EDITORIAL NOVEMBRE 1998

Tout ce bonheur m’horrifie !

dimanche 1er novembre 1998 à 00:00, par Charles-Henry Sadien

C’est terrible. Il paraît que tout va bien en France, puisque l’on a un gouvernement de gauche. Saloperie de socialos-communistes ! Si tout va bien, alors, forcément, tout va mal pour moi ! Il faut savoir que les zigotos dans mon genre, jubilent à la moindre catastrophe, à la plus infime augmentation du chômage, à la plus banale bavure policière.

Tout ce bonheur m'horrifie !

Alors, lorsque le gourou Jospin applique la méthode Balladur (« tout va bien, le gouvernement travaille »), forcément les coprophages dans mon genre doivent se mettre au régime sec, et de puiser de la matière dans des fonds de cuvettes ou de poubelles. Un bateau rempli de vieux coule ? Cela devient inévitablement l’occasion rêvée pour un « Temps sont durs » sur les techniques originales d’euthanasie. Un petit maire de province ne fait parler de lui qu’à l’occasion de l’inauguration de panneaux de signalisation ou de réfection des trottoirs ? Pourquoi se gêner et ne pas en faire une espèce d’imbécile qui se prend au sérieux ? Mais il faut bien l’avouer, en ce moment, il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent. On croyait avoir atteint des sommets d’ennui avec le gouvernement Balladur, mais c’était sans compter sur Jospin et sa bande de mondains. C’est comme la publicité pour une certaine boisson : ça ressemble, ça a la couleur, mais ce n’est pas. Non, ce n’est pas la gauche. Et ça n’en a d’ailleurs même pas le goût. Finalement, lorsque le R.P.R. (ou ce qu’il en reste) s’en prend à Jospin, Allègre, et autre Guigou, il ne fait rien d’autre que son autocritique. Ça, c’est mon petit côté optimiste. Car si je me met à penser que, finalement, c’est peut être ça, la gauche, je vais finir comme Dalida ou Pierre Bérégovoy.

Jospin m’emmerde. Il est raisonnable avec ces petites lunettes de faux intellectuel. Il manie à merveille les discours consensuels, qui ne réveillent pas la droite, et endorment la gauche. Y’a rien qui dépasse. C’est fou ce qu’il est chiant, sans saveur, et sans caractère, ce type là.

Mais il y a pire que la gauche au pouvoir. La victoire en coupe du monde de football de la France, c’est bien ce qui pouvait m’arriver de pire. Depuis le mois de juillet, je ne croise que des mines réjouies. J’en rencontre même encore aujourd’hui qui me disent « au fait, t’as vu ? On est les champions ! » Comment voulez-vous travailler dans de telles conditions ? Tout ce bonheur est intolérable. Voyez-vous, même les marionnettes de Canal + raclent les fonds de tiroirs, exploitant au maximum le filon Richard Virenque.

Heureusement, nous, à Bourges, on a Serge Lepeltier. S’il n’existait pas, celui-là, il faudrait l’inventer. Mais, y’a rien à faire, je n’ai pas la pêche. Je consulte assidûment la vraie presse, je traîne dans les couloirs de l’hôtel de ville, à l’affût de la moindre rumeur, j’interroge mes informateurs... mais rien n’y fait. Il n’y en a que pour l’arrivée en France du viagra, les mauvais résultats du PSG, ou les nouveaux cheveux de Patrick Poivre d’Arvor.

Quelqu’un voudrait-il se dévouer pour se suicider, poser une bombe dans le métro, organiser une grève générale, une avalanche ou un éboulement de terrain dans notre plat Berry, monter de toute pièce des rumeurs bien salaces sur l’Élysée ou Matignon ? Je suis prêt à payer vos frais d’avocat.

Bon, on n’est pas encore en période d’élections. Certains aiguisent actuellement leur couteau, et notent soigneusement sur des petits cahiers les petites phrases assassines qu’ils ressortiront lors de meetings ou de cocktails bien fréquentés. A Bourges, c’est sûr, ça va saigner. Ça, c’est encore mon petit côté optimiste. Il faut toujours rêver d’un avenir meilleurs, avec une augmentation du chômage, la découverte de nouvelles maladies incurables, des émeutes, des viols des meurtres des incendies, des famines, et surtout, plein de défaites de l’équipe de France de football.

Ce qui me dérange tout de même un peu, c’est qu’il y a en France, un parti fascisant qui tient sérieusement le même raisonnement pour prendre le pouvoir.