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VIE MUNICIPALE

Bourges : poursuite d’une politique d’austérité

jeudi 26 décembre 2002 à 21:06, par Charles-Henry Sadien

Le vote du budget 2003 de la ville de Bourges confirme une poursuite de la politique de restriction budgétaire voulue par le maire de Bourges Serge Lepeltier (UMP) depuis sa réélection. Pourtant, alors que l’opposition municipale continue de dénoncer l’état catastrophique des finances, le premier magistrat de la ville affiche une certaine sérénité. Intox ? La réalité du terrain amène en effet à constater une dégradation sensible des conditions de vie dans la capitale du Berry.

Dans son intervention lors du Conseil Municipal de Bourges du 20 décembre 2002, Jean-Michel Guerineau, leader du groupe d’opposition du Parti Communiste, a une nouvelle fois dénoncé la situation financière délicate de la ville avec un budget 2003 qui, selon lui illustre un état de récession « dans un contexte général qui n’est guère porteur de quiétude ». De son côté, le maire de Bourges, Serge Lepeltier (UMP) a coupé court au débat, ne répondant que mollement aux reproches de mauvaise gestion qui lui ont été faites, préférant annoncer comme par un pied de nez la création d’une patinoire pour le printemps 2004, promise aux berruyers à la veille de son premier mandat, il y a près de dix ans.

Lors du vote du budget 2002, le maire de Bourges avait engagé la ville dans une politique de restriction budgétaire, en affirmant paradoxalement que les finances n’avaient jamais été aussi saines, et en rejetant la responsabilité d’éventuelles difficultés sur l’ancienne municipalité communiste du début des années 90. Un discours assez trouble qui s’est traduit par une baisse des dépenses d’investissement de 18,5% et une hausse des impôts de 5% tandis que les dépenses de fonctionnements étaient réduites de 1,2%.

En conséquence, l’année 2002 a été marquée par un certain immobilisme d’où il n’est ressorti aucune réalisations marquantes autres que des travaux de réparations d’urgences ou la réfection de trottoirs en mauvais état. Les acquisitions d’ouvrages par la Médiathèque de Bourges ont même été gelées, provoquant une baisse vertigineuse du nombre d’inscriptions et obligeant l’ouverture en catastrophe d’un rayon DVD pour l’année 2003 afin de freiner la désertion des usagers. De façon encore plus visible, les illuminations de Noël et du jour de l’an ont été fortement réduites à tel point qu’elles se limitent dans certains quartiers à la pose de quelques noeuds en papiers sur les arbres, et que l’on a appris de bonne source que le directeur du magasin Champion au nouveau Centre Commercial Cap Nord des Gibjoncs était personnellement intervenu pour obliger la mairie de Bourges a faire activer les illuminations de l’avenue de Tassigny.

PIROUETTES BUDGETAIRES. Les orientations du budget 2003 s’efforcent de faire le grand écart entre des réalisations quelque peu démagogiques telle qu’un « théâtre sur glace » (une patinoire) destinée à donner l’illusion d’un certain dynamisme, et la poursuite d’une stratégie de recherche drastique d’économies, manifestée par une baisse de 4% des subventions aux associations - avec notamment la mise à mort de l’Institut International de Musique Electroacoustique - une augmentation de 2,5% des tarifs liés aux services municipaux et une hausse de 5% de la taxe sur les ordures ménagères qui avait déjà été de 110% lors de la mise en place du tri sélectif.

« La charge de la dette reste importante avec 27,6 Millions d’Euros alors que 46% des impôts payés par les Berruyers passe dans la couverture de cette charge ! (...) les chapitres du fonctionnement se voient à nouveau amputés : les achats de livres et K7 sont en baisse de 8,1% (-25,7% en deux ans), les fournitures scolaires en baisse de 5,7%, (...) et je pourrais continuer les exemples », s’est insurgé Jean-Michel Guérineau avant d’annoncer que son groupe voterait - sans surprise - contre ce budget « contraint par de mauvais choix et une fuite en avant financière. »

Malgré tout, le budget 2003 témoigne d’un allégement de la politique d’austérité décidée par Serge Lepeltier quelques semaines seulement après sa réélection à la tête de la ville de Bourges. En effet, il n’est pas prévu pour l’instant une hausse des impôts, même si l’opposition municipale la craint fortement en raison de la création de la Communauté d’Agglomérations de Bourges.

De plus, l’annonce de la création coûteuse d’une patinoire (plus de 7,6 millions d’euros, c’est-à-dire 50 millions de francs), laisse penser que la municipalité a pu s’offrir une petite marge de manoeuvre, même si le groupe communiste a mis en évidence que 90% des dépenses d’investissements étaient financées par l’emprunt. La situation semble néanmoins demeurer fragile puisque malgré son coût élevé, c’est une patinoire « au rabais » qui sera construite dans la mesure ou quelques mètres lui feront défaut pour être aux dimensions Olympiques. Un choix apparemment délibéré de la mairie qui ne souhaite pas la création d’une équipe de hockey sur glace qu’elle serait ensuite obligée de subventionner ! En aparté, ce choix confirme un recule de la culture et du sport au profit des activités de loisir.

Parallèlement, le projet de la reconstruction du Centre Culturel de la Chancellerie, démoli depuis des lustres a été à nouveau repoussé sous le prétexte d’un dépassement de l’enveloppe budgétaire par l’entreprise chargée des travaux. La priorité donnée à la patinoire relève certes d’un choix municipal, mais les habitants des quartiers-nord, vont finir par se demander si celui-ci est bien judicieux au regard de l’état d’abandon dans lequel ils sont plongés depuis plusieurs années. Pour les faire patienter, la mairie commence tout juste à envoyer de timides et tremblotants policiers municipaux aux abords du Centre Commercial des Gibjoncs.

MIROIR, MON BEAU MIROIR... En dehors de la réalisation de cette patinoire visiblement davantage motivée par la réparation d’une promesse très longtemps non tenue que par un réel intérêt ou une réelle nécessité pour la ville, le budget 2003 ne semble laisser transparaître que des dépenses courantes et ordinaires, ce qui pourrait être une source d’inquiétude pour le développement de la cité de Jacques Coeur dans les prochaines années.

Le refus par Serge Lepeltier d’accepter le débat en coupant le micro de l’opposition municipale lors d’un précédent conseil, ou en ne répondant pas aux reproches formulés à son encontre pour faire voter plus rapidement ses propositions, ou encore en laissant certains adjoints aller au casse-pipe pour répondre à sa place, est une source d’interrogations. Le maire de Bourges semble s’engager dans un repli sur lui-même à l’image de la ville qu’il dirige qui donne l’impression de se recroqueviller un peu plus chaque jour.Il faudra sans doute attendre la dernière année de son mandat pour le voir enfin proposer très stratégiquement un avenir ambitieux pour sa ville.

Car aujourd’hui, le maire de Bourges est à nouveau au creux de la vague et ne semble plus bénéficier d’une large popularité dans son camp politique ou auprès de ses électeurs les plus fidèles. A titre d’exemple, lors de la récente remise des étrennes aux personnes âgées, beaucoup de voix chevrotantes se sont faites entendre pour ironiser sur les « bouts de bois bon marché » offerts, censés être des plateaux de table, et les bouteilles de vin blanc remplaçant le champagne. Même nos ancêtres qui constituent pourtant le gros des troupes de l’électorat de Serge Lepeltier - le gendre parfait, un peu comme Michel Drucker - semblent touchés par les restrictions budgétaire de la mairie !

Se présentant comme un maire qui « gère sa ville comme on gère une entreprise », Serge Lepeltier se retrouve donc aujourd’hui fortement déboussolé sur son terrain de prédilection. Les berruyers peuvent se demander combien de temps le maire de Bourges parviendra encore à colmater les brèches de sa politique au moyen d’un budget communication qui demeure bien grassouillet.

commentaires
> Bourges : poursuite d’une politique d’austérité - 2 janvier 2003 à 17:06

je veux apporter une precision a cet article : la mairie a annulé toutes les festivitées qu’elle avait prévue pour le nouvel an (feu d’artifice, concert..), pour cause d’économie drastique ! et a part ça, les finances sont saines, monsieur le maire ! pourquoi faire alors des économies d’épicier alors ? La vie a Bourges et de plus en plus insuportable.

bien à vous,

Sylvain


#711
> > Bourges : suite d’un assénissement des financess - 11 juin 2003 à  15:01

Bien que drastique,, l’économie de Bourges est justifiée par un problème ancré dans la vie des opposants au maire et je trouve exagerées les représailles jugeant que tout autre aurait pu mieux s’en tirait.
Et même si la vie culturelle en souffre ; je pense que ses mesures sont nécessaires.

#1050 | Répond au message #711
> > > Bourges : suite d’un assénissement des finance - mal - 14 juin 2003 à  22:36

mouais, c’est plus une question de choix politique qu’autre chose !

et puis, ce qui est quand même amusant, c’est que lorsque serge lepeltier est arrivé au pouvoir en 1995, il n’a cessé de clamer sur tous les toits que les caisses de la ville étaient vides, ce qui ne l’a pas empêché, lors de son premier mandat, de réaliser de nombreux travaux de voirie très couteux (remember, entre autres, les rond-points à 12 millions de francs ?). et ce n’est que depuis sa réélection qu’il a engagé une politique de rigueur... alors, on peut sincèrement se poser des questions, non ?

de plus, des opérations comme les journées sans voiture, qui sont absolument inutiles (sauf en terme de communication sur sa personne, bien entendu) ont vraisemblablement un coût assez élevé (ne serait-ce que pour payer le personnel aux nombreuses barrières placées dans toute la ville) qui pourrait être affecté dans tout autre chose (l’approvisionnement de la médiathèque, par exemple...).

#1055 | Répond au message #1050