Tout va bien
Bourges avec son "nouveau souffle" est à l’aube d’un nouveau jour. Celui d’une cité dortoir où il ne se passe rien, peuplée d’individus dociles qui vouent indéfectiblement obéissance et admiration à ceux qui les dirigent. Un rêve inaccessible pour beaucoup de dictateurs à travers le monde mais qui est sur le point de devenir réalité à Bourges.
Pas de vagues. A Bourges, nous n’avons pas la mer, mais trois évocateurs petits moutons sur un écusson vert et rouge. Ici, rien ne bouge. Il faut dire que Bourges est une très belle ville. Donc, il ne faut pas y toucher. Tout doit rester comme au moyen âge. Et l’on se répète dans les chaumières que Bourges fut une ville prestigieuse et qu’elle fut même, il y a bien longtemps, la capitale du royaume de France. La classe hein ?
Sauf que Bourges ressemble de plus en plus à une belle coquille vide. Après plusieurs années de gestion financière calamiteuse, on voit aujourd’hui l’équipe du maire Serge lepeltier, effectuer impunément des coupes sombres dans les budgets sans que cela n’émeuve personne.
L’annonce de la suppression de la subvention de la ville à l’Institut International de Musique Electroacoustique (IMEB), signant son probable arrêt de mort, passe comme une lettre à la poste ! "L’IMEB n’intéresse pas les berruyers, pourquoi subventionner ?", explique en substance le cynique maire-adjoint à la culture, Philippe Gitton. Sauf que l’IMEB a forgé la réputation mondiale de Bourges dans le domaine des musiques électroniques. Si les berruyers sont trop cons et si peu curieux pour ouvrir leurs oreilles crasseuses polluées par les voix chevrotantes de la Star Académie, n’est-il pas du rôle d’un maire-adjoint à la culture d’agir pour relever le niveau plutôt que de conforter ses administrés dans leur pauvreté intellectuelle et leur ignorance congénitale ? Le rôle d’un maire-adjoint à la culture n’est-il pas de soutenir les artistes et activités artistiques qui ne sont pas économiquement viables et qui ne s’adressent pas à un large public ?
Au lieu de ça, monsieur Gitton donne des millions au Printemps de Bourges et à sa filiale Bourges en Scène qui sont des entreprises commerciales maquillées en structures culturelles. Prime est donc faite à la "culture coca-cola" où des milliers de gros nazes sans cervelle se précipitent comme des moutons au Palais des Congrès, à l’Igloo et autres lieux de consommation musicale Mac Do, pour écouter des guignols qui se prennent pour des génies parce qu’ils vendent des milliers d’exemplaires de leurs disques calamiteux qui finiront inévitablement aux oubliettes dans quelques années.
Mais dans le milieu cultureux local qui est pourri jusqu’à la moëlle, la solidarité joue à fond sur le refrain bien connu du "tant mieux, ça en fera plus pour les autres !" Et c’est comme cela que l’on peut voir un petit médecin de province s’improviser en maire-adjoint à la culture pour balayer de la main avec mépris plus de trente années de travail de quelques hommes passionnés. Que doivent penser Christian Clozier et Françoise Barrière qui se sont installés à Bourges avec l’idée que les plus grandes institutions culturelles de France ne devaient pas être toutes basées à Paris ? C’est comme cela qu’on les remercie ? La condamnation de l’IMEB est une manifestation éclatante du manque d’ambition de la ville qui se recroqueville sur elle-même à l’heure où il faudrait qu’elle s’ouvre sur l’Europe et sur le monde pour retrouver une dimension plus conforme à son prestigieux passé.
Comment le maire de Bourges peut-il sans se moquer des citoyens de la cité qu’il dirige, parler de "nouveau souffle" quand tous les indicateurs sont au rouge ? Il ne faut pas se voiler la face. Dans les environs de Bourges, les villes mortes se ramassent à la pelle : Vierzon, Montluçon, Nevers, Issoudun, Châteauroux, Moulin, Vichy... Après plusieurs années d’immobilisme renforcées par les tentatives de sabordage de son développement universitaire par l’Université d’Orléans, la ville de Bourges qui était la dernière ville dynamique dans cette région de France est actuellement à l’agonie.
Le plus révoltant est sans doûte que nos élus continuent leur "politique de communication" absurde, à l’image du maire de Bourges, Serge Lepeltier qui, imperturbable et soucieux de sauver les apparences, déclare que tout va de mieux en mieux depuis qu’il est au pouvoir, malgré un déclin démographique, un budget de grande austérité, une augmentation galopante de la dette de la ville et des impôts qui sont parmis les plus élevés de France, la suppression des "Folies Berruyères", la dégradation du service des transports en commun... C’est quoi son programme ? La méthode Coué ?
C’est bien beau de toujours vouloir tout positiver, de toujours préférer l’anecdotique beauté à l’ordinaire monstruosité. Mais à un moment, ce n’est plus suffisant. Monsieur Lepeltier se comporte comme un illusionniste, refuse de voir la réalité en face, s’évertue à défendre sa petite image et ce qui lui reste de crédibilité. Il pense à lui, à sa petite carrière d’homme politique arriviste qui rêve de se faire une place au soleil de l’UMP. Mais il ne pense pas à Bourges, travaille dans l’urgence, prend des décisions par défaut, n’a aucune vision d’avenir pour la ville qu’il dirige.
Seulement, personne ne réagit. Et lorsque c’est le cas, cela se termine par un incroyable lynchage de la part de ceux qui sont bien accrochés à leurs petits bouts de gras et qui font ici la pluie et le beau temps.
Preuve en est : la présidente de la CAF qui a été poussée récemment à la démission pour avoir eu l’irrévérence de dire que certains élus et acteurs locaux faisant étalage à loisir de leurs sales tronches dans la presse régionale, se complaisaient dans des réunions interminables et ennuyeuses d’où il ne ressortait jamais rien de concret. Il en a résulté un levé de bouclier presque unanime où Serge Vinçon, le sénateur-maire paponniste du Cher et de Saint Amand a affirmé qu’il n’avait de leçons à recevoir de personne (il doit bien être le seul sur terre à être dans cette situation) et où d’autres ont fait le choix du dénigrement en se montrant incapables de formuler la moindre ébauche de contre-argumentation valable. Y-a-t-il une place pour le débat et le dialogue dans cette ville ?
Tout se passe comme s’il y avait à Bourges une sorte de loi du silence sur ce qui s’y passe réellement, avec un climat de terreur pour ceux qui ont l’inconscience de dire ce qu’ils pensent. Fait-on apprentissage dans les écoles berruyères de la si précieuse notion d’esprit critique ? Je me pose franchement la question quand je vois à quel point un simple serrage de main, un petit verre amical, quelques flatteries et une petite subvention suffisent ici à nos élus pour obtenir paix et impunité. Ce manque de courage de la part des citoyens et acteurs de la vie berruyère est parfaitement déplorable. Mais cela confirme qu’ici, les habitants ne sont décidément pas à la hauteur de la beauté de leur ville.