EDITORIAL OCTOBRE 2000

0h30 : heure du couvre-feu à Bourges.

dimanche 1er octobre 2000 à 00:00, par Charles-Henry Sadien

C’est l’éternel problème : d’un côté, il y a ceux qui veulent s’amuser un peu le soir, traîner en boîte ou assister à un concert sympa dans un bistrot ; et de l’autre, il y a ceux qui aspirent à la tranquillité et au repos. Forcément, la cohabitation des plus délicates. Comparé à cela, la petite guerre entre les fumeurs et les non fumeur est une aimable plaisanterie.

En région Orléanaise, depuis plusieurs mois déjà, on ne compte plus les fermetures administratives de bars, ni le harcèlement continuel de la police pour empêcher toute forme de vie en centre-ville. Bourges étant une ville plutôt calme le soir après 21h00, on pensait être relativement épargné. Ben non. Ici aussi, il faut faire face aux écologistes intégristes qui luttent jour et nuit contre ce qu’ils appellent « la pollution sonore », à grands coups de « sonomètres ».

Il y a de toute évidence une contradiction de nos élus qui veulent dans le discours - je cite - « rendre la ville plus attractive et animée », mais qui dans les actes passent leur temps à décourager toute initiative.

En fait, la seule chose qui est tolérée à Bourges, ce sont les manifestations municipales ou para municipales, de type « Un été à Bourges », « Printemps de Bourges », et autres programmation de la Maison de la Culture de Bourges. Chaque année, nous avons droit à la journée des « bars en fête », à quelques concerts salle Germinal...et pis, c’est tout. C’est l’intention qui compte hein ? Ici, tout doit être très encadré. Si un bar décide d’organiser dans son coin une petite soirée sympa, il se retrouve illico avec la police municipale, ou les vrais keufs sur le dos. Rien ne doit dépasser, il faut faire dans « l’officiel ».

Problème : en général, les noctambules de moins de 25 ans n’aiment pas tellement ce genre d’événement très institutionnel. On en a eu un exemple criant à l’occasion du festival « Un été à Bourges », cette année. Le seul concert de rock inscrit dans la programmation a fait un flop monumental. Le même concert organisé par une petite asso. sympa aurait probablement permis de bien remplir la salle Germinal...

Sans cesse, les pouvoirs publics réclament de la tolérance et de la compréhension à l’égard « des gens qui travaillent et qui voudraient bien pouvoir dormir la nuit ». Mais l’intolérance et le mépris d’autrui n’est pas forcément là où on le croit. Y’en a vraiment marre de ces mégères de quartiers et de ces gros bourges qui vont se plaindre pour un oui ou pour un non auprès de nos forces de l’ordre adorées. Qu’est-ce qu’ils préfèrent ? Des jeunes qui s’amusent un peu, ou des fous furieux qui traînent dans la rue et qui pour passer le temps, brûlent des bagnoles ou se font le sac des petites vieilles ?

Il faut savoir ce que l’on veut. On se souvient que Les Diables Rouges avaient été confrontés aux riverains de la rue Jean Jaurès, il y a quelques années. Le bar mythique berruyer avait fini par mettre la clé sous la porte. Cela pourrait à nouveau arriver avec L’interdit (ex Code Bar) et l’Iguana Café, qui sont à leur tour pris pour cibles.

Jusqu’où ira-t-on ? Faut-il interdire aux moins de 25 ans de vivre à Bourges ? Faut-il fermer le peu d’établissements d’enseignement supérieur que compte la « ville de Jacques Coeur » (comme ils disent à l’office du tourisme...) pour les réaménager en centres de thalassothérapie ou en maisons de retraite ? Doit-on remplacer les MJC par des morgues ? Substituer les centres d’aide aux toxicos à des maisons d’aide aux alcooliques pour les pépés des campagnes environnantes ?

L’arrêté de fermeture des bars à 0h30, pris au début de la municipalité Lepeltier est à la fois absurde et inégalitaire.

Absurde, parce qu’il fait de Bourges une ville morte, une fois la nuit tombée. On voit beaucoup de gens errer sans but précis dans les rues et s’étonner de la fermeture prématurée des bars. Lorsque vous allez au cinéma ou à un concert, est-ce que vous avez envie de rentrer chez vous tout de suite après ? C’est pourtant ce qui arrive, puisqu’on ne peut même plus terminer la soirée peinard dans un bar !

Inégalitaire et discriminatoire, parce que certains débits de boissons peuvent obtenir des dérogations, et d’autres pas. En gros, il vaut mieux être abonné au bon parti politique et avoir quelques amis bien placés à la Préfecture. Il y a toutes les raisons de s’étonner lorsque l’on constate que le Printemps de Bourges n’est pas confronté au problème du harcèlement des habitants du centre-ville, alors que c’est le moment dans l’année où il est le plus difficile de trouver à Bourges un coin silencieux. C’est la loi du fric : les puissants peuvent faire du bruit à volonté. Les autres n’ont pas d’autres solution que de s’éclater en silence...

Nos chers hommes politiques font le constat que le département du Cher est en retard sur les autres départements de la région Centre, et plus particulièrement qu’il n’y a pas le même dynamisme économique. Se sont-ils demandés pourquoi ? Une ville qui vit sur son passé et qui fonctionne comme au moyen âge n’a pas d’avenir.