Je vous emmerde.
Le snob, c’est le type que l’on trouve dans tous les vernissages avec un verre bien rempli à la main, qui vous explique que la croûte que vous avez sous les yeux est « très tendaaannce » et que n’importe qui ne peut pas comprendre toute la portée d’un tel chef d’oeuvre. Même si l’important est de « laisser parler son coeur ».
Généralement, il en profite pour vous raconter sa vie « formidaaable », et vous faire l’inventaire de ses amis « très haut placé » (maires, ministres, ou députés... ça dépend du nombre de verres ingurgités). Si le snob est vraiment démonstratif, il finira par acheter la toile prouvant ainsi qu’il est un homme de pouvoir...d’achat.
Mais ça, c’est la vieille génération. De la même manière qu’il existe de « nouveaux riches », il est apparu de « nouveaux snobs ». Plus difficiles à déceler ceux là.
Le nouveau snob est un jeune Linuxien vêtu négligemment en jean-basket, qui écoute de la techno ou de la pop anglaise, qui a lu trois fois Les particules élémentaires, qui est contre la société de consommation et la mondialisation, mais qui est abonné à internet.
Il est généralement cadre dans une banque, ou dirigeant de start up.
Le nouveau snob se rencontre le plus souvent dans les fnac au rayon CD, dans les cafés-philo mais jamais dans les manifs de Lutte Ouvrière. Le nouveau snob vous racontera que les hommes politiques sont tous corrompus, que les médias sont manipulés et nous manipulent, qu’il faut légaliser le cannabis et les maisons clauses, et vous demandera de signer la dernière pétition à la mode en faveur de la libération des sursitaires.
Pt’ain, merde ! C’est moi, ca ! Il n’est pas facile d’être anticonformiste sans se conformer à un moment ou à un autre dans cet anticonformisme. Au plus fort des croisades royales pour tenter de censurer définitivement L’Agitateur, s’est développé un phénomène de « mode » autour de votre canard détesté. Il est devenu très « chic » de défendre « le contre journal municipal de Bourges ». Dans les manifs, les salons, les bars, les bureaux, on ne parlait que de ça. Il était même devenu particulièrement classe d’affirmer que l’on connaissait personnellement « un des types géniaux » qui faisaient ce journal « tellement subversif ». J’ai découvert soudainement que j’avais des centaines d’amis de vingt ans.
Tout cela m’a bien fait rigoler. Car je savais pertinemment que 99,9% de ces « fans/lecteurs » ne connaissaient L’Agitateur que de nom. Quelques uns avaient peut être eu un jour entre les mains un vieux numéro de la version papier, deux ou trois d’entre eux avaient poussés la curiosité à jeter un oeil au site web, mais c’est tout.
Par contre, j’ai commencé à me dire que je m’étais trompé quelque part. Moi qui voulais faire un journal pour les « vrais gens de la vraie vie », j’ai réalisé que je ne touchais pour l’essentiel que les « bourges de Bourges », dont je n’ai finalement strictement rien à battre. Ça m’a fait un drôle de choc.
Les types qui viennent me voir en pleurant parce qu’il n’ont reçu une subvention « que » de 10.000 francs, alors que les voisins ont eu droit à 11.000 balles, ça commence à me faire gerber sérieusement. Surtout que les types en question qui me demandent de « dénoncer cette injustice » voudraient que je me mouille à leur place pendant qu’ils font hypocritement des courbettes au bon roi. Une manière de jouer sur tous les tableaux, sûrement.
J’ai des potes dans mon quartier qui aimeraient bien avoir une sub. de 500 balles pour organiser des petits trucs. J’en connais d’autres qui aimeraient simplement manger, payer leur loyer et avoir un boulot. Et les abbé Pierre de la culture qui invoquent leur fameux « rôle social » pour décrocher un peu plus d’argent public, ça commence à les agacer sérieusement.
A L’Agitateur, nous ne demandons rien à personne, n’avons aucun compte à rendre, aucune courbette à effectuer, faisons ce que nous voulons, et emmerdons tout le monde. C’est la plupart du temps « plutôt galère » mais au moins, il nous reste cette liberté unique et inaliénable qui est de pouvoir vous enculer très profondément. Bien à vous.