La ville dont je suis (virtuellement) le maire
J’aimerais bien faire de la politique, mais je ne sais pas dans quel parti ou groupiscule (j’invente des mots, comme Karine Noulette !). La reconnaissance sociale, l’argent, le pouvoir… tout ce que j’aime, c’est cool. A condition d’avoir des administrés qui ne vous font pas trop chier, comme à Bourges, le paradis des élus qui ne glandent rien.
En relisant les vieux éditos de l’époque (pas toujours) glorieuse de la version papier de L’Agitateur depuis 1997, je me suis rendu compte que j’écrivais vachement mieux avant. D’ailleurs, Mister K, est en train de remettre au goût du jour certains articles pour les nostalgiques. La mise en ligne d’une impressionnante série d’interviews d’artistes musiciens réalisées notamment par MAL, est également programmée. Mais le constat demeure selon lequel je traverse une inquiétante période de régression.
C’est peut-être d’ailleurs dû à une sorte de virus à Bourges et dans le département du Cher, si j’en juge l’apathie ambiante. Faudrait nous mettre en quarantaine car on pourrait contaminer tout le pays. C’est dingue ce que les gens sont ternes ici, ce que les rues sont désertes à partir de dix-neuf heures, ce que cette ville ressemble à une vieille mégère grincheuse et chancelante. Mais il faut croire que les gens sont heureux ainsi puisqu’ils ne réagissent pas. Où alors, si. Ils réagissent quand il se passe quelque chose. Faut pas déstabiliser un berrichon qui dort.
C’est ce qu’ont tentés de faire des petits rigolos du côté de la ville d’Aubigny en lançant une campagne d’affichage pour offrir une prime conséquente à quiconque capturerait des « sales gueules » ou des « vieux cons ». Ça n’a pas fait rire beaucoup de monde. « L’affaire » a même été prise très au sérieux par la presse locale qui a revêtue son uniforme de vieil instituteur borné pour dénoncer la bêtise de ces dangereux activistes et se faire l’écho de la population autochtone « scandalisée » par ces quelques petites affichettes au format 21x29,7cm qui ont « souillées » la ville. Un des deux quotidiens a même poussé le zèle jusqu’à rappeler que la pause d’affiches en caractères noirs sur papiers blancs était réservée à l’administration, sous peine d’amende. Qu’est-ce qu’on attend pour pendre haut et court les coupables ? Cela servirait d’exemple pour les personnes qui seraient tentées de rejoindre les rangs clairsemés des terroristes berrichons.
En tout cas, ça m’a bien fait marrer et surtout, ça m’a donné du courage. Pour une fois qu’il se passe quelque chose à Aubigny ! Ces plaisantins qui ont voulu probablement dénoncer la morosité de cette commune, ont eu la confirmation par les réactions engendrées, qu’elle était habitée par d’incurables péquenots, certains d’entre-eux, fâchés, avouant même s’être reconnus sur les portraits-robots ! Le terme de « vieux cons » n’est certes pas très bien choisi dans la mesure où la jeunesse d’aujourd’hui, nourrie au biberon de la télé-réalité, semble particulièrement prometteuse pour atteindre à court terme des sommets de débilité profonde. Mais enfin, c’est l’intention qui compte.
Pendant ce temps, L’Express a réussi l’exploit de trouver cinquante personnes qui font bouger Bourges ! Elles me font bien pitié ces « forces vives de la ville » ! Mais elles sont si heureuses d’être championnes de leur bac à sable… Ben moi, j’suis pas dedans. Ou alors, je suis le vilain lombric qui remue la mélasse et se prend des coups de pelles.
Pas grave. Car moi, dans le monde virtuel, je suis un VIP. Après avoir fait ma fortune en butant des petites vieilles et en étant le propriétaire d’un vaste complexe de pipe-show dans GTA III, je suis devenu maire de Bourges-virtual-city dans Sim City 4. En ce moment, j’ai foutu les impôts à 20% et réduit toutes les dépenses en vue de construire une patinoire dont mes administrés n’ont absolument rien à foutre mais dont je rêvais depuis ma plus tendre enfance. C’est moi le maire, j’fais s’que j’veux. Dans ma ville le taux de criminalité est au maximum car je n’ai pas fait construire un seul commissariat, histoire de me venger de Sarkosy dans la vraie vie pourrie.
Il est certain que la fonction de maire est particulièrement complexe de nos jours. Mais il existe un truc imparable : la communication. Il suffit d’établir un budget énorme en campagne d’affichage sur « le bien être dans la ville » avec des thèmes consensuels comme l’environnement, l’éducation, les loisirs, travail, famille, patrie, d’abreuver les quotidiens locaux de communiqués de presse bidons, de faire des déclarations bien dans le sens du poil, et hop ! Le tour est joué. Les électeurs ont ainsi l’impression que vous êtes un type respectable qui bosse comme un dingue pour le bien être commun – si vous vous débrouillez bien, vous arriverez à leur faire admettre que 50.000 balles par mois, c’est un salaire de misère au regard de vos responsabilités – alors que vous êtes tranquilou en vacances à Porto Alegre et que vous passez le reste de votre temps à parader dans les couloirs du Sénat à la recherche d’un journaliste-groupie qui daignera vous prendre en photo aux côtés du premier ministre, histoire de montrer que « vous avez des relations ».
J’attend avec impatience les prochaines élections municipales à Bourges, pour postuler au poste de premier magistrat de la ville, parce que vu la bande de nazes que l’on trouve à gauche, je ne vois pas qui sera en mesure de détrôner notre petit roi, expert en manipulation des opinions, capitaine phallique d’un vieux pétrolier rouillé à la dérive.