EDITORIAL NOVEMBRE 2000

Comme un arrière goût...

mercredi 1er novembre 2000 à 00:00, par Charles-Henry Sadien

Un peu à l’image de ce qui se passe à Vitrolles, l’ambiance est devenue détestable à Bourges. Un maire - même RPR - qui est élu après avoir bénéficié des chaleureuses recommandations de Jean-Marie Le Pen, ça laisse des traces. Forcément. D’autant plus que l’élu en question a pris avec plaisir le cadeau empoisonné.

Tout est bon à prendre ? Si Bruno Mégret recommandait aux adhérents de son parti, la lecture de l’agitateur.org, j’aurais bien du mal à raisonner en ces termes, même pour plusieurs milliers de connexions en plus. Fermons la parenthèse.

Quelle attitude adopter face à une municipalité proche de l’extrême droite ? Il y a ceux qui se mettent des oeillères pour survivre ou faire avancer leur petit business. Il y a aussi ceux qui profitent du contexte pour faire jouer la concurrence. Ils regardent la devanture de chaque boutique et vont à la rencontre du vendeur pour dire « untel m’a promis ceci, untel m’a promis cela ». Il y a encore ceux qui entretiennent un double langage : un pour la mairie et les institutionnels, et un autre pour les « vrais gens ». Au début, la justification s’apparente au discours suivant : « c’est une manière de leur soutirer ce que l’on veut, tout en continuant secrètement la lutte ». C’est en gros la ligne de défense de Maurice Papon : un grand résistant sous le régime de Vichy. Ben voyons. Et puis, il y a les fous furieux - très peu nombreux - qui ne décolèrent pas, posent des colis piégés et se retrouvent de temps en temps chez les keufs.

Tout ce petit monde se promet de s’étriper joyeusement à la libération...pardon, après les élections municipales de 2001.

Déjà, des fonctionnaires de la mairie s’expriment sur le site de la gauche plurielle pour réclamer une « chasse aux sorcières ». D’autres, à mesure que le vent tourne, commencent à changer de camp. C’est fou le nombre de responsables associatifs qui manifestent contre la droite en ce moment...Certains vont même se retrouver sur la liste de la gauche plurielle. Remarquez, si François Mitterrand était encore de ce monde, il vous dirait sans doute qu’il vaut mieux commencer à l’extrême droite et finir à gauche que l’inverse.

Toutes proportions gardées, il y a comme un arrière goût de seconde guerre mondiale à Bourges. Entre les couvre-feu dans les bars, les procès plus ou moins politiques, la presse sous haute surveillance, les travaux / tranchées en centre-ville...il y a de quoi se confondre.

Le parallèle est bien entendu caricatural et n’est pas à prendre au premier degré.

On est ici heureusement bien loin de ce qui a été vécu par nos grands-parents. Mais tout de même : si de pareils événements se reproduisaient, il est fort probable qu’à la lumière de ce que nous voyons aujourd’hui, il y aurait les mêmes salauds pour profiter de la situation, s’en mettre plein les poches, retourner leur veste au bon moment, sans scrupule et s’en tirer avec les honneurs.

Lorsque j’étais gamin, je ne supportais pas les petits vieux qui racontaient leurs histoires de guerre sur l’air du « vous, les jeunes, vous n’avez pas connu cela, bande de petits cons ». Et puis, en fonction de ce que j’ai pu vivre au quotidien, je me suis senti finalement beaucoup plus concerné.

C’est pourquoi ce mois-ci, nous ouvrons une petite page consacrée à M. Pierre Ferdonnet, ancien résistant de la première heure et ancien déporté.

Il ne s’agit pas pour une énième fois de remuer le couteau dans la plaie. M. Ferdonnet est avant tout un vieil homme d’une gentillesse infinie qui, dans sa tête, a encore vingt ans. S’il intervient dans les écoles et les lycées, s’il accepte de témoigner à chaque fois qu’il est sollicité, ce n’est pas pour jouer les « monsieur j’ai tout vu, tout entendu ». Il possède une aptitude extraordinaire à rendre les choses plus proche de nous et à nous ramener inéluctablement aux événements de l’actualité.

La réponse à la question « comment a-t-on pu en arriver là ? » n’est intéressante dans le fond que parce qu’elle ouvre des pistes pour que cela ne se reproduise plus.

Comment « gérer » l’extrême droite en Autriche ? Comment raisonner les groupuscules néo-nazis en Allemagne ? Plus proche de nous, comment obtenir à Bourges une droite moins vociférante et radicale-populiste qui ait un peu plus d’estime pour elle-même en refusant toute compromission avec les partis qui constituent la vitrine légale des mouvements violents d’extrême droite ? Il ne s’agit pourtant pas de décrocher la lune : juste une droite normale et modérée. Mais il faut croire que c’est encore trop demander.

Le leitmotiv de M. Ferdonnet, c’est « ni haine, ni oubli ». En ce qui concerne la situation vécue à Bourges depuis 1995, l’agitateur.org s’en tiendra à la même ligne de conduite.