C’est con pour la France.
Commençons par flatter le lectorat : français, vous êtes vraiment des cons.
Si vous êtes bretons du sud, berrichons du nord, corses du milieu ou réfugiés tchétchènes ne vous sentez pas exonéré pour autant. Cette remarque n’est en aucun cas liée à votre origine, rassurez-vous. D’ailleurs, quand je dis "vous", j’aurais tout aussi bien pu dire "nous", j’ai un certain sens de la solidarité tout de même.
Si je lance cette affirmation, c’est parce qu’il semble qu’un très grand nombre de gens s’évertuent à tout simplifier afin d’être compris de tous. On appelle souvent cela de la communication.
Passons du lectorat, à l’électorat. Depuis que De Gaulle a dit que les français étaient des veaux, les hommes politiques de tous poils se sont employés à démentir. On entend souvent dire "Vous savez, les français sont intelligents, il comprennent...". Pourtant, leurs méthodes amènent à penser qu’ils pensent exactement le contraire : ils passent leur temps à simplifier leur discours, simplifier les faits, saucissonner l’opinion en catégories pour mieux adapter leurs promesses au marché électoral. C’est ainsi que l’on apprend à la télévision, à une heure de grande écoute, que pour gouverner la France, pas besoin d’avoir fait polytechnique, il suffit de savoir utiliser deux manettes : la manette de la consommation (baisse des impôts) et la manette de l’activité (baisse des charges sur les entreprises). Fastoche ! Merci monsieur Raffarin pour ce cours de macro-économie accéléré. Et pourquoi baisse-t-on les impôts ? "Parce que c’est bon pour la France." Ah oui, d’accord ! Il est fort ce gros tarin.
Le problème, c’est que simplifier une équation mathématique ou simplifier l’économie ce n’est pas la même chose. Dans le premier cas, vous aurez quand même un résultat juste, dans le second cas, vous aurez un résultat très aproximatif ou hasardeux, voir carrément faux. Mais bon, ce n’est pas grave, tant que les français comprennent...Et puis après tout, les français aiment bien qu’on les prennent pour des cons. Ils détestent les technocrates (surtout européens), les énarques et tout ce qui se rapproche des élites qui compliquent tout. Les dernières élections l’ont démontré : il vaut mieux être malhonnête mais sympa. Chirac, Balkany et Mellick s’en sortent bien. Mais attention aux retours de baton. La simplification porte bien les germes du populisme pour ne pas dire plus. Le Pen ne fait pas 20% par hasard en 2002.
Mais soyez rassurés, chers concitoyens. Vos collègues des autres pays du monde sont aussi "doués" que vous. Prenez, (au hasard) vos collègues américains. Ils ont un président qui sait faire la différence entre le bien d’un coté et le mal de l’autre... Arf ! C’est quand même simple le monde, non ? Les diplomates n’ont qu’à faire patisseries avec diplomatie. Si Bush décide qu’il faut aller à la guerre, ils seront des millions à le suivre dans sa lutte contre le mal. Le tout est de savoir préparer l’opinion publique un peu comme on prépare une farce en cuisine. Attention à la boucherie.
Mais il faut être un peu juste. Il n’y a pas que les hommes politiques pour nous prendre pour des cakes. Non, non... On a discrètement et progressivement installé dans pratiquement chaque foyer français un outil trés pratique "pour vous éduquer" : la télévision. C’est un instrument très puissant, grâce à la télévision, on peut tout vous vendre facilement : Céline Dion, Arthur, Tapie, le saucisson cochonou, Psychose (le 13h de Jean-Pierre Pernaut), j’en passe et des meilleurs. Et oui, la télévision, c’est l’instrument de communication par excellence. De la musique simple, des animateurs simples, de simples ecrocs. Quand vous la regardez, tout est tellement simple, évident. Certains l’appellent même la boîte à cons.