EDITORIAL NOVEMBRE 2002

Tout va bien

dimanche 3 novembre 2002 à 19:41, par Charles-Henry Sadien

Bourges avec son "nouveau souffle" est à l’aube d’un nouveau jour. Celui d’une cité dortoir où il ne se passe rien, peuplée d’individus dociles qui vouent indéfectiblement obéissance et admiration à ceux qui les dirigent. Un rêve inaccessible pour beaucoup de dictateurs à travers le monde mais qui est sur le point de devenir réalité à Bourges.

Pas de vagues. A Bourges, nous n’avons pas la mer, mais trois évocateurs petits moutons sur un écusson vert et rouge. Ici, rien ne bouge. Il faut dire que Bourges est une très belle ville. Donc, il ne faut pas y toucher. Tout doit rester comme au moyen âge. Et l’on se répète dans les chaumières que Bourges fut une ville prestigieuse et qu’elle fut même, il y a bien longtemps, la capitale du royaume de France. La classe hein ?

Sauf que Bourges ressemble de plus en plus à une belle coquille vide. Après plusieurs années de gestion financière calamiteuse, on voit aujourd’hui l’équipe du maire Serge lepeltier, effectuer impunément des coupes sombres dans les budgets sans que cela n’émeuve personne.

L’annonce de la suppression de la subvention de la ville à l’Institut International de Musique Electroacoustique (IMEB), signant son probable arrêt de mort, passe comme une lettre à la poste ! "L’IMEB n’intéresse pas les berruyers, pourquoi subventionner ?", explique en substance le cynique maire-adjoint à la culture, Philippe Gitton. Sauf que l’IMEB a forgé la réputation mondiale de Bourges dans le domaine des musiques électroniques. Si les berruyers sont trop cons et si peu curieux pour ouvrir leurs oreilles crasseuses polluées par les voix chevrotantes de la Star Académie, n’est-il pas du rôle d’un maire-adjoint à la culture d’agir pour relever le niveau plutôt que de conforter ses administrés dans leur pauvreté intellectuelle et leur ignorance congénitale ? Le rôle d’un maire-adjoint à la culture n’est-il pas de soutenir les artistes et activités artistiques qui ne sont pas économiquement viables et qui ne s’adressent pas à un large public ?

Au lieu de ça, monsieur Gitton donne des millions au Printemps de Bourges et à sa filiale Bourges en Scène qui sont des entreprises commerciales maquillées en structures culturelles. Prime est donc faite à la "culture coca-cola" où des milliers de gros nazes sans cervelle se précipitent comme des moutons au Palais des Congrès, à l’Igloo et autres lieux de consommation musicale Mac Do, pour écouter des guignols qui se prennent pour des génies parce qu’ils vendent des milliers d’exemplaires de leurs disques calamiteux qui finiront inévitablement aux oubliettes dans quelques années.

Mais dans le milieu cultureux local qui est pourri jusqu’à la moëlle, la solidarité joue à fond sur le refrain bien connu du "tant mieux, ça en fera plus pour les autres !" Et c’est comme cela que l’on peut voir un petit médecin de province s’improviser en maire-adjoint à la culture pour balayer de la main avec mépris plus de trente années de travail de quelques hommes passionnés. Que doivent penser Christian Clozier et Françoise Barrière qui se sont installés à Bourges avec l’idée que les plus grandes institutions culturelles de France ne devaient pas être toutes basées à Paris ? C’est comme cela qu’on les remercie ? La condamnation de l’IMEB est une manifestation éclatante du manque d’ambition de la ville qui se recroqueville sur elle-même à l’heure où il faudrait qu’elle s’ouvre sur l’Europe et sur le monde pour retrouver une dimension plus conforme à son prestigieux passé.

Comment le maire de Bourges peut-il sans se moquer des citoyens de la cité qu’il dirige, parler de "nouveau souffle" quand tous les indicateurs sont au rouge ? Il ne faut pas se voiler la face. Dans les environs de Bourges, les villes mortes se ramassent à la pelle : Vierzon, Montluçon, Nevers, Issoudun, Châteauroux, Moulin, Vichy... Après plusieurs années d’immobilisme renforcées par les tentatives de sabordage de son développement universitaire par l’Université d’Orléans, la ville de Bourges qui était la dernière ville dynamique dans cette région de France est actuellement à l’agonie.

Le plus révoltant est sans doûte que nos élus continuent leur "politique de communication" absurde, à l’image du maire de Bourges, Serge Lepeltier qui, imperturbable et soucieux de sauver les apparences, déclare que tout va de mieux en mieux depuis qu’il est au pouvoir, malgré un déclin démographique, un budget de grande austérité, une augmentation galopante de la dette de la ville et des impôts qui sont parmis les plus élevés de France, la suppression des "Folies Berruyères", la dégradation du service des transports en commun... C’est quoi son programme ? La méthode Coué ?

C’est bien beau de toujours vouloir tout positiver, de toujours préférer l’anecdotique beauté à l’ordinaire monstruosité. Mais à un moment, ce n’est plus suffisant. Monsieur Lepeltier se comporte comme un illusionniste, refuse de voir la réalité en face, s’évertue à défendre sa petite image et ce qui lui reste de crédibilité. Il pense à lui, à sa petite carrière d’homme politique arriviste qui rêve de se faire une place au soleil de l’UMP. Mais il ne pense pas à Bourges, travaille dans l’urgence, prend des décisions par défaut, n’a aucune vision d’avenir pour la ville qu’il dirige.

Seulement, personne ne réagit. Et lorsque c’est le cas, cela se termine par un incroyable lynchage de la part de ceux qui sont bien accrochés à leurs petits bouts de gras et qui font ici la pluie et le beau temps.

Preuve en est : la présidente de la CAF qui a été poussée récemment à la démission pour avoir eu l’irrévérence de dire que certains élus et acteurs locaux faisant étalage à loisir de leurs sales tronches dans la presse régionale, se complaisaient dans des réunions interminables et ennuyeuses d’où il ne ressortait jamais rien de concret. Il en a résulté un levé de bouclier presque unanime où Serge Vinçon, le sénateur-maire paponniste du Cher et de Saint Amand a affirmé qu’il n’avait de leçons à recevoir de personne (il doit bien être le seul sur terre à être dans cette situation) et où d’autres ont fait le choix du dénigrement en se montrant incapables de formuler la moindre ébauche de contre-argumentation valable. Y-a-t-il une place pour le débat et le dialogue dans cette ville ?

Tout se passe comme s’il y avait à Bourges une sorte de loi du silence sur ce qui s’y passe réellement, avec un climat de terreur pour ceux qui ont l’inconscience de dire ce qu’ils pensent. Fait-on apprentissage dans les écoles berruyères de la si précieuse notion d’esprit critique ? Je me pose franchement la question quand je vois à quel point un simple serrage de main, un petit verre amical, quelques flatteries et une petite subvention suffisent ici à nos élus pour obtenir paix et impunité. Ce manque de courage de la part des citoyens et acteurs de la vie berruyère est parfaitement déplorable. Mais cela confirme qu’ici, les habitants ne sont décidément pas à la hauteur de la beauté de leur ville.

commentaires
> Tout va bien - JPG - 28 janvier 2003 à 12:15

La suppression des crédits accordés à l’IMEB est une erreur et une faute lourde. Nous sommes bien là en présence d’une volonté de "cadrer les pratiques culturelles" en élaguant ce qui pourrait être éloigné de leur norme. Enfin de quoi parle-t-on ? Tout simplement de limiter le choix et de permettre à la France d’en bas d’accéder à des loisirs d’en bas (Starac et autres contenus hautement sanctifiés par le pouvoir et par le fric). L’IMEB n’a jamais été un truc fermé. Le gmebogosse et toutes les tentatives d’ouverture de studios aux pratiques amateurs sont là pour le prouver. Je regrette que les choix culturels soient de plus en plus restreints, je regrette que l’on ne se mobilise pas plus lorsque nos libertés sont rognées jour après jour. Lisez le petit bouquin qui s’intitule "Matin brun". Aujourd’hui plus de musique électroacoustique, demain une voix puissante nous indiquera quels chemins culturels nous devrons emprunter. Oui,c’est une odeur délétère qui me rappelle un ordre policier...C’est tellement plus porteur le FCB (tient, il faudrait jeter un oeil sur la gestion des quizez dernières années...) ou la future patinoire, ou l’industrie de l’armement qui se casse la gueules (quoique...) JPG


#805
> Tout va bien - Jean Pierre Galopin - 28 janvier 2003 à 11:55

Enfin !!!! Que c’est agréable de lire quelques lignes qui réconcilient l’esprit critique et une saine contestation à un ordre que notre souverain "Serge" voudrait imposer en son fief... J’ai grandi à Bourges, et j’en suis parti en 90. J’y reviens de temps en temps et je ne reconnais plus ma ville. Elle est triste et il y règne une résignation qui gagne même les rangs de ce que l’on appelle un peu rapidement la gauche... Je reste en contact avec vous, j’ai plein de choses à vous dire et à vous apprendre. Signé JPG


#803
> Ca me convient - 22 novembre 2002 à 09:18

Je suis content que l’on pense enfin à supprimer les subventions municipales au GMEB. L’idéal serait qu’on les supprime aussi au FCB, mais là, faut pas rêver !


#591
> > Ca me convient - 22 novembre 2002 à  11:23

Il y aura toujours des gens pour se réjouir de ce genre de chose. Des gens qui fonctionnent en terme de "je préfère payer moins d’impots", qui regardent "Combien ça coute" et qui aimeraient bien supprimer ARTE car une télé comme ça, ça coute aussi et ça sert à rien. Si ils allaient au bout de leur raisonnement, ils se supprimeraient bien souvent eux-mêmes, car si ils réfléchissent un peu, eux aussi "coutent cher"...et même si ce n’est pas le cas aujourd’hui, ce sera le cas demain.
Ce type de gens, on peut leur donner un nom, mais bon, je vais me modérer...

#594 | Répond au message #591
> > > Ca me convient - 25 novembre 2002 à  11:54

Je regarde "Arte" ET "Combien ca coute". Je regarde "Le dessous des Cartes" ET "des racines et des ailes". Je regarde "Arrets sur images" ET "Camera cafe". En gros, je n’ai pas d’a priori : c’est pas parceque c’est sur Arte que c’est bien, et parceque c’est sur M6 que c’est nul Mais je ne paye pas la redevance parceque je ne vois pas pourquoi je payerais pour des chaines publiques qui passent autant de pub que les chaines privées

#597 | Répond au message #594
> > > > Ca me convient - 25 novembre 2002 à  12:58

Admettons, mais la préoccupation finale, c’est les impots, ou dans le cas précis, la redevance...
Sinon, je parlais de "Combien ça coute" par rapport à ses sujets (en gros l’argent...) pas par rapport à son intérêt supposé.
Regarder le monde à travers sa feuille d’impot, vouloir supprimer des subventions par ce que l’intérêt est limité pour le plus grand nombre, c’est avoir une vision extrêmement égoïste du monde. Avec une vision de ce style, on ne s’occuperait plus des handicapés par exemple, parce que le plus grand nombre est valide.
Bref, c’est un problème de valeur comme dit le monsieur vendeur de rillettes. Pour ce qui est du GMEB ou plutôt de l’IMEB, je ne peux que regretter une décision à courte vue, venue de quelqu’un dont la culture devait être, avant sa nomination comme maire adjoint à la culture,la dernière de ces préoccupations. Mais bon, un poste de maire-adjoint, ça ne doit pas se refuser...
Quand à ceux qui espèrent payer moins d’impots grâce à ce genre de mesures, je leur conseil de regarder l’évolution de leur feuille d’impôts locaux...puisque c’est ça leur préoccupation ! Ils s’apercevront qu’entre la communication et les faits, il y a un certain écart, ou un écart certain... ;-))

#598 | Répond au message #597
> Ca me convient - 22 janvier 2004 à  20:06

Bravo ,il faut donc supprimer toutes les chaines de télé ,et regarder les chaines cryptée.Comme cela on ne paye pas pour la pub. Le monde ira de mieux en mieux avec autant d’individualisme. Je pense que ceux qui profitent sans payer ,sont pour le social tant que ce sont les autres qui payes.

#1259 | Répond au message #597
> > Ca me convient - Mal - 24 novembre 2002 à  22:29

pourrais-tu nous dire, cher anonyme, pour quelle(s) raison(s) tu te réjouis qu’une structure culturelle ne reçoive plus de subventions ?

#595 | Répond au message #591
> > > Ca me convient - 25 novembre 2002 à  11:39

Je n’aime pas le GMEB parceque c’est une structure fermée et sectaire. Les subventions recues ne servent qu’a rémunérer ceux qui y travaillent et qui ne rendent aucun compte. Quant à la production "culturelle" du GMEB je l’ai jamais vue (à part leur festival qui fait moins de monde que la fête de la musique lol) et je parle pas de leur géniale invention le gmebogosse et qui est plus nul que le premier synthé à 100 euros à Carrefour

#596 | Répond au message #595
> > > > Ca me convient - 25 novembre 2002 à  13:38

Sectaire ? Euh, c’est qui le gourou ? ;-))

#599 | Répond au message #596
> > > > Ca me convient - JMP - 26 novembre 2002 à  12:55

Non, mais c’est n’importe quoi ce que tu racontes-là. Les gars de l’IMEB, lorsqu’ils ne sont pas en tournée internationale, parcourent les doutes de la région centre pour aller à la rencontre du public dans les bleds les plus paumés de la région. Alors c’est, sur, ce n’est pas trs mediatique, mais lorsqu’ils font cela, ils ne recherchent pas à en mettre plein la vue, contrairement à d’autres associations qui agissent "pour leur image" et pas pour la cause culturelle qu’ils défendent. Dire que l’IMEB est une structure fermée est la chose la plus ridicule que j’au lu sur les forums de ce site à l’heure actuelle. L’IMEB est sans doute la structure la plus ouverte de Bourges. Ce sont peut-etre les berruyers qui sont trop fermés.
Quant à comparer le gmebogosse à un synthé de chez Carrefour, c’est parfaitement ridicule. Il s’agit d’un instrument pédagogique qui a fait ses preuves dans des écoles du monde entier. Attaque gratuite, donc. Et que dire du Cybernéphone, merveille de technologie, sans cesse à l’avant-garde des musiques que l’on dit actuelles et qui ont dix ans de retard par rapport à l’imeb ?

#600 | Répond au message #596
> Tout va bien - Patrick - 4 novembre 2002 à 17:04

Les habitants n’y peuvent rien, compte tenue de la confiance qu’ils ont dans leurs élus locaux. Et comme la plupart des élus agissent qu’en fonction de leurs prochaines réelections, la politique en général et culturel entre autres ne peut être qu’une politique de petit bras qui peigne dans le sens du poil les électeurs. Bientôt avec leur foutu décentralisation le risque c’est que l’on touche le trou du fond, et il n’y a pas que dans la musique, un éditorial, dans le magazine beaux-arts de ce mois-ci, s’interroge salement à ce sujet.


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