EDITORIAL MARS 1998

On est en D1 !

dimanche 1er mars 1998 à 00:00, par Charles-Henry Sadien

« Le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con », chante Brassens. Cela n’empêche pas mon grand-père de me dire dans un dialecte mélangeant le Creusois, l’Auvergnat et le Berrichon, « plus qu’s’est qu’on vieilli, plus qu’s’est qu’on est con ». Alors voilà, en tant que con débutant, je dois faire face à une véritable crise d’identité.

C’est bien beau d’être con, encore faut-il le rester, et cultiver sa connerie pour devenir le meilleur. Le roi des cons. On peut le regretter, mais nul ne contestera que nous sommes dans une société de compétition. Que ne ferait-on pas pour être plus con que son voisin ? Car dans le domaine de la connerie, c’est du haut niveau. L’amateurisme n’a pas de place ici. Il s’agit d’un entraînement quotidien et de longue haleine. Moi, je fait partie de l’équipe de Bourges, un club de plus de 80 000 licenciés. C’est vous dire si la concurrence est rude. Un petit écart, et hop ! C’est le banc de touche. Tenez, par exemple, l’autre jour, eh bien figurez-vous que je me suis surpris à me demander pourquoi le premier ministre et sa bande de joyeux drilles, faisaient des mines bouleversées, après le décès d’un flic qui était intervenu pour mettre fin à une scène de ménage. Paf ! On nous a sorti le discours sur le travail noble des policiers, qui, au mépris de leur propre vie bravent tous les dangers. « C’est rigolo », ais-je alors pensé, lorsqu’un flic bute par erreur monsieur Machin qui passait par là, la tendance est plutôt au dénigrement de la victime : « elle n’était pas si innocente que cela, elle avait volé dans son adolescence des paquets de nouilles au supermarché, alors bon, ce n’est pas une grosse perte... » Pourquoi diable un flic assassiné dans l’exercice de ses fonctions est-il toujours un héros alors que monsieur Machin est toujours un blaireau ? Ouh là ! Que n’avais-je pas pensé ! J’ai bien failli terminer la saison en équipe réserve ! Ou pire, me retrouver dans un petit club comme Montluçon ou Mâcon ! Qui aurait-on mis à ma place ? Un gros con, un grand con, un sale con, un jeune con ou un vieux con ? Et jusqu’à la fin de ma carrière, j’aurais été affublé de l’étiquette de petit con ! Un drame pour moi qui rêve de rejoindre un grand club comme Paris. Enfin, pour le moment, je suis à Bourges, ce n’est déjà pas si mal. Surtout depuis que l’on a un nouvel entraîneur. Mais si ! Vous le connaissez bien ! Le grand moustachu qui fait n’importe quoi ! Il est vraiment en train de se tailler une solide réputation ! Grâce à lui, le club de Bourges voit ses ambitions renaître dans le championnat des cons : la France. Notre objectif est d’ici trois ans d’obtenir le titre de champion. Ouais ! on veut être européens ! Ouais ! on veut gagner la ligue des champions des cons ! Ouais ! Désormais, on ne se contentera pas du Printemps des Courges, on veut organiser la coupe du monde de connerie. Alors, tous à Bourges, on recrute !