle).

A ce petit jeu, il convient de formuler une importante mise en garde. A ce jour, le Front National n’a toujours pas déposé sa liste. On connaît les relations privilégiées qui se sont tissées entre la droite dite républicaine et le Front National à Bourges. Serge Lepeltier sait qu’il ne peut espérer l’emporter sans le soutient appuyé du leader d’extrême droite Jean d’Ogny. Ce dernier se dit prêt à toutes formes d’accord, à condition que ce soit le maire sortant qui fasse le premier pas. Et l’on sait que sur la liste de Serge Lepeltier, certains, à l’image de Alain Tanton, sont prêts à une alliance avec le diable pour battre « les méchants socialo-communistes ».

Serge Lepeltier voit s’offrir à lui deux solutions : la première – respectable – consisterait à lorgner du côté de l’électorat de gauche (et plus particulièrement des jeunes, plus influençables et moins embrigadés), pour récolter les quelques voix qui lui manquent pour rester six années supplémentaires à la tête de la ville de Bourges. La seconde – honteuse – consisterait solliciter directement ou indirectement un accord avec le Front National, au risque d’effrayer les électeurs ayant une sensibilité de gauche et qui auraient manifesté leur intention de voter à droite. Ce jeu (dangereux) en vaut-il la chandelle ? On espère que le maire de Bourges ne cédera pas à de vilaines tentations et que les conditions scandaleuses de sa première élection (un accord officiel avec le Front National et un soutient appuyé de Jean-Marie Le Pen ) lui auront servies de leçon.

Dans tous les cas, la morale républicaine devra être sauve, sous peine d’amplifier les divisions et les tensions entre les berruyers qui se sont formées durant ses six dernières années, et qui pourraient aboutir rapidement à une situation explosive susceptible de menacer la tranquillité publique. Nous ne serions alors sans doute pas les derniers à mettre la main à la pâte.

Car, finalement, droite ou gauche, peu importe, surtout pour une élection de proximité comme celle des municipales. On constate d’ailleurs que d’un côté comme de l’autre, ce sont toujours les mêmes expressions qui reviennent. Même si on peut avoir davantage d’affinités et d’a priori positifs avec une liste plutôt qu’avec une autre, il n’en reste pas moins que ce sont sur les actes que se jugent l’action d’une municipalité.