EDITORIAL DECEMBRE 97

Le manifeste de l’agitateur.

lundi 1er décembre 1997 à 00:00, par Charles-Henry Sadien

La presse locale et régionale est malade. Du Télégramme de Brest aux Dernières Nouvelles d’Alsace, de la Voix du Nord à la Dépêche du Midi, on retrouve trop souvent aujourd’hui le même consensualisme. Les mutations successives qui ont conduit de grands groupes financiers à racheter les titres locaux ont contribué à accentuer l’uniformisation dans la forme et dans le fond, de ces gazettes.

Alors que l’on parle de couper le cordon ombilical entre le pouvoir politique et la justice, on constate qu’il s’agit encore de retirer l’enfant du ventre de sa mère en ce qui concerne le fonctionnement de la presse.
Les moyens de pressions ne sont plus seulement politiques, mais aussi économiques, si bien qu’un doute grandissant s’installe dans l’esprit des gens sur l’honnêteté journalistique. A une époque ou une lâche et complaisante neutralité à pris le pas sur l’objectivité qui nécessite davantage de courage, faut-il brûler le B.R. ou la N.R.? Certainement pas. Mais rien ne vous empêche de ne pas vous contenter de ces lectures, et de bricoler votre propre canard à faire lire à vos voisins, ou votre propre site Internet, à destination de la planète entière pour les mégalos.
C’est dans cet esprit que l’Agitateur trouve sa raison d’être, quitte parfois (le plus souvent possible d’ailleurs !) à aller un peu trop loin, à dépasser les bornes, et ce, sans avoir le moindre regret. Il n’est pas normal qu’actuellement chaque élu ait son petit localier fétiche pour faire passer ses messages à volonté. Il n’est pas normal que l’imprimerie d’un grand quotidien régional serve aussi à imprimer un journal municipal. Il n’est pas normal qu’un pigiste écrive à la fois dans un titre local et dans un journal municipal. Même si cela ne part pas à priori de mauvaises intentions.
Mais, me direz-vous, l’Agitateur dans cette histoire a le beau rôle, il lui est aisé de se positionner en "donneur de leçon". Un petit périodique auto financé et diffusé confidentiellement peut beaucoup plus facilement affirmer qu’il n’accepte, par exemple des aides extérieures que si elles sont sans contreparties, notamment en matière de droit de regard sur des choix rédactionnels. Mais il est beaucoup plus facile également pour un journal local d’être de connivence avec le maire, plutôt que de jouer le rôle de poil à gratter.