Les Etats-Unis ont raison
Non, ce titre est juste un truc tape-à-l’oeil pour énerver les partisans de la paix dans le monde. Mais du côté de Bourges, on aurait bien besoin d’une bonne petite guerre histoire de réveiller la populace locale endormie. Si seulement cela pouvait empêcher le déroulement du Printemps de Bourges !
Qu’est-ce que je pourrais bien raconter sur l’offensive étasunienne en Irak, qui n’ait pas déjà été dit ? A force de faire de la résistance sur ce site contre le suivisme des médias, j’ai bien peur de prêter le flanc à des accusations de pro-américanisme et de finir brûlé vif sur la place de la Bastille.
J’ai juste un truc à dire. C’est que les Etats-Unis ont eu parfaitement raison d’affirmer avant le début des hostilités que la France était un pays de mauviettes. Avec l’invasion de l’Irak en toute illégalité, la France aurait dû déclarer - au moins symboliquement - la guerre aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne. Et puis il aurait fallu expulser les ambassadeurs étasuniens et britanniques, nommer José Bové au poste de Premier Ministre et faire exploser le tunnel sous la Manche. L’impunité des Etats-Unis me révolte. De par sa toute puissance, ce pays peut s’affranchir des règles les plus élémentaires du droit international, sans risquer une autre riposte que des jérémiades timides de chefs d’Etat, qui, placés devant le fait accompli, en sont réduits à souhaiter une « fin rapide du conflit » sans rien faire pour que ne cesse cette atteinte intolérable à la souveraineté de l’Irak.
Depuis que Ben Laden leur a joué un mauvais tour, les Etats-Unis semblent vouloir offrir au monde une démonstration de force. Ridiculisés en Afghanistan (encore un chantier étasunien resté en friche), ils s’attaquent désormais à l’Irak, au nom de la liberté de la paix, de Dieu, du petit Jésus et du bien contre le mal. Il ne suffit pas qu’un pays se déclare « démocratique » pour qu’il le soit réellement. Ces dernières années le pays de l’oncle Sam s’est souvent comporté de façon indigne d’une grande démocratie sans que personne ne s’en émeuve. Tout porte à penser que le capitalisme poussé à l’extrême abouti à une forme d’impérialisme vieillot qui n’est pas sans rappeler l’époque de notre vieille Europe colonialiste qui s’installait, pleine de bonne volonté, dans les pays du tiers-monde pour imposer un modèle de société... mais surtout veiller à ses propres intérêts et exploiter les richesses qui s’y trouvaient.
Ces propos sont hyper-convenus et rabâchés un peu partout sur les médias français, mais c’est tout ce que ma mythique mauvaise foi a pu recracher aujourd’hui : j’aurais voulu être favorable à l’agression etasunienne, histoire d’emmerder les trois quart de la population française, mais là, je n’y arrive pas. Je ne pourrai donc pas me fâcher avec Annie Frison, infatigable militante berruyère pour la paix qui trouve toujours une bonne raison, chaque samedi de réunir sur la place Cujas, tout ce que Bourges compte en personnes pas trop connes. Ils sont 500 au grand maximum sur un potentiel de 80.000 habitants à essayer de faire bouger cette ville aussi morte que la momie de Toutankhamon.
J’ai d’ailleurs remarqué depuis peu un début d’exil d’artistes berruyers vers la ville de Vierzon, semble-t-il plus accueillante et plus ouverte à la jeunesse. Qui aurait pu croire ça, il y a quelques années ? Même à L’Agitateur, on aurait pouffé de rire !
En attendant, ce mois-ci, il y aura toujours un peu moins de 50.000 personnes pour aller à ce qu’ils imaginent être « le plus grand festival musical de France », parce qu’ils auront lu ça dans le journal. Il faut vraiment ne jamais avoir quitté son Berry natal pour avaler de pareilles couleuvres. C’est un choix rédactionnel : nous ne parlerons pas du Printemps de Bourges sur ce site, sauf coup de coeur énorme toujours probable lorsque l’on traîne dans les bars, loin des grandes salles à 33 euros la place (216,47F). Ce n’est pas donné pour voir des types jouer 40 minutes, faire le plein d’ovations, et se barrer avec leur gros cachet d’artiste.
Le Printemps de Daniel Colling est devenu une machine à broyer l’argent public. Le grand boss affirme lui-même fièrement que son festival est « le plus subventionné de France ». Nous sommes pourtant dans une ville au bord du gouffre, avec une économie en très net déclin. Mais les collectivités territoriales préfèrent vider leurs fonds de porte-monnaie pour des opérations de prestiges, pour redorer leur image et faire croire à la population que tout va bien. Mais ensuite, il n’y a plus un rond pour encourager les initiatives locales, soutenir les associations (à part Emmetrop, la Maison de la Culture, bref, uniquement les grosses structures, qui jouent le rôle de cache-misère).
Il n’est donc pas question pour nous de cautionner cette coûteuse et suicidaire stratégie tape-à-l’oeil. Lors du dernier conseil municipal, le maire Serge Lepeltier a déclaré qu’il avait fallu un certain courage politique pour supprimer les aides accordées à l’Institut International de Musique Electroacoustique qui ne touche qu’un public confidentiel et professionnel. Mais le vrai courage aurait été de supprimer toute dotation en argent public au Printemps de Bourges, qui est à la musique ce que Mac Do’ est à la restauration. Le rôle d’une collectivité locale n’est-il pas de soutenir les cultures marginales ou minoritaires pour inciter ses citoyens à ne pas céder à la facilité de la malculture ou pire, des loisirs et de la simple distraction ?
Au contraire, la mairie de Bourges se comporte comme une entreprise qui « sponsorise » des événements en fonction de ce que cela peut lui rapporter en terme d’image. Bref, il s’agit de mettre l’argent public au service de la communication politique d’un parti politique au pouvoir. Dans la mesure où l’argent sert essentiellement à la promotion d’une organisation politique pour favoriser sa réélection, on n’est jamais très loin du détournement de fonds publics.