EDITORIAL AVRIL 1998

Le vers est dans le fruit.

mercredi 1er avril 1998 à 00:00, par Charles-Henry Sadien

Nous sommes le vendredi 20 mars 1998. C’est le printemps. Le temps est frais mais ensoleillé, Papon va finir ses jours en prison, le Final Four en basket féminin approche, le Printemps de Bourges aussi... je suis tout excité ! Tout irait pour le mieux s’il n’y avait pas une odeur de pomme pourri depuis le début de la semaine.

Le vers est dans le fruit.

J’aurais aimé vous pondre une petite chronique rigolote avec des oiseaux qui font cuit cuit dedans, mais là, non, désolé, mais je n’y arrive pas. Comment à-ton pu en arriver là ? Il y a plusieurs façons de commenter et d’expliquer l’attitude de la droite face au Front National lors des élections régionales. L’une d’elle consiste à dire que les alliances du R.P.R. et de l’U.D.F. avec l’extrême droite, découlent directement des dernières élections législatives. Une nouvelle défaite paraissait insupportable au niveau régional notamment dans le Centre, traditionnellement à droite. Une droite souvent divisée à l’image des luttes d’influences qui sévices dans le Cher depuis deux ou trois ans., et à la recherche d’un second souffle. Ce second souffle, la droite l’a retrouvé en adhérant aux valeurs d’un parti raciste. Le Président de la République Jacques Chirac pouvait bien multiplier les mises en garde, il ne dispose plus de la crédibilité nécessaire pour changer le cours des choses au sein de sa famille politique depuis la dissolution incongrue de l’Assemblée Nationale . Il conviendrait donc de dire qu’il s’agit d’un « simple » putsch électoral : les électeurs ont donné la victoire à la gauche en région Centre, mais la droite, par une alliance contre-nature a remporté la présidence du Conseil Régional, trahissant ainsi la volonté de la majorité des votants, refusant le verdict des urnes, bafouant les principes même de la démocratie. Tout cela pour ne pas perdre. Comme si la politique était un jeu, ou un sport. Tout cela pour ne pas laisser à la gauche la présidence de la région Centre. Comme si le socialisme et le communisme (édulcoré) étaient plus dangereux que le fascisme. Mais on peut interpréter tout autrement cette situation historique sous la Cinquième République. On peut se demander si, par cette alliance avec l’extrême droite, l’U.D.F., le R.P.R. et toute la droite dite libérale et républicaine dans son ensemble, n’a pas montré à cette occasion son vrai visage. Car sur le terrain, on est loin des discours sans ambiguïté de M. Seguin ou de M. Chirac. L’électeur moyen de droite a des tendances racistes. Certes, cela n’a rien à voir avec les haines viscérales exprimées par le Front National, mais on retrouve dans les milieux conservateurs les germes d’un racisme moyen, nés de la peur d’autrui, de celui que l’on ne connais pas, qui est différent et que l’on regarde à ce titre d’un oeil suspect. Cela se ressent également chez les militants de base, les petits responsables locaux, des petits députés de campagne comme Yves Fromion dans le Cher, qui tiennent en privé, mais aussi de plus en plus souvent en public, des discours proches de ceux des leaders d’extrême droite. Le Front National compte d’ailleurs dans ses rangs, nombre d’anciens membres du R.P.R./U.D.F. De par les valeurs qu’elle défend, la droite dispose de bien plus d’affinités avec l’extrême droite qu’avec la gauche modérée. On ne le répétera jamais assez : Serge Lepeltier a été élu maire de Bourges avec le soutien officiel de Jean-Marie Le Pen. Il ne s’en est jamais offusqué, et certaines de ses actions peuvent être interprété comme des signes de reconnaissance (polémiques sur les certificats d’hébergements, locations de salles municipales au F.N. ...) C’est la un exemple édifiant des relations évidentes qui existent depuis quelques années, à Bourges, dans le Cher, en région Centre et en France, entre la droite dure et l’extrême droite, qui éclatent aujourd’hui au grand jour. La démission de Bernard Harang, si elle évite une honte régionale ne solutionne pas pour autant le fond du problème qui va bien au delà de simples histoires d’élus qui veulent garder leur voiture de fonction comme on a pu l’entendre ici ou là. Que la gauche plurielle manifeste en masse ne fera d’ailleurs pas oublier qu’elle à voté des lois racistes. Comme l’affirme l’association Pas Pareil à Bourges, « il convient de lutter contre toutes les politiques racistes et sécuritaires du Front National à la gauche plurielle ».