Et la sécurité de l’emploi ?
Allô, la police ? Je me suis fait expulser parce que je ne pouvais plus payer mon loyer depuis que j’ai été radié des listes de l’ANPE. Vous n’auriez pas une petite place pour moi en prison ?
Faut-il à nouveau saboter les usines, défenestrer les patrons, prendre en otage les députés pour qu’enfin, le problème du chômage redevienne une priorité nationale ? Depuis un an, les radiations des fichiers de l’ANPE sont en augmentation de près de 80% sans que le chômage ne baisse de façon significative. La seule chose qui permette actuellement au gouvernement de donner l’illusion d’une stagnation voire d’une hausse « maîtrisée » du chômage, est la manipulation des statistiques et la multiplication des emplois précaires à temps partiel.
Le thème de l’insécurité, est une aubaine pour le gouvernement qui exploite la paranoïa et le mal-être des français pour faire oublier son incompétence à traiter le problème de l’emploi. Répondez un peu vulgairement à votre voisine qui vous reproche de ne pas avoir passé la serpillière cette semaine à l’étage de votre cage HLM et vous vous retrouvez illico convoqué chez les flics qui vous traitent comme la pire des raclures parce que vous avez « agressé verbalement » votre mégère de pallier. Ce n’est pas de flics dont la France à besoin : c’est de psychiatres, de maisons de repos et d’antidépresseurs… à défaut d’emplois durables et motivants.
Car l’hyper-sensibilité des français relative au problème de l’insécurité, réside bien en grande partie, dans l’incertitude du lendemain. Selon votre tempérament, si vous êtes chômeur de longue durée, vous serez agresseur ou victime. Vous pouvez être agresseur en pétant complètement les plombs. Pensant « ne plus avoir rien à perdre », vous vous lancerez alors dans le marché, certes peu honorable mais lucratif, du vol de sac à main. Vous pouvez aussi être victime, le fatalisme et le désespoir vous rendant chaque jour plus irritable à la moindre parole déplacée de votre entourage, à la vision par la lucarne de la télévision d’un monde auquel vous n’appartenez plus que de façon insignifiante. Vous détesterez les jeunes et les maghrébins, vous voterez Le Pen par pure provocation, vous épierez vos congénères à longueur de journée, ferez de la délation auprès des services fiscaux de perception de la redevance télé. C’est à vous de choisir votre camp.
A L’Agitateur, nous avons fait le choix de l’expression écrite directe. Mais nous sentons bien qu’agiter le drapeau de la liberté d’expression est de plus en plus ressenti – notamment à Bourges dans un contexte local particulier où les pensées sont muselées – comme une provocation et une agression. Critiquer, donner son avis n’est pas très bien vu de nos jours, surtout pour de modestes citoyens. Le jour ou l’on nous dira que L’Agitateur est un facteur d’insécurité Bourges et où on nous enfermera dans de sombres et humides cachots n’est peut-être pas très loin.
Pourtant, le premier facteur d’insécurité demeure celui du chômage. Avoir un vrai boulot, un rôle dans la société, être certain de pouvoir payer son loyer chaque mois, de faire quelques économies pour financer les études de ses enfants : voilà qui constitue un bonheur simple et élémentaire, mais qui n’est aujourd’hui plus garanti en France pour des millions de personnes. Dans ce contexte, la violence n’est jamais une solution. Mais c’est un ultime moyen d’expression pour se dire que l’on est encore en vie, que l’on peut encore influer sur le cours de ce pays pourri parmi tant d’autres. En bien ou en mal. Mais montrer que l’on existe. Au moins pour soi-même.
Aujourd’hui, les entreprises ne veulent plus embaucher sans aides de l’Etat, au point d’arriver à des situations extrêmes où elles ne payent que 20% du salaire d’un individu. Voilà qui est honteux, mais qui préfigure une prochaine étape où l’Etat déclarera ne plus pouvoir assurer cette charge et demandera aux salariés de travailler bénévolement.
Comment, en effet, ne pas être scandalisé lorsque l’actuel premier ministre propose de remplacer les emplois-jeunes de l’Education Nationale par des bénévoles à la retraite ? Il y a dans ce pays plus de trois millions de chômeurs, et on demande à des retraités qui ont parfois travaillé dès l’âge de seize ans, de reprendre du service pour faire du bénévolat ! Veut-on pousser les gamins au délit de mendicité, et les grabataires à l’esclavage, jusqu’à leur mise en prison pour les uns, et jusqu’à leur mort pour les autres ?
Les syndicats ne sont plus composés que de pauvres lèches-bottes à la solde de leurs patrons, et n’ont plus pour rôle que de faire passer la pilule à « la France d’en-bas ». Les récents mouvements de grèves à Bourges et en France sont pitoyables et ne donnent aucune perspective d’espoir.
Il ne faudra donc pas s’étonner, comme l’a dit le député communiste du Cher Jean-Claude Sandrier le 28 novembre dernier à L’Assemblée Nationale dans le cadre de la loi de programmation sur la défense, citant un sociologue allemand, Ulrich Beck , de voir surgir « de nouveaux Ben Laden » au RMI, nourris au désespoir et à la haine.